‹ Hétérogénie: ou traité de la génération spontanéeChapitre 11 sur 56 · HISTORIQUE. ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

HISTORIQUE. ANTIQUITÉ

sante(l). Il cite particulièrement à ce sujet les marais des environs de Cnide, qui, à l'époque de la canicule, devenaient absolument à sec, et dans lesquels on voyait pulluler une espèce de muge, aussitôt que les premières pluies de l'automne y avaient ramené l'eau (2). «Il se forme, dit-il, de la même manière, « en Asie, à l'embouchure des fleuves, d'autres petits « poissons de la grosseur de ceux dont on fait les « sauces (3); » ailleurs il prête la même origine aux anguilles (4); selon ce philosophe, les chenilles de divers papillons ne seraient que le produit des plantes diverses sur lesquelles elles vivent (5), et il va même jusqu'à prétendre que certains insectes dérivent de la rosée qui baigne les feuilles à l'époque du printemps (6), et que les poux du corps s'engendrent spontanément dans les chairs et viennent ensuite surgir à la surface de la peau (7).

Théophraste a été le continuateur de son maître relativement à ses opinions sur la spontéparité. On a de lui un livre sur les animaux qui apparaissent su- Internent ; oh le trouve dans la Bibliothèque de Photius (8) .

(1) Abistote, Histoire des animaux. Traduct, de Camus, 1. 1, p. 363.

(2) Adanson dit quelque chose d'analogue des marécages de la Sénégambie [Voyage au Sénégal).

(3) Aristotk, Histoire desanimaux. Traduct. de Camus, 1. 1, p. 363.

(8) F. Redi, Génération des insectes, coll. acad., t. VI, p. 443, cite ce livre.

Podchet. •

18 HÉTÉROGÉME.

Dans la suite, les théories des philosophes grecs que nous venons de citer se répandirent parmi les écrivains de la république et de l'empire romain , et plusieurs de ceux qui illustrèrent l'époque d'Auguste, les admirent même sans le moindre contrôle.

C'est ici le lieu de rappeler Lucrèce, qui a traité son sujet comme poète et comme physicien, et a si audacieusement développé les théories atomistiques de Leucippe et d'Épicure (1). Rien n'arrête ce penseur téméraire. Il croit possible , dit Bayle, que les mêmes atomes dont un homme a été composé, et qui se dissipent par la mort, reprennent, avec le temps, la même situation et reproduisent un homme : mais il veut que les accidents de ce nouvel homme ne concernent en aucune manière le premier (2).

Pline assure qu'il existe quelques animaux qui sont engendrés par des êtres non engendrés, et dont l'origine n'est nullement semblable à celle des autres espèces (3), et il assure aussi qu'il se forme une foule d'insectes ailés à même la poussière des cavernes (4).

(1) Lucrèce, De rerum naturd. Paris, 1680 :

Nonne vides qusecumque morà, fluidoque Hquore Corpora tabuerint, in parva animalia verli?

{T Batle, Dictionnaire historique et critique. Paris, 1820, t. IX, p. 528.

(3) Pli*e, Histoire naturelle, liv.X, ch. lxxxvii: «Quœdara vero giguuntur ex non genitis, et sine ullâ simili origine. »

(4) Plike, Hist. nat,, liv. XII, ci lé par Buffbn, t. Xl,p. 30, édition de Dcux-Ponls.

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