DÉVELOPPEMENT SPONTANÉ DES M1CROZOAIRES
voient dans la reproduction qu'un acte accompli par la mère, et c'est là, selon nous, une immense erreur. L'œuf, au contraire, est un produit qui, depuis sa plus intime origine jusqu'à son expulsion, agit sous l'empire d'une force qui lui est inhérente, et semble ostensiblement en révolte contre l'organisme dont il dérive. Pour vulgariser notre pensée, nous dirons que la mère ne façonne pas plus son œuf que son fœtus. Souvent même c'est fort loin d'elle que ceux-ci puisent l'air, l'eau et la chaleur employésauxprincipales phases de leur développement. Ce qui a fait exagérer le rôle maternel , c'est qu'on a toujours pris pour point de départ les mammifères, et il faut se reporter bien au delà si Ton veut juger sainement la question.
A l'abri de la coquille d'un œuf d'oiseau , on voit s'accomplir un acte bien autrement surprenant que la formation de l'œuf lui-même. Sous la mère, un embryon qui était d'une telle ténuité qu'on en apercevait à peine les premiers linéaments, se transforme en poulet ou en jeune autruche. Elle n'a nullement concouru cependant, par elle-même, à façonner ce nouvel être, dont une muraille calcaire la sépare : le fœtus se développe à l'aide de sa seule force vitale mise en jeu par l'air et la chaleur humide. La mère est si bien inutile à cet acte que l'incubation artificielle peut absolument la remplacer ; et l'on sait même que certains oiseaux de l'Australie, si féconde en productions extraordinaires , ne couvent nullement leurs œufs. Ils se contentent de les déposer dans d'immenses amas de foin ou de terre mêlée de débris de végétaux, en confiant uniquement le soin de leur incubation à la cha-
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leur que la fermentation développe dans ceux-ci. C'est ce que Gould nous rapporte à l'égard du Telegalla Lathami, Gould, et du Megapodius tumulus, Gould, dont il a si bien observé la nidification (1).
Depuis le moment où un ovule groupe ses deux premières molécules jusqu'à celui où il s'isole complètement de l'organisme maternel par ses enveloppes adventives , il est constamment sous l'empire d'une force vitale, qui lui est absolument inhérente et à l'aide de laquelle il dégrade, à son profit, ce même organisme. Je me sers à dessein de cette expression, parce que chaque reproduction est réellement un acte énervant pour la mère, un acte de mort comme l'appelait de Blainville; aussi, dans une foule d'animaux, celle-ci succombe-t-elle d'épuisement aussitôt qu'il est accompli...
Supposez alors que la force plastique, au lieu de se manifester dans l'ovaire, se produise au sein d'un amas de matière organique, il en résultera un nouveau produit qui dans l'un et l'autre cas s'élèvera à un degré différent d'organisation , dépendant de la nature absolue de l'un ou de l'autre milieu. De l'ovaire d'un mammifère sortira un singe ou un bélier; de la pellicule d'une macération , un simple Microzoaire. Tout sera subordonné aux mêmes lois : celles-ci sont posées par la nature ; l'homme en interprète seulement les résultats, mais sans en pénétrer la cause.
Burdach ne semble-t-il pas étayer cette manière de voir de tout l'ascendant de son autorité lorsqu'il dit :
(I) Gould, An introduction to the Birds of Australia. Londres, 1843, p. 82-87. — The Birds of Australia. Londres, 1840.