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EXPÉRIENCES EXÉCUTÉES A VAISSEAUX CLOS

Pour mieux élucider ce sujet, nous le partagerons en

reste, l'on pût conclure la non-existence de la generatio œquivoca ». [his, 1837, p. 523.)

(1) Long et, Traité de physiologie. Paris, 1851.

(2) Bulliard, Histoire des champignons de France. Paris 1809. t. I, p. 115.

(3) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale Pavie, 1787. t. I, p. 29.

ÉLIMINATION DE l'àIR.

deux parties. La première traitera des expériences exécutées à vaisseaux clos, et c'est dans celle-ci que Ton trouvera le récit des deux tentatives qui viennent d'être mentionnées et celui de nos travaux contradictoires. La seconde partie contiendra l'exposition des expériences exécutées à l'air libre, et qui selon nous, ont une non moindre valeur que les autres, quand on les interprète avec un esprit exempt de toute prévention.

Les seules expériences fondamentales qu'on ait opposées à l'hétérogéniesont celles de M. Schultzeet de M. Schwann, insérées dans les Annales de Poggendorf{\).

Expérience de Schultze. — Voici en quoi consiste l'expérience de M. Schultze. Il prit un flacon dans lequel il mit des substances végétales et animales, et ensuite celui-ci fut rempli d'eau distillée que Ton fit bouillir pour détruire tous les germes d'êtres vivants qui pouvaient s'y trouver en suspension. Le bouchon de ce ballon était traversé par deux tubes à analysesmunis de leurs boules. Celles de l'un des tubes étaient pleines d'acide sulfurique concentré; celles de l'autre contenaient une solution de potasse. Cet appareil fut ensuite placé sur une fenêtre et à côté de lui se trouvait un vase ouvert contenant les mêmes substances. Pendant deux mois, chaque jour, M. Schultze renou-

(I) Schultze, Annales de Poggendorf, 1837, p. 41. Comp. Edinburgh new philosophical Journal. 1 827,octobre.(.4mia/e* des scieîices naturelles, Zoologie, 1837, t. VIII, p. 320.)

Schwann, Des générations équivoques. (Annales de Poggendorf,

vela l'air de son flacon et examina le contenu de celuici. II prétend que, pendant ce laps de temps, il ne se développa aucun Infusoire, ni Moisissure, ni Confervc dans le bocal fermé; tandis que dans le critérium exposé à l air, on vit apparaître des Monades, des Vibrions et des Pol y gastriques. Plane. III, fig. 1 (1).

Schultze ajoute que, lorsque las d'attendre vainement, il débouchait son vase et y laissait pénétrer l'air extérieur, au bout de trois jours, des Infusoires y pullulaient, apportés, dit-il, par le fluide atmosphérique qui les tenait en suspension (2). Ce dernier fait est pour moi inexplicable car nous avons déjà vu, et nous verrons encore, que dans les décodions le phénomène ne marche pas aussi rapidement.

Nous ne concevons pas trop comment cette expérience a été conduite et comment chaque jour sans introduire de l'air, avec un tel appareil, on a pu vérifier ce qui se passait dans le flacon en expérimentation. Nous pourrions dire aussi avec M. Bérard, que cette expérience prouve tout simplement que l'air qui a traversé l'acidesulfurique est contraire à la génération spontanée (3). Mais nous n'avons nullement besoin d'employer de tels arguments, puisque cette expérience répétée avec des précautions infiniment plus grandes que celles dont parle M. Schultze nous a donné des résultats contraires et positifs. Nous avons vu des Mucorinées, des Monades et des Vibrions se développer dans des vases qui ne recevaient que de

(1) Schultze, Edinburgh new philosophical Journal Mivr\ùr 1837.

(2) Schultze, Anna^s do Poggendorf, 1837, p. 41.

(3) Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, 1. 1, p. 95.

ÉLIMINATION DE l'AIR. 233

Pair qui avait traversé une grande épaisseur d'acide sulfurique,et même en plus, de l'eau bouillante. Nous pouvons en outre prétendre, après une lecture attentive des Recueils scientifiques, où l'expérience unique de M. Schultze a été insérée, que celle-ci n'offre aucune garantie sérieuse (1).

Et d'abord, malgré le titre A' Expériences sur les générations équivoques, le mémoire ne contient qu'une seule expérience fort incomplètement exposée. M. Schultze ne dit nullement quelles substances il a employées dans l'eau qui remplissait son flacon. Il dit seulement qu'il y mil des substances animales et végétales variées; il n'en mentionne point la quantité, il ne donne aucune attention à la température qui a régné durant son expérience. Le vase employé par cet expérimentateur était une simple fiole à liqueur, dont l'unique goulot était fermé par un bouchon duquel sortaient deux tubes recourbés, dont un communiquait avec un des petits appareils de Liebig destinés aux analyses organiques et était rempli d'acide sulfurique, tandis que l'autre offrait un appareil semblable mais rempli d'une solution de potasse. Ces deux appareils avaient été adaptés aux tubes tandis que la liqueur du flacon était en ébullition. M. Schultze aspirait chaque jour deux fois avec sa bouche l'air du flacon par l'appareil rempli de potasse, et il y rentrait de l'air nouveau qui traversait les boules remplies

(i) Schultze, Notice of the Result of an Expérimental Observation mode regarding Equivocal Génération. — Edinburgh new philosophical Journal. Octobre 1837. — Expériences sur les générations équivoques. Ann. des se. nat.,2* série. Zoologie, t. VIII, p.320.

Digitiz&d by

d'acide sulfurique ; et il dit aussi que pendant plus de deux mois que dura l'expérience, il eut le soin d'examiner chaque jour au microscope l'infusion contenue dans le flacon et qu'il n'y rencontra jamais aucun animalcule. Nous ne dirons rien du soin avec lequel M. Schultze renouvelait l'air de son appareil, il était superflu ; mais nous voudrions bien que Ton pûl nous enseigner comment , dans un appareil semblable , M. Schultze a pu chaque jour, sans l'ouvrir, constater ce qui se passait dans l'infusion et en explorer les bords, comme il le dit, à l'aide du microscope! Voici pour nous ce qui est inexplicable (1).

Nous ne parlerons nullement du critérium placé à côté de l'appareil et dans lequel M. Schultze trouve rapidement des lnfusoires, parce que si le savant de Berlin dit bien que dans celui-ci il plaça les mêmes substances que dans l'appareil, il ne dit nullement s'il les soumit également à l'action deTébullition, ce qui est fort essentiel à savoir.

L'expérience suivante tend à prouver que la facilité avec laquelle Schultze obtenait des animalcules, soit dans son critérium, soit à volonté et si rapidement lorsqu'il ouvrait le matras à expérience, n'existe pas toujours, et nous la regardons même comme fort pa-

(i) Voici comment s'exprime le traducteur du travail de M. Schullze dans le Nouveau Journal d'Edimbourg :

Continued uninterruptedly the renewal of the air in theflask, without being able, by the aid of the microscope, to perceive any living animal or vegetable substance, although during the whole or the time I made my observations almost daily on the edge of the Hquid. »

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radoxale lorsqu'il s'agit de décoction de substances végétales.

Expérience. — Un petit ballon à large goulot, d'un demi-litre de capacité a été rempli d'eau à moitié, el Ton y a ensuite introduit cinq grammes de foin. A l'aide d'une lampe à esprit-de-vin on a entretenu l'eau en ébullition pendant quinze minutes, et ensuite, le mettras étant débouché, son contenu a été abandonné au contact de l'air. Pendant l'entière durée de l'expérience, qui fut longue, la température fut en moyenne de 16° cent. L'expérience fut commencée le 24 juillet. Le 2 août le liquide était diaphane et d'une teinte fauve ; sa surface n'offrait aucune pseudo-membrane, aucune bulle gazeuse; on n'y voyait aucun vestige d'êtres organisés. Le 7 août on n'y reconnut encore absolument rien. L'observation fut répétée sans plus de succès jusqu'au 18 septembre, c'est-à-dire pendant presque deux mois.

En présence d'un tel résultat que doit-on croire de ce qu'avance Schultzequi, dans des cas analogues, obtenait des êtres organisés aussitôt qu'il exposait sa décoction au contact de l'atmosphère?

Lorsque je me trouvai rationnellement bien pénétré de l'évidence de la thèse que je devais défendre, je me mis à l'œuvre pour la démontrer expérimentalement. Mais en même temps que mes travaux, dans cette direction, venaient chaque jour confirmer mes vues, je m'occupai, d'un autre côté, de refaire d'un bout à l'autre toutes les expériences des antagonistes de l'hétérogénie,en les répétant à plusieurs reprises, et en m'entourant de toutes les précautions imagina-

IIËTÉROGKME.

bles. Voici ce qui advint. Dans tous les cas où les physiologistes que nous combattons ont opéré de manière à ne pas entraver absolument la vie organique, j'ai obtenu des résultats entièrement opposés aux leurs, j'ai vu constamment des animalcules et des végétaux apparaître là où ils prétendaient n'en avoir jamais observé. Puis, dans les cas où les résultats ont été négatifs, dans mes expériences comme dans les leurs, j'ai reconnu qu'on le devait à ce que les conditions étaient telles qu'aucun être vivant ne pouvait subsister au milieu d'elles.

CoNTRL-EXPÉRIENCE DE SCHUITZE PAR M. POl'CHET.

— J'ai répété de la manière suivante l'expérience de M. Schultze : Un ballon d'un litre de capacité a été rempli à moitié d'eau, et l'on a mis dans celle-ci cinq grammes de foin. Le bouchon de ce ballon était traversé par deux tubes recourbés à angle droit à cinq centimètres au-dessus de leur sortie; l'un d'eux, le tube afîérent, ne descendait pas plus basque le col de ce ballon; l'autre, le tube efférent, plongeait plus profondément et arrivait à un centimètre du liquide, afin de mieux enlever les gaz pesants qui stagneraient à sa surface. Chacun de ces tubes était articulé, à l'aide d'un cylindre de caoutchouc, avec un appareil à cinq boules de Liebig; cet appareil fut rempli d'acide sulfurique concentré. Pour plus de précision, et afin Je faire marcher plus lentement et plus régulièrement l'introduction de l'air et par conséquent de mieux le laver dans l'acide, nous avons employé un . vase aspirateur, dont le robinet ouvert à peine n'attirait l'air que globule à globule. Ce vase recevait un

ÉLIMINATION DE l'AIR. 287

tube qui était articulé avec les boules efférentes. Le bouchon du ballon ayant été luté avec du vernis au copal et du vermillon, et les extrémités des cylindres de caoutchouc qui unissaient les diverses pièces de l'appareil ayant reçu le même lut, on plaça sous l'appareil une lampe à esprit-de-vin et l'eau du ballon fut bientôt portée à l'ébullition. On l'entretint dans cet état pendant une heure, durant laquelle la vapeur sortait abondamment par les tubes. La lampe fut alors éteinte et le ballon se refroidit lentement, en aspirant peu à peu de l'air par les boules. Plane. III, fig. 2.

Le soir du premier jour, lorsque l'appareil était tout à fait froid, à l'aide du flacon aspirateur qu'on luta alors avec lui, on fit passer un litre d'air avec toute la lenteur possible, à travers le ballon. Puis ensuite, chaque jour, la même opération fut répétée avec les mêmes précautions, soit pour enlever les gaz qui se produisaient à la surface du liquide, soit pour fournir de l'air respirable aux animalcules qui pourraient apparaître dans la décoction. Près de celle-ci, on plaça un critérium : c'était un ballon absolument semblable à celui employé pour l'expérience , ayant reçu autant d'eau et de foin, et dans lequel ceux-ci avaient subi une pareille ébullition ; seulement on laissa le raatras ouvert.

La marche de cette expérience a été un peu lente à cause de la saison dans laquelle nous opérions et de la basse température qui régnait, et qui, en moyenne, ne s'est pas élevée au-dessus de i 4°. Le liquide s'est coloré lentement et est resté parfaitement diaphane et fauve jusqu'au vingtième jour, époque à laquelle il

PoOCHIT. i 1

2;>8 HÉTÉROGÉKJX.

devint un peu nébuleux, trouble et où il se produisit au fond un léger dépôt. Le vingt-quatrième jour, on vit se former à sa surface en petit Uot glauque, d'envjron deux millimètres de diamètre, qui paraissait formé d une espèce de Penicilliumi Le lendemain on en vit un autre de la même dimension.

Enfin, le vingt-sixième jour, l'appareil fut ouvert et voici Ténumération de ce que nous rencontrâmes dans le liquide qu'il renfermait. Les deux îlots étaient réellement formés d'un Pénicillium, très-rapproché du Pénicillium glaucum, Link, mais plus rameux et à cloisons très-serrées. L'eau était peuplée à sa surface d'une immense quantité de Spirillum ondulé, Spirillum undula, Eli. Duj. (1) ; et de Spirillum tournoy ant, Spirillum volutans , Eh. Duj. (2). On y rencontrait aussi beaucoup d'autres Vibrions très-agiles de 0,0038 de millimètre. La pellicule de la surface était arachnoïde et formée de grands Vibrions morts, parfaitement enchevêtrés et ayant presque tous une longueur de 0,0200 de millimètre environ. Çà et là s'agitaient quelques Monades difficiles à déterminer. On rencontrait en outre, dans cette décoction, une abondance de Bactériums articulés d'une longueur qui variait de 0,0076 à 0,01 1 0 de millimètre (3). Enfin

(1) Ehrenberg, Infus., pl. V, fig. 3.

Di'Jardin, Histoire naturelle des Infusoires. Paris, 184t,p. 223. O. F. Muller, Vibrio undula, Inf., pl. !, fig. 4-6.

(2) Ehrerberg, /r»/iw.,pl. v, fig. 13.

Du jardin, Infus., p. 225.

F. Muller, Vibrio spirillum, Infus., pl. vi, fig. 9.

(3) Bacterium articulatumei Bacterium triloculare cTEhrenber^ . Dujardinj Infus., p. 216.

ÉLIMINATION DE l\\IR

on voyait aussi à certaines places quelques animalcules que je pense indéterminés. Ceux-ci étaient cylindriques, obtus aux extrémités, et renfermaient à leur intérieur de trois à cinq grosses granulations ; leur longueur était en moyenne de 0,0200 de millimètre. II existait encore çà et là quelques semences de Pénicilliums faciles à reconnaître.

De tels résultats, obtenus par notre contre-expérience, renversent donc ceux que Schultze avait obtenus dans son expérience si célèbre.

Voici, dans cette contre-expérience, ce qui se passa dans le critérium. Le second jour, le liquide ne présente aucune production organique. Le troisième, il offre à sa surface un certain nombre de grands Vibrions ayant pour la plupart 0,01 40 de millimètre de longueur. On rencontrait aussi, de place en place, quelques Vibrio levis, nob. de 0,0336 à 0,0420 de millimètre de longueur; enfin çà et là il existait quelques Vibrio bacillus de 80 à 100 divisions micrométriques, doués, ainsi que tous les autres , de mouvements très-manifestes. Le quatrième jour, la température étant de 14°, tous les Vibrions observés la veille sont morts et forment à la surface de la liqueur un réseau lâche inanimé. Cette rapide phase de vitalité à laquelle succède une destruction complète n'aurat-elle pas été une cause d'erreur pour les observateurs qui n'ont obtenu que des résultats négatifs? Le cinquième jour, la température moyenne est de 10°. Le réseau de Vibrions morts , formé à la surface de la liqueur est encore très-distinct, on n'observe pas le moindre animalcule vivant. Le sixième jour, temp.

10°, le foin est remonté et surnage un peu; la superficie du liquide, pendant la nuit, a produit quatre petits îlots de Pénicillium glancum. Link. Le septième jour ,temp. 15°, même état. De temps à autre on aperçoit quelques Vibrions de 4 à 5 divisions micrométriques, animés de mouvements manifestes, et d'autres Vibrions, mais très- petits, qui ont des mouvements fort rapides. On ne les distingue qu'aux plus puissants grossissements : sans une attention soutenue, on pourrait croire qu'il n'existe dans cette décoction aucun animalcule vivant. Le huitième jour, temp. 13°, dans certains endroits on découvre beaucoup de Vibrions granifères enchevêtrés en pellicule et inanimés; puis beaucoup de plus petits, très-agiles, très-nombreux. Le dixième jour, temp. 14°, liqueur devenue jaune, trouble ; à sa surface nagent plusieurs îlots de Pénicillium. Pellicule inapparente. On observe beaucoup de corps inanimés de Vibrions granulés, des Monades terme. Le quatorzième jour, temp. 18% les îlots de Pénicillium se sont agrandis et laliqueur ne contient absolument qu'une immense abondance de Monades fort rapprochées du Monas elongata, Duj. Le vingtsixième jour, jour où Ton ouvre l'appareil, le critérium n'est pas plus avancé que lui pour sa faune ; quelques rares Monas termo, quelques très-petits Vibrions, voilà tout ; l'avantage serait peut-être même à l'expérience. On voit que nos décoctions à l'air libre ne sont pas aussi rapidement fécondes que celles de M. Schultze; nous n'avons trouvé aucun Polygastrique dans cette circonstance.

Expérience. — Après avoir suivi le même procédé

ÉLIMINATION DE l'AIR.

que M. Schultze , j'ai conçu une expérience qui est encore plus rigoureuse que la sienne, et, dans cette tentative, que j'ai répétée plusieurs fois, j'ai obtenu encore des résultats opposés à ceux du savant étranger. Voici cette expérience : un flacon à trois tubulures , de la contenance d'un litre , fut totalement rempli d'acide sulfurique concentré. La première tubulure était occupée par un tube recourbé qui , par l'une de ses extrémités, communiquait avec une pompe à air, et par l'autre plongeait au fond de l'acide. La seconde tubulure, ou tubulure du milieu, était munie d'un siphon qui naissait au niveau de la réunion du tiers supérieur du flacon avec les deux tiers inférieurs et allait se plonger au fond d'une éprouvette vide. La troisième tubulure portait un tube allant se rendre dans le second flacon.

Ce second flacon, de la même capacité que l'autre, avait été rempli d'eau bouillante; sa première tubulure donnait passage §u tube qui provenait du flacon rempli d'acide ; né au niveau de la tubulure de celuici, il allait se rendre au fond de l'eau bouillante. La tubulure du milieu avait un siphon offrant exactement la même disposition que le précédente! reçu aussi dans une éprouvette vide. Enfin, de la troisième tubulure partait un tube allant dans le fond du troisième flacon.

Ce flacon d'une capacité égale aux autres n'offrait que deux tubulures. La première recevait le tube provenant du flacon à eau bouillante ; né dans celui-ci au niveau de sa tubulure , il ne se plongeait qu'au même niveau dans le dernier flacon. La seconde tubulure portait un tube ou siphon qui, né au-dessus du

Î62 HETÉROGÉME.

niveau des deux tiers du flacon, allait se rendre dans une éprouvette remplie d'eau.

Une forte décoction de foin bouillant ayant été introduite dans ce troisième vase et le remplissant exactement, on luta l'appareil avec le plus grand soin, à l'aide de vernis gras et de vermillon, afin de le fermer hermétiquement. L'appareil était donc absolument occupé par de l'acide sulfurique et de l'eau presque en ébullition. Alors, avec beaucoup de lenteur, à l'aide d'une petite pompe on introduisit de l'air dans l'appareil, et voici ce qui se passa, et ce que Ton voulait obtenir : l'air introduit traversa peu à peu l'acide sulfurique concentré et s amassa à la partie supérieure du premier tlacon ; la pression qu'il détermina mit en jeu le siphon qui était adapté à celui-ci et le tiers de l'acide sulfurique alla remplir la première éprouvette. Lorsque tout ce que ce siphon pouvait enlever d'acide fut parti, l'air qui avait traversé celui-ci passa dans le flacon d'eau bouillante,, se déchargea des vapeurs d'acide qu'il avait pu entraîner et s'amassa au haut de ce second flacon ; bientôt le siphon se mit en aetion et vida un tiers de l'eau bouillante dans la seconde éprouvette. Enfin, lorsque l'action de ce second siphon fut épuisée, l'air passa dans le troisième, où le dernier siphon se mit en jeu pour enlever aussi le tiers de la décoction qui s'y trouvait contenue. Dans cet état de choses, il n'existait donc absolument en contact avec la décoction mise en expérience que de l'air ayant traversé un flacon rempli d'acide sulfurique concentré, et un autre flacon rempli d'eau bouillante, double épreuve plus que suffisante pour détruire tous

les germes d'animaux ou de plantes qui auraient pu se trouver dans l'air.

Ensuite on abandonna absolument l'appareil à luimême, bien persuadé qu'il ne pouvait y avoir aucune communication entre l'atmosphère et le troisième flacon, car, par un excès de précaution, le fond des éprouvettes contenait du mercure dans lequel plongeaient des siphons, afin qu'on ne pût accuser aucune action d'endosmose du liquide. La dernière éprouvette servait de critérium.

Le critérium examiné de temps à autre prouva, comme il fallait s'y attendre, que l'expérience devait marcher avec beaucoup de lenteur. Pendant plus de quinze jours, quoique exposé à l'air, il n'offrit cependant aucune production organique. Ce ne fut que le dix-huitième jour qu'on découvrit à la surface une petite touffe de Mucorinée près de laquelle s'agitaient en abondance des Vibrions.

L'appareil ayant été abandonné à lui-même pendant vingt jours, le flacon qui contenait la décoction n'ayant reçu aucune nouvelle portion d'air, n'avait donc alors été en contact qu'avec un demi-litre de ce fluide. Avant d'ouvrir cet appareil on put observer qu'il n'y avait pas eu la moindre communication entre son contenu et l'air atmosphérique ; le niveau de l'eau que les pressions diverses avaient, dès l'origine, déterminé dans les tubes et les sipohns n'ayant nullement varié.

A l'issue de ces vingt jours on s'attendait à trouver à l'intérieur du liquide en expérience des produits analogues à ceux du critérium, et cela eut lieu en ef-

264 HÉTÉROGÉNIB.

fet. On avait vu, dès le dix-huitième jour, se former dans l'appareil des îlots d'une Mucorinée semblable à celle qui recouvrait alors le critérium. Quand le flacon fut ouvert, on reconnut que celle-ci était un petit champignon à mycélium, excessivement grêle, et dont les ramifications étaient alternes, inarticulées, d'un bleu extraordinairement pâle, d'un diamètre de 0,0028 de millimètre. Dans les ramifications de cette plante, ainsi qu'au fond du vase, on rencontrait un grand nombre de Bactériums articulés, Bqcterium articulatumy Ehr., en mouvement ou immobiles ; ils étaient plus abondants au fond , où la végétation cryptogamique manquait ; on rencontrait aussi çà et là des Vibrions-anguilloïdes, Vibrio undula Mull. (1), très-agiles, et des Vibrions linéaires immobiles, Vibrio bacillus, Mull.

Comme on le voit, le contenu du flacon isolé de l'atmosphère était à peu près le même que celui du critérium. Peut-on donner une plus manifeste preuve que ce n'est point l'atmosphère qui recèle les germes des animaux? La Mucorinée du flacon était évidemment la même que celle du critérium ; seulement, si elle n'offrait point d'articulations, cela provenait de ce qu'elle était un peu plus nouvellement formée ; la vie ne marchant jamais à vaisseau clos et en présence d'une faible portion d'air, comme elle marche en pleine atmosphère, car on se rappelle que dans notre appareil l'air n a pas été renouvelé.

(1) O. F. Muller, Anim.infus., pl. III, fig. 5, 7. Spirillum undula, Ehrenberg. Infusion, tab. V,fig. 12. Spirillumundula, Dumrdin. Infusoires, p. 223, pl. I, ûg. 8.

ÉLIMINATION DE l'AIR.

Expérience. — Connaissant combien les animalcules sont lents à apparaître dans les décoctions, j'ai varié cette expérience de la manière suivante, pour obtenir plus rapidement des produits et aussi des animalcules d'un ordre plus élevé; j'ai réussi ainsi que tout me le faisait présager.

En juillet, cinq grammes de foin ayant subi l'action d'un courant de vapeur d'eau pendant vingt minutes, sont introduits dans le troisième flacon de mon appareil à acide sûlfurique, précédemment décrit. Le second flacon venant d'être rempli d'eau bouillante, on versa immédiatement aussi de l'eau bouillante dans le troisième flacon et on luta hermétiquement. Ensuite chaque jour, on fit passer un litre d'air dans l'appareil à travers l'acide sûlfurique, puis l'eau destinée à le laver.

Après huit jours d'une moyenne de 22° pour la température, on examina le contenu du flacon qui renfermait le foin et voici ce que l'on trouva. Le liquide offre une pellicule apparente, mince, cassante. Le microscope y signale ce qui suit : une immense quantité de Vibrions granifères et de Vibrions lisses (1) en partie vivants et en partie déjà morts. On n'aperçoit aucune Monade, et les Vibrions de petite espèce sont excessivement rares. De place en place, on découvre de petits îlots composés de granules contenus dans l'enchevêtrement que forment les corps des Vibrions morts. Ces granules ne sont évidemment que des vestiges de la décomposition des Vibrions

({) Vibrio granifer, Poocarr. — Vibrio levis, Pouchet.

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granifères, de façon que là la membrane proligère n'est point formée par des Monades ou de pelits Vibrions, mais par les corps des grands et par leurs granulations.

Expérience. — L'expérience qui suit fut exécutée sans que Ton s'entourât des précautions si rigoureuses que l'on avait prises dans les précédentes, et cependant, pour moi, elle est tout aussi explicite. Elle offre des résultats plus évidents parce gue l'on y a moins altéré les éléments génésiques. On l'exécuta dans le même appareil. On introduisit de l'eau bouillante dans le second flacon et le troisième fut rempli d'eau filtrée et de dix grammes de foin gardé pendant trente minutes dans une étuve chauffée à 200°; enfin de l'air extérieur fut introduit dans l'appareil en traversant le flacon d'acide sulfurique et le flacon d'eau bouillante.

Le lendemain, la température ayant été de 1 7°, l'eau est colorée en fauve; il n'existe à sa surface aucune bulle de gaz, ce qui indique qu'aucun mouvement fermentescible ne s'est établi. On injecte alors un litre d'air.

Le deuxième jour expiré, l'appareil est ouvert. Il existe à la surface du liquide quelques bulles de gaz; la macération est légèrement trouble. Le liquide offre une pellicule proligère excessivement mince, formée d'une immense quantité de Vibrions granifères enchevêtrés avec des Vibrions lisses, et ayant leurs intervalles remplis de Monades crépusculaires et de Bactériums articulés. Presque tous les Vibrions sont déjà morts, cependant quelques-uns sont encore très-

ÉLIMINATION DE l'AIR. 267

agiles. De place en place aussi on voit s'agiter quelques Monades lentilles.

Parallèlement à cette expérience, il existe près de mon appareil un flacon de la même capacité, et dans lequel, à l'aide d'une lampe à esprit-de-vin, j'ai fait bouillir le foin pendant trente minutes. Le liquide est d'un fauve extrêmement foncé, limpide, aucune bulle de gaz n'existe à sa surface, aucune pellicule ne s'y observe. Examinée au microscope, la décoction n'offre pas alors la moindre trace d'animalcule !

Schwann a exécuté aussi quelques expériences qui ont eu le même retentissement et le même résultat que celles de Schultze ; mais au lieu d'employer l'acide sulfurique pour tuer les germes qu'il supposait errants dans l'atmosphère, il eut recours au feu. Ce savant, après avoir fait bouillir de l'eau chargée de matières organiques , ne faisait parvenir sur celles-ci que de l'air qui avait traversé Un milieu soumis à la température de la chaleur rouge. Dans ses expériences aucun mouvement putrescible ne se manifesta dans le liquide, et jamais dans celui-ci aucun animalcule

ne se développa, aucun végétal rudimentaire (1).

Voulant rendre incontestable que l'air ne peut être considéré comme le véhicule des germes, et renverser ainsi le dernier retranchement des adversaires de Thétérogénie, j'ai, à plusieurs reprises, répété l'expérience de Schwann avec le plus grand soin, et même en prenant des précautions encore plus sévères que ce savant ne l'avait fait, et, cependant, mes résultats

[{) Schwaisîs, Des générations équivoques. (Annales de Poggen- *<irf% 1837, p. 184.

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ont été tout à fait opposés aux siens. J'ai vu des cryptogames et des Protozoaires se développer abondamment dans des vases qui n'étaient accessibles qu'à de l'air élevé à une température telle que dans l'hypothèse ou celui-ci aurait pu contenir quelques germes, ceuxci avaient évidemment été détruits.

Expérience. — J'ai pris un gros tube en verre, long de cinquante centimètres, et, afin de multiplier les points de contact et de ralentir la marche de l'air qui devait le traverser, tout l'intérieur en fut obstrué avec des filaments d'amiante et des fragments de verre. Ce tube recevait d'un côté un tuyau de gomme élastique communiquant avec une pompe à air, et de l'autre il se continuait avec l'appareil. Ce tube était disposé horizontalement et au-dessous de lui se trouvaient trois grosses lampes à esprit-de-vin dont la flamme l'entourait complètement. Venaient ensuite deux flacons, l'un à trois tubulures et l'autre à deux. Le premier de ceux-ci était totalement rempli d'eau bouillante et recevait, par sa première tubulure, un tube recourbé qui plongeait jusqu'au fond du liquide. La tubulure du milieu était munie d'un siphon qui naissait dans ce flacon vers le milieu de sa hauteur et allait se rendre dans une éprouvette vide. Enfin la troisième tubulure portait un tube qui, né à un centimètre au-dessous de son bouchon, al lait se rendre dans le second flacon. Ce second flacon avait été rempli entièrement d'une décoction de foin bouillante* Sa première tubulure recevait le tube qui partait du vase précédent, et ce tube ne s enfonçait point dans le flacon à plus d'un centimètre au-dessous du bouchon.

ÉLIMINATION DE l'AIR. 269

De la seconde tubulure naissait un tube faisant fonction de siphon. Il naissait vers le milieu de la hauteur du flacon et allait se rendre au fond d'une grande éprouvette vide. L'appareil ayant été luté exactement en mettant peu de lut et en recouvrant celui-ci d'une couche de vernis et de vermillon, on alluma les trois lampes; et lorsque, après une demi-heure, il fut évident que le tube et les fragments de verre et d'amiante qu'il contenait étaient élevés à la température rouge,on poussa très-lentement del'airdans l'appareil, à l'aide de la pompe. Cet air, à cause de la multiplicité des points de contact, fut réellement tamisé tout le long du tube, de manière à tuer incontestablement tous les germes d'animaux, s'il en contenait. De là il passa dans le premier flacon en traversant l'eau presque bouillante qu'il contenait. Immédiatement l'air introduit dans l'appareil mit en jeu le premier siphon et ce premier flacon se vida de la moitié de son eau dans l'éprouvette qui lui était contiguë. Peu de temps après, l'air traversait le tube de communication du deuxième flacon, arrivait dans celui où était la décoction de foin et mettait en jeu le second siphon, qui alors en enlevait rapidement la moitié pour en remplir la seconde éprouvette. Plane. 111, fig. 3.

Ainsi donc, tout l'air qui remplissait alors le flacon contenant la décoction en expérience avait été tamisé dans une longueur de cinquante centimètres et y avait été élevé à la température delà chaleur rouge, et ensuite cet air avait traversé de l'eau presque bouillante. Aucun germe n'avait donc pu résister. Les tubes des éprouvettes plongeaient dans du mercure.

* 270 HÉTÉROGÉMB.

Dans la première expérience que nous tentâmes avec cet appareil, nous fûmes plus rigoureux que M. Schwann. L'air ne fut nullement renouvelé et la décoction ne se trouva, durant tout le temps, en contact qu'avec un décimètre cube de ce fluide. Ce ne fut qu'après six semaines que Ton déluta l'appareil et l'on put avant s'assurer que l'intérieur n'avait pas reçu la moindre parcelle d'air atmosphérique, la différence de nivellement que l'eau offrit tout d'abord dans les siphons n'avait point varié depuis le commencement de l'expérience jusqu'à sa terminaison.

Voici ce qui fut observé alors : on n'a jamais distingué de pellicule à la surface du liquide, qui a toujours été diaphane et d'un fauve foncé. Seulement après vingt-quatre jours on a vu se former de place en place des îlots de quatre et six millimètres de diamè tre, composés évidemment d'amas de petits champignons reconnaissables à la loupe, à travers les parois du flacon. Ces amas, d'abord de couleur blanche, faisaient une saillie d'un millimètre à la surface de l'eau. Deux jours après, leur teinte devint d'un vert glauque ( 1 ). A l'ouverture du flacon, avec le microscope on reconnut qu'ils étaient composés d'une espèce de Pénicillium très-analogue au Pénicillium glaucum de Link, ainsi que le firent soupçonner quelques vestiges de sa fructification en pinceaux qu'on rencontrait çà et là. Chacun de ceux-ci était environné d'un nuage de spores libres, sphériquesde 0,0028 à 0,0040 de millimètre de diamètre, colorés en jaune très-clair. Ou-

(1)A ce moment on n'observait aucun de ces cryptogames d >\ ■ le critérium, ni dans le laboratoire.

ÉLIMINATION DE l'AIR. 271

tre ces spores, on trouvait encore dans le liquide des corpuscules allongés fort petits, presque tous absolument immobiles et qui n'étaient que les restes d'une génération de Vibrions qui avait précédemment animé cette infusion. Quelques-uns seulement jouissaient encore de mouvements. Ceci est parfaitement en harmonie avec ce qu'a observé M. Pineau. 11 a vu le Pénicillium glaucum succéder à des générations de Vibrions (1).

Quoi qu'il en soit, voici évidemment un Végétal et des Vibrionides qui se sont développés spontanément après quelques semaines, dans une atmosphère d'air non renouvelé ayant subi la température rouge et traversé deux flacons d'eau presque bouillante. Il est évident que l'on ne peut pas dire que là les sérainules sont venues du dehors. Si ces séminules, chose impossible, avaient traversé le tube rouge, elles ne seraient même pas parvenues dans le second flacon , elles fussent restées flottantes dans le premier; enfin , on les voit, on les connaît ; si elles pénétraient dans des appareils, on les y découvrirait... Nous les y découvrons comme on le voit, quand elles y sont réellement.

Pendant tout le temps qu'a duré l'expérience, le critérium a conservé sa transparence, et après 6ix semaines c'était à peine si sa surface offrait une pellicule apparente. Le vingt-huitième jour il offrait quelques Vibrio rugula, Duj., mais en si faible quantité ■ «

(\) J. Pineau, Recherches sur le développement des animalcules infuwires et des moisissures. [Ann. des se. nat. Zoologie, t. III, p. 187.)

qu'ils auraient pu passer inaperçus. Le trente-cinquième jour on n'y distinguait absolument rien. Enfin, observé parallèlement au flacon et le même jour, on ne reconnut à sa surface aucun Mucor ni aucune séminule de Mucor. De place en place seulement on voyait une ou deux Monades, un ou deux Vibrions, pas plus.

Si les germes étaient réellement suspendus dans l'atmosphère, pourquoi le Pénicillium qui s est si amplement développé dans le vase fermé, n'eût-il pas apparu en plus grand nombre dans le critérium exposé à Pair? Il le devait dans l'hypothèse de la panspermie. Si cela ne s'est pas réalisé, c'est que celle-ci est sans fondement. Pourquoi le critérium était-il aussi dénué d'animaux, lui sur lequel tous les germes atmosphériques pouvaient pleuvoir?... Pourquoi! C'est qu'à l'air libre comme dans les vases fermés, les décoctions sont souvent fort peu riches en animalcules, et c'est ce qui a égaré les expérimentateurs qui nous ont précédé.

Expérience. — Nous avons tenté une nouvelle expérience dans l'appareil dont la description précède. On y abandonna , pendant six semaines , un demilitre d'eau bouillante, contenant cinq grammes de foin, après avoir introduit sur celle-ci un demi-litre d'air qui avait traversé le tube chauffé au rouge, et ensuite le flacon rempli d'eau à 98 degrés. Après, et pendant tout le cours de l'expérience, aucune nouvelle quantité d'air ne fut introduite dans l'appareil.

Lorsque j'examinai le liquide je reconnus cju'il était d'un fauve foncé, diaphane, limpide. Examiné

au microscope, on s'aperçut que sa surface était occupée par une mince membrane proligère , formée évidemment de cadavres de longs Vibrions. Les intervalles, de ceux-ci étaient remplis de myriades de Spirillums ondulés, Spirillum undula ,Ehr., offrant de 0,0084 à 0,0124 de millimètre de longueur, nageant tantôt lentement , tantôt rapidement par un mouvement anguilloïde (1).

L'air contenu dans l'appareil avait une extrême fétidité. Est-ce celle-ci qui a empêché d'autres générations de se produire? L'odeur était analogue à celle de l'hydrogène sulfuré.

Pour les hommes qui font succéder le jugement à la méditation, et qui, sans prévention, acceptent les décisions de l'expérimentation, il est évident que le fait suivant, quoique dépouillé d'une partie des précautions infinies qui ont été prises précédemment, n'en arrive pas moins au même but, à savoir : à prouver purement et simplement que les germes ne sont pas contenus dans l'air. Nous employons ici exactement le même appareil que dans les deux précédentes expériences , seulement le second flacon où est le foin chauffé à 200 degrés, au lieu d'être rempli d'eau bouillante, est plein d'eau froide. Dans ce cas, au bout de deux à quatre jours, on voit constamment une nombreuse population zoologique apparaître dans l'appareil. Le résultat est dû à ce que, dans ce cas, nous n'employons pas d'eau bouillante , qui , comme

(I) Spirillum undula, Ehrenberg, Infus., pl. V, flg. 12. — Sjririllum undula, Dujardiw, Infus., pl. I, fig. 8. — Vibrio undula, Mille*, lnfusoria, lab. VI, fig. 4-0.

Poochet. !•

IIÉTÉROGÉPUE.

nous 1 avons établi dans tant d'expériences spéciales, paralyse ou anéantit le mouvement génésique. Si Ton ne se reporte pas à ce qui précède, on objectera que les animalcules ont pu tirer leur origine de l'eau ; nous pourrions ne pas nous préoccuper de cette objection puisqu'il ne s agit ici, purement et simplement, que de prouver que ce n'est pas l'air qui en est le dépositaire (1). Mais nous avons démontré précédemment que l'eau ne recèle pas les germes : tous les naturalistes en conviennent aujourd'hui. Or, si dans notre appareil il se développe des Proto-organismes , comme ils ne peuvent provenir de l'air qu'on y introduit, il faut bien leur affecter un autre berceau que l'atmosphère.

Expérience. — Voici le résultat de l'une de nos expériences. On a rempli d'eau bouillante le premier flacon de l'appareil à trois lampes. On a rempli d'eau filtrée froide le second flacon et Ton y a mis dix grammes de foin passé dans une étuve chauffée à 200 degrés. Lorsque le tube fut porté à la température rouge, on introduisit de l'air dans l'appareil. Deux jours après, la température moyenne ayant été de 22 degrés , on ouvrit celui-ci et voici ce que l'on observa. La macération était de couleur fauve et sa surface se trouvait occupée par quelques bulles d'acide carbonique. Le microscope fit découvrir dans l'eau une immense quantité de Vibrions granifèrcs et de Vibrions lisses; puis beaucoup de Mona-

(I) Pour l'instant, si l'on voulait, on pourrait même supposer que l'eau est gorgée de germes; cela n'entrave nullement la conclusion.

ÉLIMINATION DE l'AIR. 275

des crépusculaires et de Bactériums articulés (1).

Mais quoique les résultats que nous venions d'obtenir en répétant les expériences de MM. Schwann et Schultze fussent absolument décisifs, nous n'en sommes pas resté là, et pour éviter toutes les objections subtiles, nous avons exécuté une série d'expériences dans lesquelles l'air atmosphérique a été absolument banni. On voudra bien, nous l'espérons, dans ce cas, nous concéder qu'un agent que nous n'employons pas doit être parfaitement vierge de tout soupçon.

Quoique mes nombreuses expériences démontrent jusqu'à l'évidence , selon moi , que l'air atmosphérique ne peut être et n'est pas le véhicule des germes des Proto-organismes, j'ai pensé que ce serait en couronner heureusement la série et en même temps ne laisser aucune prise à la critique, si je parvenais à déterminer l'évolution de quelque être organisé , en substituant de l'air artificiel à celui de l'atmosphère.

Les belles expériences de MM. Regnault et J. Reiset me semblaient à l'avance indiquerque des animaux inférieurs pourraient se développer dans cet air, puisque des animaux vertébrés y vivent bien (2). Mes tentatives ont été couronnées de succès. Dans de l'eau totalement privée d'air et qui ne se trouvait en contact qu'avec de l'air artificiel ou de l'oxygène pur, j'ai vu des Proto-organismes variés se développer. De tels

(1) Vibrio granifer, Pouchbt. Vibrio levis, Pou ch. Monas crepusculum, Ebrenberg. Bacterium articulatum, Ehr.

(2) Regnault et Reiset, Recherches chimiques sur la respiration il es animaux des diverses classes. Paris, 1849.

faits suffiraient seuls pour étayer solidement les opinions que nous professons.

L'expérience que j'ai tentée en employant l'air artificiel, a été faite en commun avec un jeune et savant chimiste, M. Houzeau, dont le nom s'est déjà inscrit d'une si brillante manière dans la science.

Expérience avec l'air artificiel. — Nous avons pris un grand flacon de cinq litres de capacité, bouchant à l'émeri. Ce flacon a été rempli d'eau bouillante et immédiatement on Ta hermétiquement fermé et renversé sur une cuve à mercure. Lorsque l'eau fut refroidie , on introduisit dans ce flacon un mélange de gaz oxygène et d'azote, dans les proportions voulues pour constituer de l'air artificiel; celui-ci occupa les trois-quarts de la capacité du vase. Enfin , en prenant les plus grandes précautions, on a aussi introduit dans ce flacon 10 grammes de foin qui venait d'être exposé durant vingt minutes dans une étuve à la température de 100 degrés. Ce foin ayant été enlevé de l'étuve dans un flacon à large ouverture, bouché lui-même dans l'étuve et débouché seulement sous la cuve , on l'introduisit dans le flacon. Ainsi on était certain que si quelques parcelles d'air étaient testées dans les interstices de ce foin, chauffées à 1 00 degrés , elles ne pouvaient recéler aucun germe susceptible de se développer. Enfin , le flacon ayant été bouché sous le mercure, fut remis dans sa situation ordinaire et tout le contour de l'ouverture , pour plus de précision , quoique le bouchon ait été enduit d'un corps gras, fut revêtu d'une couche de vernis à la copale, épaissi avec du vermillon.

ÉLIMINATION DE I/Alfc.

Le vase fut ensuite placé dans notre laboratoire, près d'une fenêtre, et observé chaque jour à l'extérieur.

Durant les six premiers jours, la température ayant été en moyenne de 18 degrés, le liquide resta jaune et limpide.

Le huitième, l'eau commence à devenir nébuleuse; Ton aperçoit près de ses bords un îlot flottant , d'un vert glauque, ayant environ trois millimètres de diamètre, et formé sans nul doute, d'une végétation cryptogamique due à une agglomération de Pénicillium.

Le douzième jour la liqueur continue à être trouble, sans bulles à sa surface, et on y découvre, vers le fond du vase, un globule sphérique de cinq millimètres de diamètre, constitué très-probablement par un amas d'Aspergillus.

Le dix-huitième jour, l'eau est encore plus trouble que précédemment et il apparaît vers son milieu un nouvel îlot flottant, formé évidemment de Pénicillium en fructification.

Le vingt-quatrième jour le liquide présente à peu près le même aspect que précédemment, seulement il est plus trouble vers le fond.

Enfin, un mois après le commencement de cette expérience, le flacon fut débouché. Le gaz contenu dans son intérieur n'avait contracté aucune mauvaise odeur ; la superficie de l'eau n'offrait aucune pellicule, et on y voyait flotter quatre petits îlots de Pénicillium. Dans ce liquide, qui était jaune et trouble, nageaient plusieurs flocons d'Aspergillus de grosseurs diverses,

et dont deux, composés de touffes serrées de ce champignon, offraient le volume et l'aspect des grains de groseille blanche.

L'un des îlots, extrait et examiné au microscope, est formé d'une cryptogame très-touffue, très-ramifiée, à ramifications éparses, appartenant au genre Pénicillium. C'est évidemment le Pénicillium glaucum de Link (1).

Les flocons qui se rencontrent immergés dans la macération, par l'aspect de leurs touffes et par la structure de leurs mycéliums, ressemblent absolument à YAspergillus que nous avons observé dans l'oxygène dans une expérience subséquente ; mais comme ces flocons sont restés sous l'eau et n'ont pas fructifié, il a été impossible de déterminer exactement à quelle espèce appartenait la mucorinée qui les compose.

On rencontre çàet là nageant à la surface de l'eau, des grains de matière verte, sphériques, remplis de granules, et offrant 0, OU 2 de millimètre de diamètre.

Malgré la température qui avait toujours été assez basse pendant la durée de cette expérience, et en moyenne de 15°, et malgré l'influence défavorable que présentent toutes les expériences exécutées à vaisseaux clos, nous découvrîmes un assez grand nombre d'animalcules dans notre macération. Sa surface était remplie de Protées diffluents, Proteus diffluens^luM., Amiba diffluem, Dujardin. On y voyait aussi un grand nombre de Trachelius absolument analogues au Trachelius trichophorus d'Ehrenberg, jeunes, et n'a-

(1) Synonymie : Mucor aspergillus, Bulliard ; Monilia glauca, Persoon; Aspergillus glaucus, Pries.

ÉLIMINATION DE l'AIR. 279

yant que 0,065 de millimètre de longueur ; ils étaient extrêmement agiles, se contournant en tous sens et dardant leur longue trompe de tous côtés. On y voyait, en outre, quelques Trachelius globifer, Ehr. ; puis quelques Monas elongata, Duj., et un grand nombre de Vibrions excessivement fins, parmi lesquels on remarquait surtout le Vibrio lineola, Mull., et le Vibrio rugula, Mull.

Ainsi donc voici une Faune variée d'animaux microscopiques et quelques champignons, qui se sont développés dans un milieu absolument privé d'air atmosphérique, et où celui-ci, par conséquent, n'a . pas pu apporter les germes.

Cette expérience à l'aide de l'air artificiel parle avec une telle autorité, qu'il semble désormais impossible d'offrir un plus audacieux démenti aux partisans de la pansperraie aérienne. Mais nous avons pu venir encore l'étayer par quelques autres faits, et l'oxygène étant la partie essentiellement vitale de l'air, nous avt>ns pensé qu'en l'employant on pourrait peut-êlre voir quelques Proto-organismes apparaître au milieu de lui. Nous avons privé absolument d'air une cerlaine quantité d'eau, et mis dans celle-ci un corps putrescible ayant subi une température élevée, et le flacon qui les contenait ayant été rempli d'oxygène, on vit en effet des végétaux parfaitement caractérisés naître dans ce gaz! N'est-ce pas là encore une palpable preuve en faveur de notre opinion ? Voici les détails de cette expérience répétée par nous deux fois avec des résultats analogues.

Expérience avec l'oxygène. — Un flacon d'un

IIÉTKROGÉME.

litre de capacité fut rempli d'eau bouillante et bouché hermétiquement avec la plus grande précaution, et immédiatement on le renversa sur une cuve à mercure. Lorsque l'eau fut totalement refroidie, on le déboucha sous le métal, et on y introduisit un demi-litre de gaz oxygène pur. Aussitôt après, on y mit, sous le mercure, une petite botte de foin pesant dix grammes, qui venait d'être enlevée, dans un flacon bouché, à une étuve chauffée à 100°, et où elle était restée trente minutes. Le flacon fut enfin fermé hermétiquement à l'aide de son bouchon rodé à l'émeri ; et pour surcroît de précaution, lorsqu'on l'eut enlevé de la cuve, on mit une couche de vernis gras et de vermillon tout autour de son ouverture.

Huit jours après, la macération était d'une couleur fauve, sans pellicule apparente à sa surface, au moins à l'œil nu, mais le foin submergé offrait sur quelquesuns des brins qui hérissaient sa petite masse, des globules d'un blanc jaunâtre, de la grosseur d'un grain de groseille blanche, auquel de loin ils ressemblaient parfaitement. Ces globules, au nombre de huit à dix, mais dont quelques-uns étaient très-petits et libres dans la liqueur, paraissaient évidemment formés de filaments de Mucorinces implantés en un même endroit, et de là s irradiant en touffes serrées. Le microscope le démontra.

Le dixième jour, le flacon, ayant été ouvert, on examina son contenu. Il n'y avait eu entre l'extérieur et l'atmosphère aucun échange* Le gaz oxygène qu'il contenait paraissait encore absolument pur; et les corps en ignilion qu'on y plongeait activaient leur combustion.

Digi

ÉLIMINATION DE l'AIR. 281

On reconnut alors que les gros flocons blanchâtres, qu'on discernait à travers les parois du vase et qui étaient immergés dans l'eau, étaient évidemment formés par une espèce de champignon à mycélium trèstouiïu et tassé. Les filaments de celui-ci étaient cylindriques, articulés, et leurs articulations plus rapprochées vers leur base qu'à leur sommet ; des granulations fines en remplissaient les intervalles ; et celles-ci, nombreuses vers l'origine des filaments, le devenaient de moins en moins vers leurs extrémités.

Les sporanges sont parfaitement sphériques, lisses, d'une couleur brune et d'un diamètre de 0,0700 de millimètre ; ils sont enveloppés extérieurement d'une fine membrane transparente qui recouvre les spores.

Le réceptacle dépouillé de ceux-ci, estsphérique et d'un diamètre de 0.0280 de millimètre. Sa surface est finement marquée de points indiquant l'implantation des spores. Ceux-ci sont ovoïdes et implantés tout autour du réceptacle; le plus long diamètre de ces spores varie dç 0,0056 à 0,0084 de millimètre et leur plus court de 0,0028 à 0,0050.

Cette plante, que je pris pour un Aspergillus, ne nie paraissant point avoir été décrite, afin de m'éclairer à ce sujet, je me suis adressé à M. Montagne, dont l'autorité en semblable matière a une s( haute valeur. Il a pensé aussi que c'était une espèce nouvelle, et il lui a plu de lui imposer le nom d' Aspergillus Pouchelii(i). J'ai respecté sa décision.

Comme durant ces derniers temps, plusieurs sali) Montagne, Plantes cellulaires nouvelles, exotiques et indigènes. Paris, 1859, 8« centurie, 9e décade.

HÉTÉROGÉME.

vants ont prétendu que les spores de quelques cryptogames ne perdaient leur faculté de germer qu'à une température au-dessus de 100 degrés, j'ai dû, pour donner à l'expérience dont il vient d'être question toute l'authenticité possible, m'assurer s'il n'en serait pas ainsi à l'égard des végétaux qui s'étaient produits durant celle-ci.

Bulliard ayant déjà reconnu que des séminules de quelques petits champignons, et en particulier celles du Mucor sphœrocephalus, perdaient leur faculté gerrainalive après une courte immersion dans l'eau bouillante, je pensai, par analogie, qu'il devait en être de même pour le champignon qui s'était développé durant mon expérience.

Ayant pris des spores du Pénicillium glaucum, Link, je reconnus qu'ils étaient parfaitement sphériques et offraient un diamètre de 0,0028 à 0,0042 de millimètre. Je les plaçai dans un petit tube avec environ deux centimètres cubes d'eau, et celle-ci, à l'aide d'une lampe à esprit-de-vin, fut entretenue en ébullition pendant un quart d'heure. Au bout de ce temps, on put constater, à l'aide du microscope, que les spores de ce Pénicillium étaient déformés; ils avaient perdu un peu de leur sphéricité, et leur volume était presque doublé; ils offraient alors un diamètre variant de 0,0050 à 0,0055 de millimètre.

On rencontrait aussi dans la liqueur des espèces de granules aplatis, du diamètre de 0,0028 à 0,0030, qui semblaient n'être que des débris du test de quelques séminules de ce Pénicillium, dont la substance intérieure avait été enlevée par le fait de Pébullition.

L'action de l'eau en ébulKtion a paru affecter encore bien plus profondément les spores d'un Âspergillus. Ces séminules, plus volumineuses que les précédentes, et dont par conséquent on pouvait mieux suivre les altérations, étaient ovoïdes et offraient un diamètre de 0,0092 de millimètre de longueur sur 0,0054 de largeur.

Exposées dans l'eau à la température de 98° pendant un quart d'heure, leur configuration s'y altéra sensiblement; elles se gonflèrent et devinrent diversiformes en prenant un aspect granuleux à l'intérieur. Enfin, lorsque l'eau dans laquelle se trouvaient ces spores d'Aspergillus eut subi une ébullition d'un quart d'heure de durée, ils disparurent complètement et l'on n'en retrouva plus que des débris.

Ces recherches microscopiques confirment donc les observations de Bulliard et viennent démontrer que, le cas échéant où notre liquide ou le corps putrescible que nous avons employé, aurait contenu quelques spores de la végétation cryptogamique recueillis dans notre appareil, la faculté germinative de ces séminules eût été anéantie par le procédé expérimental.

Cette expérience vient donc mettre hors de doute que ce n'est pas l'air qui est le dépositaire des germes, puisque nous voyons un végétal naître dans un milieu dont l'air, absolument banni, a été remplacé par de l'oxygène. Il faut donc bien que les Proto-organismes se forment de toutes pièces dans les milieux qui les recèlent.

Dans cette expérience, le liquide, examiné très-

attentivement, ne nous a paru contenir aucun animalcule.

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