‹ Hétérogénie: ou traité de la génération spontanéeChapitre 27 sur 56 · DÉVELOPPEMENT SPONTANÉ DES MICROZOA1RES · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT SPONTANÉ DES MICROZOA1RES

« Dans la propagation par œufs, le nouvel individu se forme aux dépens d'une masse amorphe de granulations microscopiques qui se décomposent. De pareilles analogies ne permettent pas de regarder comme absolument impossible que de la substance grenue, produite par la décomposition de la matière organique, il se développe un animal d'une autre espèce, pourvu de bouche, de cavité digestive , d'organes locomoteurs, quoique d'ailleurs d'une structure fort simple (1). »

Mais quelle est cette force vitale qui se manifeste à certaine époque dans un point de l'organisme maternel? Quelle est cette puissance organisatrice, ce modus fiendi atque agendi, comme l'appelait Stahl (2)? c'est ce que nous ne pénétrerons sans doute jamais (3).

Cependant, quelle que soit cette force, elle gouverne déjà la formation de l'ovule; elle la domine avec une puissance suprême, absolument identique à celle avec laquelle elle régira toutes les fonctions organiques qui vont successivement se manifester chez l'être créé. Elle se complique en même temps qu'il s'avance dans la vie; obscure et indécise d'abord, bientôt elle accroît son énergie et finit ensuite par s'adjoindre les volitions intellectuelles.

La première étincelle de vie qui anime l'orga-

li) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 10.

(2) Stahl, Demonstratio de miœti et vivi corporis ver a diversitate. Sect. lxi, p. 91.

(3) Cabanis, Rapports du moral et du physique de V homme. Paris, 1824, t. n, p. 236.

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nisme, ne doit évidemment sa manifestation qu'à certaines circonstances concomitantes. Si celles-ci manquent, tout reste dans le néant. C'est à cause de cela qu'on peut remarquer que le principe vital ne se transmet pas toujours d'une façon continue de la mère à sa progéniture : il y a un ou plusieurs hiatus durant lesquels la vie s'éteint absolument pendant un temps illimité.

On sail que certaines graines conservent fort longtemps leur faculté germinative. Duhamel rapporte que des semences de stramoine ont pu se développer après être restées vingt-cinq ans sous la terre (1) ; Friewald a vu des graines de melon germer après avoir été gardées plus de quarante ans (2); Roger Galen et Voss ont fait germer des haricots conservés depuis trente-trois et trente-sept ans (3). Van Swieten raconte que des graines de sensitive extraites d'un herbier, après y avoir séjourné quatre-vingts ans, se sont parfaitement développées (4) ; enfin, des semences de blé, au rapport de Pline, ont été fertiles après cent ans de sommeil (5), et Gérardin dit qu'après un même laps de temps, il a fait germer des graines de haricot enlevées à l'herbier de Tournefort (6).

On peut encore citer des exemples de semences qui se sont conservées bien plus longtemps que celles

(1) Duhamel, Traité des semis, p. 93-95.

(2) Friewald, Philosophical Transactions. London, 1742.

(3) Roger Galen, Philosophical Transactions. London, 1742. Woss, Bulletin des sciences naturelles, XVII, p. 222.

(4) Van Swieten, Comment. VI, ad s. cxxv,de Podagrâ, p. 260.

(5) Pline, Histoire naturelle.

(6) Gérardin, Propriété conservatrice des graines.

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dont il vient d'être question. Ch. Desmoulins rapporte que des graines d'Héliotrope, deMédicago et de Bluet, trouvées, il y a quelques années, dans un tombeau gallo-romain du troisième ou quatrième siècle, ont parfaitement poussé dans un jardin où elles furent cultivées (1). Malgré l'assertion contraire de Rœmer (2) et de De Candolle (3),on sait aujourd'hui que des grains de blé, datant encore d'une époque beaucoup plus reculée, et qu'on recueille à l'intérieur de quelques tombeaux de l'ancienne Egypte, germent et multiplient parfaitement dans nos campagnes. On a même vu, en Angleterre, un ognon de scille, trouvé dans les mains d'une momie, et qui, ayant été cultivé, s'est couronné de feuilles et de fleurs.

Dans tous ces cas, dira-t-on que la parcelle de vie qui devait présider à la résurrection des grains, était restée latente dans leur sein? Non, la force vitale qui s'y est révélée a dù sa manifestation au concours des circonstances dans lesquelles l'organisme a été replacé. Si la vie s'y paralysait seulement, si elle y restait à l'état latent, il n'y aurait pas de raison pour qu'elle n'en fit autant chez les animaux que l'asphyxie tue, sans qu'aucun secours puisse les ranimer, après un trépas de quelques minutes.

Dans le but de refouler toute idée de spontéparité, on s'est toujours complu à rappeler les descendances naturelles dans lesquelles le produit ressemble con-

(1) Charles Desmoulins, Écho du monde savant, 2« année.

(2) Rcemer, Théorie élémentaire. Trad. de l'allem., t. I, p. 187.

(3) DbCuidollk, Traité de physiologie végétale. Paris, 1832, t. 11, p. 623.

stamment à l'être qui l'engendre, comme si celui-ci, ayant participé activement à sa formation, l'avait façonné à son image. L'objection tirée de la ressemblance serait de quelque valeur, si l'être producteur déployait une force active dans l'acte génésique ; ou 6i, comme BuiTon le prétendait, le produit extrayait tous ses éléments des divers organes maternels (1); ou si enfin, lorsque celui-ci naît, il était toujours semblable à ses parents. Mais rien de tout cela n'est absolument rigoureux. La mère n'a nulle influence normale sur son produit, et celui-ci se forme non-seulement à son insu , mais, en outre , par une force spéciale ; et pour rendre notre pensée à l'aide d'une métaphore vulgaire, nous redirons que ce n'est pas la mère qui le sculpte, mais que c'est lui qui se sculpte lui-même, ce qui est immensément différent. La nature a voulu que chaque être ait sa reproduction limitée et définie, et si une chose pouvait être anormale, ce serait le renversement de ses harmonieuses lois. L'annélide et l'insecte reproduisent des êtres semblables à eux et non des animaux plus élevés, ce qui serait un scandale; la membrane proligère d'une infusion donne naissance, selon sa composition, à des espèces également déterminées, et jamais on n'y voit les mieux organisées précéder celles qui le sont moins; jamais le Rotifère n'apparaît avant la Monade!

La génération spontanée se manifeste dans le milieu proligère absolument sous l'empire des mêmes lois que

(1) Bupfon, Histoire naturelle générale et particulière. Deux- Ponts, 1786.

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la génération normale dans le tissu de l'ovaire. Cette dernière, à son origine, n'est aussi qu'une génération spontanée, qui ne recevra que plus tard le stimulus du mâle. Et c'est la même influence occulte qui produit un être donné dans un ovaire offrant des conditions particulières, et un autre être donné dans un milieu proligère offrant d'autres conditions.

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