SECTION I. — FORCES INITIALES
La démonstration des diverses phases de la génération spontanée est difficile et laborieuse ; voici pourquoi ses antagonistes ont pu si facilement l'attaquer, et pourquoi ses partisans ont quelquefois désespéré d'arriver à en dérouler de manifestes preuves.
Ainsi Sénebier prétendait qu'il n'y a eu aucun système qui ait été plus fortement attaqué et plus solidement renversé que l'hétérogénie; selon ce savant expérimentateur, Bonnet et Spallanzani l'auraient même dissipé au point de n'en laisser aucune trace (1). Nous ne sommes pas de l'avis du respectable ministre genevois. Un système pour lequel ont combattu ou combattent encore des hommes tels que Buffon, Lamarck, Treviranus, Tiedemann, J. Muller, Burdach et Bérard, est loin d'être, non pas anéanti, mais seulement énervé pardeux savants, au talent desquels nous rendons hommage, mais qui sont loin d'avoir acquis
(1) Séhebmr, Ebauche de l'histoire des êtres organisés avant leur fécondation, p. 8, dans les Expériences pour servir à l'histoire de la génération, par Spallanzani.
336 HÊTÊROGRMB.
l'illustration de ceux qu'on peut leur opposer (1).
Et, quoiqu'on puisse ranger Burdach parmi les plus énergiques partisans de la génération spontanée, ce savant prétend cependant que celle-ci ne peut être ni réfutée, ni démontrée directement d'une manière complète. Mais nous, nous pensons que le moment est enfin arrivé où l'observation directe peut éclaircir quelques points de la question ; et que s'il n'en était pas ainsi, la solution rationnelle pourrait même acquérir toute la certitude possible. Il peut en être de Thétérogénie comme de certains phénomènes physiques, qui, quoique inaccessibles à nos sens, n'en subissent pas moins la plus stricte démonstration à l'aide d'expériences ou d'observations indirectes, que viennent élucider toutes les ressources de l'intelligence.
Dans nos diverses observations, le microscope, par ses admirables perfectionnements, en centuplant nos sens, nous initie aux confidences du Créateur ; et l'intelligence, en venant à son aide, étend indéfiniment ses mystérieuses révélations. Ainsi s'éclaircissent ces sublimes et presque incompréhensibles lois qui président à l'organisation de la matière. Et c'est cet instrument que nous allons actuellement appeler à notre
1) Buffos, Suppléments à l'histoire naturelle. Deux-Ponts, 1786,
t. il.
Lamarck, Physiologie zoologique. Paris , 1 809.
Trkviranus, Biologie. Goettingue, 1802.
Tiedemann, Physiologie de l'homme. Paris, 1831.
J. Muller, Manuel de physiologie, traduit de l'allemand, par
A. J. L. Jourdan. Paris, 1851.
Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. i. Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848.
FORCES INITIALES
aide pour explorer tout ce que la question possède de points tangibles.
Phénomènes catalytiques. — On peut considérer comme une loi fondamentale, que des phénomènes de fermentation ou de dédoublement catalytiques précèdent ou accompagnent toute génération spontanée.
Il est curieux de voir que ceci avait déjà été soupçonné par quelques anciens alchimistes. Après avoir divisé en deux sections la production des êtres organisés : ceux qui naissent spontanément, sine arte, et ceux qui sont le produit de l'art, quœ fit arte9 nempè alchymiam, Paracelse entrevoit déjà, dans son chapitre De generationibus rerwm, quelle est l'influence du mouvement putrescible des corps sur la génération, car là il s'exprime ainsi : Nam putrefactio est supremus gradus et primum inilium ad generationem. Puis il ajoute : Putrefactio atuem initium suum sumit ex humido colore (1).
En effet, les organismes ne se produisent qu'à même la nature expirante, et au moment où les éléments des êtres sur lesquels ils s'engendrent entrent dans de nouvelles combinaisons chimiques, et éprouvent tous les phénomènes de la fermentation ou de la putréfaction. Van Helmont était dans une voie assez rationnelle , lorsque , alliant ses idées de spiritualiste à ses doctrines alchimiques, il disait qu'à l'aide d'un ferment, l'archée peut organiser la matière directement et spontanément (1).
(I) Paracelse, Chap. De generationibus rerumnatnralium, t. VI, p. 201.
[{} Van Hblikmt, Ortus medicînœ. Àmstel., 1648.
POCCHET. 2 î
HKTÉR0GÉN1E.
Il résulte de là qu'il ne se manifeste de générations primaires, qu'après que les corps dont elles dérivent commencent à subir les premiers phénomènes de décomposition ; comme si, pour s'organiser, les êtres nouveaux attendaient la désagrégation des autres 9 afin de s'emparer des molécules de la substance expirante, à mesure qu'elles se trouvent mises en liberté. Il est évident que l'organisme ne puise ses éléments matériels qu'à même les cadavres des anciennes générations. Aussi Liebig a-t-il pu dire que le même atome de carbone, qui fait partie des fibres du cœur d'un certain homme, a pu, autrefois, appartenir au cœur de l'un de ses ancêtres; et que les atomes d'azote de notre cerveau, peuvent provenir de l'encéphale d'un Égyptien ou d'un nègre (1). Oken avait déjà dit que le corps des animaux n'était qu'un édifice de Monades, s'élevant aux dépens de la putréfaction, qui ne représente qu'une désagrégation de Monades (2).
Bremser envisage sous un point de vue nouveau les phénomènes qui se manifestent pendant la décomsition des organismes morts et la production de ceux qui leur succèdent. Il considère ce double mouvement comme une fermentation particulière, dans laquelle chaque particule se désagrège de l'être en décomposition, pour entrer ensuite dans de nouvelles combinaisons organiques. Mais, selon ce savant, ces particules que le chimiste considère comme absolument mortes, jouissent d'une vitalité latente, susceptible de
(1) J. Liebig, Nouvelles lettres sur la chimie. Paris, 1852, p. 7.
(2) Okbr, Lehrbuch der Notur philosophie. Icna, 1831.
FORCES INITIALES
se manifester aussitôt qu'elles rentrent dans quelque organisme nouveau. D'après lui, il y a même une immense différence, entre les corps absolument morts, tels que les particules minérales, et les corps simplement privés de vie, tels que les débris organiques. Durant toutes nos opérations, aucune production animée ne peut apparaître dans les premiers, tandis que les autres en produisent constamment (1).
Aux diverses époques géologiques, selon Bremser, durant les grandes réactions qui s'opéraient à la surface de la terre, la matière et ce principe suprême qu'il appelle esprit, se combinaient diversement en produisant des êtres nouveaux, dont l'organisation se trouvait en rapport direct avec la masse en fermentation.
L'illustre médecin, dont rien n'arrête les hautes pensées, transforme ainsi le globe en un vaste laboratoire de l'organisation, dans lequel, au moment où les cataclysmes faisaient table rase des anciennes créations, de nouvelles précipitations comblaient le vide,
(1) « Le corps mort, dit Bremser, est composé de substances toutes différentes que celui qui est organisé, et que les parties qui en proviennent après sa mort. Les corps morts se laissent aussi bien dissoudre et décomposer que les corps privés de vie. Quelques corps morts, comme par exemple les métaux, se laissent même transformer dans des états sous lesquels un peut à peine deviner leur état primitif; mais, par des procédés chimiques, on peut de nouveau les réduire et les ramener à cet état primitif. Des corps organisés, privés de vie. se laissent également décomposer par l'art dans leurs substances originelles, mais jamais un chimiste n'a réussi à rendre ensuite à un corps organisé et décomposé sa structure véritable et primitive. » Bheiiser, Op. cit.,
HÉTÉROGÊPCre.
en fournissant des races déplus en plus perfectionnées.
Poursuivant audacieusement son sujet, Bremser exhume les révélations du passé et suppute l'avenir ; et, en voyant qu'à chaque époque de la nature, l'esprit tend à révéler sa suprématie et à dominer la matière, il s'exprime ainsi dans une belle page que nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire textuellement :
« Les animaux de la première création, dit-il, ne pouvaient pas être si parfaits que ceux delà dernière. Dans la première, l'esprit était encore trop enchaîné à la matière, et ce n'est qu'après s'être débarrassé de cette dernière, non propice à l'animalisation, qu'il pouvait agir plus librement et parvenir enfin à gouverner l'existence corporelle de l'organisation à laquelle il est adhérent, car l'homme, animé par l'esprit, veut, et sa volonté est une loi pour la matière. Cette assertion souffre cependant quelquefois des exceptions ; mais alors l'esprit demande plus que la matière ne peut faire, et nous devons également considérer que l'homme n'est pas un pur esprit, mais seulement un esprit borné par la matière de différentes manières. En un mot, l'homme n'est pas un Dieu ; mais malgré la captivité de l'esprit dans sa corporéité, celui-ci est déjà assez libre en lui pour qu'il s'aperçoive qu'il est gouverné par un esprit plus élevé que le sien, c'està-dire par un Dieu. Pouvoir ou plutôt devoir comprendre, cela est ce qui forme la différence entre l'homme et les animaux... Il est encore à présumer, dit Bremser, dans la supposition qu'il y aurait une nouvelle précipitation, que des êtres beaucoup plus parfaits que ceux qui ont été le résultat des précé-
FORCES INITIALE 8. 341
dentés seraient créés. L'esprit dans l'homme est à la matière dans la proportion de 30 à 50, avec de légères différences en plus ou en moins, car c'est tantôt l'esprit et tantôt la matière qui domine. Dans une création subséquente, si celle quia formé l'homme n'est pas la dernière, il y aurait apparemment des organisations où l'esprit agirait plus librement et où il serait dans la proportion de 75 à 25. 11 résulte de cette considération que l'homme a été formé comme tel à l'époque la plus passive de l'existence de notre terre. L'homme est un triste moyen terme entre l'animal et l'ange ; il tend aux connaissances élevées et ne peut pas y atteindre ; quoique nos philosophes modernes le croient quelquefois, cela n'est réellement pas. »
Ce qu'il y a de certain , c'est que le mouvement putrescible est si indispensable à chaque manifestation génésique que toute production organique cesse de se former aussitôt qu'on l'arrête. Dans nos laboratoires nous remarquons même constamment que l'eau dans laquelle se produisent des Microzoaires, subit des modifications dans sa composition chimique. Burdach Ta fait observer avec raison (1), et, avant lui, Gruithuisen avait même considéré ce phénomène comme devant être une espèce particulière de fermentation (2).
Certains savants considèrent la fermentation, ou la résolution des molécules organiques complexes en combinaisons plus simples, comme étant due à l'appa-
(1) Bobdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. II, p. 122.
(2) Gruitootsen, Bmlràge zur Phyûognoêiê, p. 116, i 07.— Idées sur la physiognosie.
rition de certains organismes inférieurs (1). Virey a rappelé que le père Kircher avait émis une opinion analogue (2).
La putréfaction, en désagrégeant plus rapidement l'organisme que ne le fait la fermentation, agit encore d'une manière plus énergique sur Thétérogénie. Les molécules organiques composées qu'elle met en liberté entrent bien vite dans d'autres combinaisons : ainsi une recrudescence de vitalité tire sa source de phénomènes d'un ordre absolument opposé. La putréfaction, non-seulement dégage les molécules qui vont s'assimiler primairement à l'organisme, mais aussi, elle est ultérieurement pour celui-ci une source incessante de nutrition, puisque la plupart des aliments des animaux sont extraits des substances putrescicibles (3).
Il ne serait pas déraisonnable de penser que les premiers phénomènes génésiques doivent peut-être leur manifestation à des conditions chimiques nouvelles, qui surgissent à certaines époques, soit dans les animaux, soit dans les plantes. Uebig en avouant que nous ne savons pas faire une distinction nette entre les effets des forces vitales (4), ne nous aulorise-t-il pas
(1) Liebig dit : « On sait, en effet, par l'analyse microscopique, que la lie et la levure se composent de petits globules souvent réunis sous forme de chapelet, qui possèdent les caractères des cellules végétales vivantes, et ressemblent beaucoup à certaines plantes inférieures, à des champignons, ou à des algues. » Nouv. lett. sur la chimie, p. 29.
(2) Vmet, Dict. se. méd., article Fermentation, t. XV.
(3) Liebig, Nouvelles lettres sur la chimie. Paris, 1852, p. 24.
(4) Ibid.t p. 40.
FORCES INITIALES
à émettre cette idée ; et cette opinion ne trouve-t-elle pas une certaine force dans ces nombreuses légions d'organismes, qui apparaissent dans les corps en putréfaction, ou dans ceux dont les ovules surgissent périodiquement sous l'influence des saisons?
La présence d'un corps qui, en se décomposant, produise de l'azote, semble une indispensable condition de l'hétérogénie ; et si, dans beaucoup de leurs expériences, certains physiologistes ont obtenu des résultats négatifs, c'est presque toujours parce qu'ils avaient préliminairement entravé le mouvement putrescible dans les substances qu'ils employaient. M. Morren, depuis longtemps, a fait connaître combien ce gaz est indispensable à la vie des Microzoaires de tous les ordres ; il a même reconnu que quand il manque, ces animaux deviennent immobiles et passent à une sorte de vie simplement végétative (1). M. Laurent prétend même qu'en donnant aux Infusoires un supplément d'azote, il déterminait chez eux un accroissement extraordinaire (2).
Cette importance de l'azote nous parait non douteuse. — Il semble, en effet, que pour les Microzoaires, sa présence est peut-être un élément indispensable et que ceux-ci l'emploient, en quelque sorte, à l'état naissant: c'est pourquoi 1* effervescence génésique se manifeste plus amplement dans les corps
(1) Morren, Expériences sur l'absorption de V azote par les animalcules et les algues. — Ann. se. nat.f Zoologie. 1854, t. I, p. 339.
(2) P. Laurent, Études physiologiques sur les animalcules des infusions végétales. Nancy, 1854, 1. 1.
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abandonnés à la fermentation putride, où l'azote se produit avec abondance, que dans ceux qui ne subissent qu'une simple fermentation. Ce produit est aussi susceptible de leur fournir cet élément, puisque des végétaux simplement recouverts d'eau aérée, en fermentant, dégagent de l'azote, de l'acide carbonique et de l'hydrogène carboné (1).
Phénomènes de réorganisation. — D'après Lamarck, la génération directe ne consisterait que dans la transformation de petites masses gélatineuses ou muqueuses en tissu cellulaire ; à remplir de fluides divers les cellules qui se forment ; et enfin à les vivifier en mettant les fluides contenus en mouvement à l'aide du stimulus vital (2).
L'idée du grand zoologiste, comme on le voit» était fort simple, mais nous pensons que l'on peut fouiller la question un peu plus avant, ainsi que nous allons actuellement essayer de le faire.
Il y a des molécules inertes, comme il y a des molécules organiques ; les unes et les autres sont régies par d'invariables lois. À l'aide de forces particulières, qui, comme tant d'autres, nous sont inconnues (3) les
(1) Thênard, Traité de chimie. Paris, 1815. t. m, p. 4i0.
(2) Laiarck, Philotophie zoologique. Paris, 1809, 1. 1, p. 373.
(3) Que nous a expliqué Newton en disant : « La gravitation est l'attraction vers le centre de la terre? Quelle est la cause de cette attraction? Peut-être que les grands corps attirent les petits; bien : mais quelle est la cause que le plus grand attire le plus petit? Personne ne peut l'expliquer, et personne ne le comprendra aussi longtemps que noire esprit sera captivé par notre corporéité; mais nous le saurons quand cette tension élevée de l'esprit, ce que nous appelons dans le sens strict esprit ou intelligence, aura quitté la matière. » Bremser, loc. cit., p. S7.
FORCES INITIALES
molécules minérales s'agrègent avec ordre et se cristallisent sous des formes identiques ; à l'aide d'autres forces, non moins obscures, les molécules organiques se groupent pour composer des êtres vivants déterminés. Lorsqu'une force a désagrégé les molécules d'un minéral, on ne trouve pas singulier que dans des circonstances différentes, ces mêmes molécules reconstituent leurs cristaux. Serait-il donc si étrange que des molécules organiques, qui ont aussi leur mode d'association déterminé, s'organisassent lorsqu'elles se rencontrent dans la modalité de leur attraction sensitiveî Si nous ne pouvons pas, nous, reconstituer des organismes dans nos laboratoires, cela ne dit pas que la nature ne peut pas le faire dans le sien !
Les chimistes ayant reconnu l'existence de molécules organiques complexes (i), et les médecins en ayant démontré empiriquement la présence, par la transmission des miasmes et des principes contagieux (2), il n'est pas douteux que ce ne soient ces molécules, mises en liberté par la putréfaction, qui entrent dans de nouvelles combinaisons pour former les organismes incréés.
Dans ceux-ci, chaque molécule organique primaire possède indubitablement deux éléments, l'un matériel et l'autre vital ; sans cela le phénomène de la conti-
(f)Comp. Liebig, Nouvelles lettres sur la chimie. Paris, 1852, p. 25.
(2) Comp. Lahcisi, De noxiis paludum effktviis. Romœ, 1787.
Puther, Dissertatio de pestiferis aquarum putrescetUium expirât iombus. Leipsig, 1747.
Nacquaat, Dictionnaire des sciences médicales. Paris, 1819, t. XXXJH, p. 353.
nuelle rénovation des tissus vivants serait absolument inexplicable. On ne peut attribuer ce mouvement incessant de l'organisme à la puissance de ses appareils. La preuve qu'il n'en existe aucun pour l'opérer, c'est qu'au moment où ses premiers linéaments commencent à poindre , il ne se produit d'abord qu'une trame microscopique, et celle-ci, par conséquent, ne peut être que je résultat des affinités moléculaires; nul organe achevé ne pouvant alors diriger, avec suprématie, le mouvement vital. Il n'y a donc évidemment là qu'une action intime de molécule à molécule. Si les molécules se sont assimilées d'abord par leur propre force, dès l'origine de la vie, doivent-elles, par la suite, perdre cette propriété?
Les plus hardis penseurs de notre époque, qui ont systématiquement soutenu l'hypothèse de la spontéparilé, n'entendent plus, aujourd'hui, que les corps organisés émanent directement de matériaux inorganiques, mais qu'ils se produisent à même des éléments dissociés, qui ont précédemment subi l'influence vitale ou au moins en partie. Nous avons déjà vu qu'une telle opinion était professée par Treviranus, Tiedemann, Burdach, Bremser et J. Muller (1).
Ainsi donc, sous l'empire de la fermentation ou de la putréfaction, les corps organisés se décomposent et dissocient leurs molécules organiques; puis, après
(1) Treviranos, Biologie. Gœttingue, 1802, t. II, p, 267, etc. TiEDBMAiw, Physiologie de l'homme. Paris, 1831, 1. 1, p. 100, etc. Bremser, Traité des vers intestinaux. Paris, 1824. Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. 1. J. Mullbr, Manuel de physiologie. Paris, 1851, t. I, p. 9.
FORCES INITIALES
avoir erré en liberté pendant un temps illimité, lorsque les circonstances plastiques viennent à se manifester, ces molécules se groupent de nouveau pour constituer un nouvel être. Aussi, Burdach a-t-il pu dire que, dans la nature, il n'y a que deux formes primordiales essentielles de toute activité biologique : celle dans laquelle le multiple procède de l'unité : et celle dans laquelle le multiple retourne à l'unité. Notre théorie, ajoute-t-il, a donc pour axiome que la nature est la manifestation de l'infini dans le fini (1).
Mais la force agissante qui opère et qui crée, ne façonne parfois que des êtres d'une extrême simplicité. De là, il nous semble que c'est avec raison que M. Raspail dit que le type de l'être organisé peut se réduire, dans sa plus simple expression, à une vésicule imperforée, douée delà propriété d élaborer, au profit de son développement, les substances gazeuses et liquides qu'elle attire dans son sein par aspiration ; et de rejeter par expiration ceux des éléments décomposés qui ne peuvent servir à l'assimilation (1 ). En effet, certains êtres rudimentaires, tels que les globules du sang et quelques Monades, ne semblent composés que d'une cellule élémentaire.
Depuis bien des siècles, l'bétérogénie, cette question d'un ordre si élevé, a passionné tous les philosophes. Admise par la plupart d'entre eux, beaucoup cependant se sont révoltés avec colère contre elle. Il semblait à ceux-ci qu'il était de la plus inexplicable folie qu'on pût admettre qu'il soit possible à la matière
(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. Il, p. 332.
(2) Raspail, Nouveau système de chimie organique. Paris, 1838.
348 HÉTÉR0GÉN1E.
amorphe, d'engendrer des êtres organisés d'un ordre
rielles ne pouvaient jamais se rencontrer dans le mode de combinaison voulu pour produire une œuvre aussi capitale qu'un lion ou qu'un palmier. Je dois me hâter de répeter que je partage largement leur manière de voir sur ce sujet, mais que ce n'est nullement là que réside la question. Pour la résoudre, il faut se reporter au point initial de l'organisation , alors tout se simplifie et se comprend. Nous n'avons plus à nous occuper si par d'incommensurables combinaisons, des molécules se sont groupées pour former de gigantesques êtres, tels que le lion et le palmier, mais seulement si , sous l'empire d'une force initiale, quelques molécules se sont rencontrées pour engendrer un ovule imperceptible, presque un point mathématique!
À l'origine des créations, il ne faut par chercher l'être, mais uniquement la force génésique, car c'est elle seule qui d'abord se révèle, et qui, selon son énergie, détermine la modalité spécitique. Et cette force initiale, se manifeste généralement avec d'autant plus de profusion que le produit qui doit en découler est moins élevé : l'étroit canal sexuel d'un Ascaride donne naissance à des milliards de vermicules, el le volumineux ovaire d'une cavale ne laisse tomber qu'un seul fœtus. Faites, si vous voulez, dériver cette force initiale de l'incessante action de la nature ou admettez qu'elle émane de la puissance créatrice, il n'en est pas moins vrai qu'elle apparaît partout et dans tout. C'est elle qui se manifeste tantôt au milieu de
uiyiiizeo
FORCES INITIALES. 349
la substance de l'ovaire , tantôt parmi ces amas de matières organiques répandus à la surface du globe.
Personne ne conteste cette mystérieuse puissance, mais il existe seulement de nombreuses dissidences, à l'égard de son mode d'action, de son énergie et du nom sous lequel on doit la désigner. Ces détails nous importent peu ; ce qu'il y a seulement d'essentiel pour nous, c'est que par intuition chacun reconnaît le doigt de cet immatériel agent. Qu'on le nomme âme, avec Stahl (1 ) ; archée, avec Van Helmont (2) ; nisus formativus, avecBarthez (3); force plastique ,avec d'autres : que ce soit ce que Bichat désigne sous le nom de force vitale (4) ; que cet agent soit simple, comme le pense Adel on, ou multiple comme le veut Gerdy (5), tout cela nous est absolument indifférent; ce qu'il y a d'incontesté, c'est que tout le monde convient de son existence. Nous nous bornons à constater que pour tous les physiologistes, c'est l'élément coordonnâtes des divers actes de la vie, et que celle-ci cesse aussitôt qu'il abandonne l'organisme.
Ceci posé nettement, j'espère que l'on conviendra que cette force plastique, ce nisus formativus est en quelque sorte le noyau immatériel qui préside aux
(1) Stahl, Disquisitio de mechanismi et organismi diversitate.
(2) Van Hblmoht, Ortus medicinœ. Amsterdam.
(3) Barthbz, Nouveaux éléments de la science de l'homme. !77#.
(4) Bichat, Recherches physiologiques sur la vie et la mort. Paris, 1818.
(5) Adelo*, Physiologie de l'homme.
Gerdy, Physiologie philosophique des sensations et de l'intelligence. Paris, 1846.
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premiers actes de la vie, et que les premiers atomes de l'organisme sont déjà groupés et animés par lui, car sans cela il faudrait se disputer sans fin sur Je moment où l'agent immatériel, appelé à dominer toutes les mutations de la matière, a fait son irruption dans celle-ci. Si le principe vital ne présidait pas au groupement des premières molécules de l'organisme, il faudrait aussi qu'il y eût deux sortes d'existences pour le même être ; l'une simplement abandonnée aux lois de la matière, et l'autre qui serait régie par le principe vital ; cela devient impossible.
H faut donc qu'à leur origine, les organes et la force vitale soient étroitement unis ensemble, et que par la suite ils se développent parallèlement.
Or ce nisus formativus, dont l'action est toujours coordonnée à la nature de la gangue au milieu de laquelle il opère, sous la pression de ses lois intimes, dans l'ovaire des êtres créés, n'engendre que des êtres semblables à eux ; ailleurs, dans les substances en putréfaction, il ne produit que quelques animalcules microscopiques.
En terminant ce sujet, nous ne pouvons cependant pas omettre de dire que quelques savants absolument adonnés aux sciences physiques, considèrent l'hypothèse d'une force vitale, comme n'étant rien moins que logique: telle est en particulier l'opinion de Lehmann. Mais ce chimiste, à quelques lignes de l'endroit où il émet cette opinion, semble lui-même la réfuter en rappelant que l'on n'est autorisé à admettre une force nouvelle, une cause générale pour expliquer un
FORCES INITIALES. 351
ensemble de phénomènes, que lorsqu'on a bien reconnu que tous ces phénomènes sont inexplicables par toutes les autres causes connues (1). C'est là précisément, selon nous, le cas des phénomènes organiques, et personne ne le contestera (2).
Nous l'avons dit précédemment, ce sont les prétentions exclusives des écoles qui ont entraîné leur naufrage. Nous rendons un hommage mérité à la science de notre époque, car c'est elle qui doit lui imprimer sa plus éclatante et sa plus solide gloire. Les Lavoisier, les Laplace, les Monge, les Gay-Lussac, les Davy, les Arago ont rempli le monde de leurs immenses travaux; mais il ne fautpas que, dans leur enivrement, leurs successeurs prétendent encore avoir sondé tous les confins de l'inconnu, soulevé tous les voiles de l'organisme. Nous ne voulons subir ni le joug du spiritualisme exagéré, ni celui du matérialisme plus ou moins ingénieusement déguisé : nous demandons seulement que l'on restitue à l'organisme sa véritable dignité, sa suprématie; et nous ne voulons pas pour cela que l'on exhume de chimériques entités pour expliquer d'inexplicables phénomènes, mais qu'on reconnaisse une force organique distincte des forces purement physiques, cette force enfin que tout nous révèle sur chaque feuillet de la création.
En traçant le tableau des facultés intellectuelles,
( I ) Uhxanïs Précis de chimie physiologique animale. Paris, i 855, p. 297.
(2) Lehmann ne le conteste pas lui-même, car il avoue que l'on ne connaît pas encore assez les phénomènes physiques pour pouvoir le faire. (P. 297.)
l'un des chefs de la philosophie allemande a pu dire :
Penser, c'est créer,
c'est édifier dans le monde immatériel, intangible.
Pour compléter l'esquisse des attributs de l'organisme, le physiologiste peut ajouter :
Vivre, c'est s'organiser,
c'est édifier, c'est créer un être sensible aux dépens du monde tangible et matériel. Et je n'ajoute pas que c'est en même temps se désorganiser, parce que les phénomènes de décomposition rentrent peut-être dans le cadre de ceux qui tiennent partiellement aux réactions physiques :
De tout ce que l'on vient de lire dans ce chapitre, il résulte ce qui suit :
D'abord, que la fermentation et la putréfaction doivent être considérées comme presque indispensables à la manifestation des générations spontanées.
Ensuite, que la force plastique, dans de certaines limites, s'exerce aussi bien au milieu des substances organiques en décomposition que dans le tissu de l'ovaire.
Et enfin, que les générations spontanées dérivent aussi d'ovules, qui, à leur point initial, sont d'une petitesse extrême. Et que les molécules y sont groupées sous l'empire de deux forces.
SECTION 11. — PHÉNOMÈNES PRIMAIRES. FOR MAT 10 N DE Là PELLICULE
PROI.IGÉRE.
Nous avons vu, dans la première section, que l'apparition des Proto-organismes était toujours précédée
par des phénomènes de fermentation ou de putréfaction, qui, en désagrégeant les molécules organiques, préparent ainsi la voie aux nouvelles combinaisons génésiques dans lesquelles celles-ci doivent entrer. Il résulte de là, ainsi que Font déjà fait remarquer Wrisberg et J. Mûller, que la formation des animalcules dans les macérations, est précédée d'un dégagement de gaz divers produits par la décomposition des substances que Ton a employées (1).
Bientôt après la manifestation de ce phénomène, on reconnaît qu'il se forme à la surface des liquides en expérience une pellicule d'abord inapparente et que le microscope discerne à peine; puis celle-ci s'épaissit successivement, et finit même parfois par devenir assez tenace. Cette pellicule est évidemment composée par des débris d'animalcules, d'abord de l'ordre le plus infime, et ensuite, par ceux d'espèces de plus en plus élevées dans la série des Microzoaires. C'est cette mince pseudo-membrane que j'ai nommée pellicule proligère, parce qu'il est évident que c'est elle qui, à l'instar d'un ovaire improvisé, produit les animalcules. On peut y suivre leur développement à l'aide de nos instruments et reconnaître qu'ils s'engendrent à môme les débris organiques dont elle se compose.
Les Protozoaires qui forment d'abord la pellicule proligère sont des Monades, des Bactériums et des Vibrions, et chacun de ces animalcules lui donne un
(1) Wrisberg, Observationum de animalculis infusoriis natura. Gottingue, 1765, p. 85.
J. Mullbi, Manuel de physiologie, Paris, 1851, t. I, p. 16.
Pocchtt. „ 2*
aspect particulier. Comment ces animalcules sont-ils produits? d'où viennent-ils î c'est ce que nous ne pouvons dire, leur extrême petitesse les dérobant à toute espèce d'investigation. Mais plus tard apparaissent les Paramécies, les Vorti celles, les Kérones, les Kolpodes, dont on peut reconnaître l'origine ; et qui, eux, après s'être formés à même les débris organiques des animalcules qui les précèdent, contribuent ensuite, après leur mort, à augmenter l'épaisseur, de la pseudo-membrane, et à lui donner un nouvel aspect.
Valentin prétend que la pellicule de la surface des infusions n'est que le résultat des réactions chimiques qui se manifestent dans les substances que l'on a employées, et que ce n'est qu'après que cette pseudo-membrane est apparue que l'on voit nailre les premières générations d'animalcules (1). Je m'étonne que Valentin, qui est un des plus profonds observateurs de notre époque, se soit mépris à cet égard. La pellicule proligère , au contraire, est constamment formée, dès son origine, par d'infimes Microzoaires ; et l'erreur vient de ce que l'illustre successeur de Haller n'a fait attention qu'à la seconde génération , celle des grands animalcules, qui, eux, s'engendrent à même le détritus des petits.
La pellicule proligère étant constamment formée par les cadavres des animalcules dont les générations se sont succédé, doit présenter des caractères assez
(1) Valentin, Additions à Burdach. De la modalité de l'héUL rogénie. Physiologie, Paris, 1838, t. II, p. 123.
variés, et c'est ce qui a lieu en effet. Bien plus, les débris des Microzoaires s'y conservent parfois d'une si complète manière, que souvent, longtemps après leur mort, on les y reconnaît encore parfaitement. Ceci nous a permis de distinguer bien nettement quatre sortes de membranes qui ont des caractères très-tranchés, et que nous décrirons ci-après ; ce sont : la pellicule proligère granulée ; la pellicule enchevêtrée; la pellicule pseudo-cellulaire et la pellicule mixte.
1° Pellicule proligère granulée. — Cette pellicule est évidemment formée par des cadavres de Monades ou de Bactériums, c'est la plus élémentaire qu'il soit possible d'observer. Voici comment elle se développe dans les macérations que Ton a pris le soin d'abriter sous des cloches, afin d'éviter qu'il ne s'y mêle quelques-uns des corpuscules que l'atmosphère tient constamment en suspension.
Dans l'origine, la matière organisable est à l'état de dissolution complète dans les liquides qui la renferment, et le microscope le plus perfectionné n'y démontre absolument rien (1). Ce n'est qu'après un certain temps de repos, quinze à vingt heures seulement, si la température est élevée, et sous l'influence de l'air et de la chaleur, qu'on voit apparaître à leur surface des corpuscules ou molécules microscopiques, sphéroïdes, d'une petitesse extrême , et qui semblent absolument privés d'organisation. Ces corpuscules restent plongés dans la plus profonde immobilité,
(!) J. Muller, Manuel de physiologie, traduit de l'allemand, par A. J. L. Jourdan. Deuxième édition. Paris, 1851, t. I, p. 6.
comme s'ils se trouvaient enchaînés à distance. Cette immobilité est même, selon nous, un caractère fondamental qui les distingue des molécules inorganiques. Et quand plus tard ces corpuscules s'animeront, leurs oscillations seront tout à fait différentes de celles qu'a observées M. Brown sur les particules inertes. C'est là la transition de la matière inerte vers la matière animée; c'est là la plus simple expression des particules organisatrices venant de s'échapper des corps en décomposition; c'est là enfin ce que nous nommons molécules primaires immobiles.
Ces granules ou corpuscules globulaires, comme les appelle Tiedemann, doivent être, selon lui, considérés comme la forme élémentaire des corps organisés et comme les dernières molécules organiques douées de formes distinctes que l'on puisse apercevoir en eux (i).
Le lendemain, des phénomènes d'un ordre opposé se manifestent dans la macération : à l'immobilité de la veille succède une agitation particulière. Les molécules organiques, sans avoir grossi en apparence et encore tellement ténues que les plus forts microscopes ne les font apparaître que sous la forme de pointes qu'on distingue à peine, s'agitent de côté et d'autre et sont toutes animées de mouvements que l'on ne peut méconnaître. C'est lorsqu'elles sont sous cet état que nous leur donnons ce nom de molécules primaires mobiles.
Ce mouvement intime des molécules organiques,
(4) Treviraws, Traité de physiologie de l'homme. Paris, 1851, 1 1, p. 119.
FORMATION DE LA PELLICULE PROLH2ÈRB. 357
observé par nous, avait déjà été reconnu par 0. F. Millier et par M. Dumas (1).
J. Muller et M. Dujardin ont essayé de réfuter ce phénomène, en prétendant que c'est au mouvement brownien qu'il faut rapporter les indices de motilité observés par les deux savants que nous venons de citer (2) ; mais c'est à tort.
Le mouvement qu'offrent les molécules primaires devenues animées ne ressemble même nullement au mouvement brownien. Dans leurs mouvements, ces molécules ne semblent enchaînées par aucune attraction réciproque, et elles sont animées d'une force qui leur est inhérente et leur permet de franchir de si grands espaces, comparativement à leur volume, qu'elles traversent parfois tout le champ du microscope.
Le mouvement brownien est tout différènt. Dans celui-ci toutes les molécules s'agitent dans une sphère limitée, et jamais elles n'en sortent; elles semblent enchaînées les unes aux autres par une puissance attractive, et ne varient nullement dans leurs rapports respectifs. Un œil exercé distingue très-bien cela avec le microscope ordinaire ; mais on le prouve, sans réplique, à l'aide du microscope solaire. L'image d'un certain nombre de molécules de fer, de laque ou d'indigo étant projetée sur un tableau blanc, je place sur
(1) 0. F. Muller, Anim. in fus.
Dumas, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, 1825, t. VU, p. 221. Ann. des sciences naturelles.
(2) J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1851, p. 7. Dujardin, histoire naturelle des infusoires. Paris, 1841, p. 93;
358 HÉTÉROGÉFUE.
quatre ou cinq d'entre elles des aiguilles fines, et je reconnais que ces molécules s'agitent en tous sens, se rapprochent ou s'éloignent entre elles, mais que jamais elles n'abandonnent le lieu où elles siégeaient primitivement, et où se trouve enfoncée la pointe de l'aiguille. On a sous les yeux, qu'on me permette cette comparaison parce qu'elle est d'une exactitude parfaite, une espèce de contredanse microscopique dans laquelle les sujets, après s'être agités diversement, reviennent toujours à leur place. Au contraire, quand il s'agit d'animalcules infiniment petits, jamais ceux-ci ne retournent à l'endroit d'où ils sont partis. J'insiste sur ce point parce que, depuis qu'il a été découvert, le mouvement brownien a souvent été mal interprété par les physiologistes et a donné lieu à une foule d'erreurs.
Pour nous, ces molécules primaires mobiles ne sont autre chose que des Monades de la plus petite espèce, le Monas lermo, Mull. et le Monas crepusculum, Ehr., qu'on a d'abord aperçus encore inanimés, et qui, avec le temps, ont enfin revêtu le caractère le plus tranché de l'animalité. Et si sous leur premier état nous les appelons molécules immobiles, c'est tout simplement pour exprimer cette phase indécise de l'organisation où un être ne jouit pas encore de ses attributions distinctives; car un animal ne peut résulter que d'une réunion de molécules, et ce nom n'est là employé que pour donner l'idée de leur agglomération et de leur infinie petitesse. La vie de ces Monades est de courte durée. Quelques heures seulement leur suffisent pour en parcourir toutes les phases ; et lorsqu'elles sont mor-
tes, leurs corps constituent autant de granulations entassées, qui forment la pellicule que nous nommons pellicule proligère granulée, à cause de son aspect.
M. Pineau (1) a bien reconnu l'apparition de ces animalcules, mais il a eu tort en prétendant que c'était la substance organique des infusions qui se transformait elle-même, par voie de division, en granulations qui acquéraient, par degrés, les caractères de l'animalité, et formaient autant de Monades.
Bory de Saint-Vincent, en suivant pas à pas l'organisation de la matière, a signalé aussi des phénomènes analogues à ceux que nous venons de décrire. 11 dit, avec raison, qu'au moment où le liquide commence à se troubler à sa surface, celle-ci est occupée par des globules sphériques, infiniment petits, animés d'un mouvement incessant, et auxquels il donne le nom de matière agissante (2). Ce sont, selon lui, ces globules que 0. F. Mûller a figurés sous le nom de Monas termo, au nombre des Infusoires (î). Selon Bory, chaque molécule de cette matière représente une individualité, jouissant d'une vie propre, mais qu'elle peut perdre en se groupant avec d'autres molécules identiques pour contribuer à la production d'un être
(4) J. Pineau, Recherches sur le développement des animalcules infusoires. Ann. se. nat. Zoologie, 4845, 1. 111, p. 183.
(2) Bory de Saint-Vincent, Dict. classique d'histoire naturelle, Paris, 1826, t. X, p. 260, dit que ces globules sont d'une telle petitesse que leur volume n'équivaut pas, après un grossissement de miUe fois, à celui du trou que l'on ferait dans une feuille de papier avec une aiguille extrêmement déliée.
(3) 0. F. Muller, Encyclopédie méthodique. Paris, 1791, pl. I, fig. 1.
360 HÊTÉROGÈME.
plus élevé. Nous verrons plus loin que cette idée est exacte ; mais, comme nous venons de le dire, chaque molécule animée n'en représente pas moins un animalcule.
D'autres fois, au lieu de Monades, ce sont desBactériums qui forment uniquement la pellicule proligère. D'abord on en distingue très-peu à la surface du liquide; puis ensuite d'autres apparaissent. D'à* bord, aussi, ils sont tous immobiles; mais bientôt leurs mouvements deviennent sensibles, et souvent en vingt-quatre heures, leur vie s'est totalement écoulée et l'on ne rencontre plus après que leurs cadavres excessivement tassés et formant une pseudo -membrane vermiculée. J'ai souvent vu des pellicules uniquement composées par le Bacteriumarticulatum, Ehr.; quelquefois aussi il s'y mêle des Monades.
2° Pellicule proligèrb enchevêtrée. — Mais, la majeure partie du temps, lorsque la température est élevée, la pseudo-membrane se produit par un procédé qui diffère de celui dont il a été question dans la section précédente. On voit tout d'un coup la surface du liquide se peupler d'une immense quantité de longs Vibrions qui s'enchevêtrent ensemble en mourant, et forment une pellicule plus ou moins tenace. Voici ce qui se passe alors.
Dans ce cas, le rôle principal de la formation de cette pseudo-membrane est confié à deux très-longs Vibrions, qui ne me paraissent avoir été décrits par aucun auteur. J'ai nommé l'un d'eux Vibrion granifère, à cause de sa structure, et l'autre Vibrion lisse.
Le Vibrion granifère, Vibrio granifer offre une
taille peu commune parmi ses congénères : sa longueur atteint souvent 0,0560 de millimètre; il est parfaitement cylindrique dans toute sa longueur et obtus à ses deux extrémités. Son corps est incolore, hyalin, transparent, et presque constamment l'intérieur en est occupé par huit granules, ce qui me donna d'abord l'idée de le nommer Vibrio oclopunctatus; mais parfois aussi on n'y en compte que quatre, et d'autres fois il n'y en a que deux ou même qu'un seul. La disposition de ces granules offre une certaine régularité; ils sont toujours groupés deux à deux. Un groupe de deux est placé verslune des extrémités, et un groupe de deux autres vers l'autre extrémité ; les quatre granules qui restentsont, au contraire, situés vers le milieu du corps et ramassés deux à deux, en laissant un certain intervalle entre leurs deux groupes.
Ce Vibrion a une natation élégante, absolument analogue à celle de l'anguille commune, seulement un peu plus lente et moins tortueuse. On le voit parfois faire de grands efforts pour traverser certains endroits d'un abord difficile, et quand il ne peut réussir à s'y enfoncer, il rétrograde en nageant en arrière. Plus les Vibrions granifères sont longs, plus ils nagent gracieusement. Ils semblent parfois se multiplier par scission; je dis parfois, car d'abord on les voit tpus apparaître brusquement en ayant toute leur longueur. Quand cela a lieu, la scission se fait entre les deux groupes de granules situés vers le milieu du corps. Alors la natation n'est plus onduleuse : elle ressemble aux mouvements anguleux qu'auraient deux ba-
Digitiz&d
362 HÉTÉROGÉME.
guettes raides, articulées chacune ensemble par Tune de leurs extrémités : les inflexions sont considérables comme si les deux portions faisaient de mutuels efforts pour se séparer, se briser, à un endroit déjà étranglé.
La durée de la vie du Vibrion granifère est peu considérable. Souvent on le voit apparaître dans les macérations vingt-quatre heures après qu'elles ont été commencées. Il s'y agite pendant vingt ou vingtquatre heures, et après ce laps de temps écoulé, il a généralement accompli le cycle entier de son existence. Nés presque tous à la même heure, presque tous succombent en même temps et viennent, en mourant, s'enchevêtrer et former un véritable canevas à la surface de l'eau.
Ni 0. F.Mûller(l),niEhrenberg(2),ni Dujardin(3), ni enfin Diesing (4), qui n'admet que les espèces des deux premiers naturalistes, ne me semblent avoir décrit le Vibrion queje mentionne. 0. F. Mûller ne cite
(I) 0. F. Muller, Animalcula infusorta fluviatilia et marina' Hauniae, U86.
(2} Ebrenbebc, Die infusionsthierchen, etc. Leipzig, 1838.
(3) Dujaroin, Histoire naturelle des infusoire*. Paris.
(4) Diesing, Systema helminthum. Vindobonx, 1850. La description du vibrio protifer.FAn: que donne cet auteur, semblerait s'en rapprocher : Syntherium cylindricum, crassvm, fleœuosum, utrinque rotundatum corpusculis ad 8, ovatis, hyalinis, distinctis. Mais la figure d'Ehrenberg, qu'il indique, ne s'y rapporte nullement, pas plus que la description. (Infus. 81. tab. 5, 8.) Ehrenberg ne parle aucunement, dans sa description, des huit corpuscules mentionnés par M. Diesing. 11 le décrit ainsi : Vibrio bacillis validioribus abbreviatis, hyalinis, motu lento flexuosis, distincte arti" culatis. M. Diesing a mentionné à tort comme des granulations, les huit nodosités moniliformes qu'offre la figure d'Ehrenberg.
aucune espèce qui puisse même en être rapprochée. Son Vibrio bipunctatus est évidemment fort analogue aux fragments de notre espèce; mais ce n'est assurément pas de ceux-ci qu'il est question dans l'œuvre de ce zoologiste, car, en parlant de son animalcule, il dit qu'il le découvrit in aqua marina post quatuor seplimanas, au moment où elle exhalait une odeur excessivement fétide (1), tandis que le nôtre vient dans l'eau douce, dans laquelle ont seulement macéré, une vingtaine d'heures, quelques substances végétales.
Le Vibrion lisse, Vibrio levis, Pouch. , doit le nom que je lui ai donné à son corps allongé et tout à fait lisse. Ce Vibrion est certainement aplati, ce qui se distingue nettement quand il nage. Il est excessivement long et atteint jusqu'à 0,0840 de millimètre de longueur, ce qui m'avait d'abord porté à lui donner le nom de Vibrion gigantesque. Son diamètre est de 0,0014 de millimètre; sa natation est très-élégante, anguilloïde.
Le Vibrion granifère semble précéder un peu l'apparition du Vibrion lisse. Il arrive un moment où l'on trouve encore dans les macérations de nombreux représentants du dernier, tandis que l'autre n'offre çà et là que quelques individus entiers et languissants, et une foule de fragments ou de granules, répandus dans le liquide, qui n'en sont que les débris. De place en place même, ces granules forment parfois des îlots colorés en jaune, composés de grains très-distincts, placés dans les lacunes de l'enchevêtrement des Vi-
(i) O. F. Mullkr, Animalcula infusoria fluviatilia et marina. Hauniae, 1786, p. 52, pl. VU, fig. 1.
HÈTÉROGÉME.
brions lisses, comme si, dans certaines circonstances, le corps du Vibrion granifère, après la mort, se dissolvait en laissant ses granules libres, tandis que le corps du Vibrion lisse reste indécomposé un certain temps pour former le primitif canevas de la membrane proligère.
La pellicule proligère enchevêtrée est formée principalement à l'aide des deux Vibrions que nous venons de décrire. A cet effet, ils s'entassent en se mêlant, soit séparément, soit ensemble, en se feutrant, pour parler exactement; et c'est ainsi qu'ils donnent naissance à cette pellicule qui? au microscope, ressemble au tissu d'une toile d'araignée. Celle-ci, à cause de sa nature, est plus solide, plus résistante que celle qui est simplement composée de débris de Monades. La pellicule enchevêtrée est parfois presque uniquement formée par le Vibrion granifère qui est resté entier; d'autres fois, parle Vibrion lisse; parfois aussi elle est constituée par ces deux espèces, et dans l'intervalle de leurs mailles on voit des corpuscules qui ne sont que des vestiges de petits Vibrions, de Monades ou de Bactériums, qui ont vécu en même temps que les longs Vibrions qui composent essentiellement le canevas de la pseudo-membrane.
En voyant ainsi les Vibrions composer par leurs débris inanimés une sorte de sol à même lequel vont à leur tour se former des Microzoaires d'un ordre plus élevé, nous pourrions, à l'exemple de M. W. Burnett, supposer que ces Vibrions ne sont que des végétaux primaires (1), et les considérer comme des créa-
(i) W. BuiiNETTj Tke family of Vibrioma (fihrenberg) not Ani-
tures d'essai destinées à nourrir les animalcules qui vont leur succéder. Mais il est évident que ces Vibrions sont parfaitement des animaux, quoi qu'en ait dit le savant Américain.
3° Pellicule proligère pseudo-cellulaire. — Parfois aussi , lorsque les générations de Monades et de Vibrions se sont anéanties et que des Microzoaires d'un ordre plus élevé sont apparus, ceux-ci, en mourant, ajoutent leurs débris & la mince pellicule précédemment formée par de plus infimes animalcules. Je dis parfois, car, dans certaines circonstances, ces Microzoaires, en expirant, se dissolvent complètement dans le fluide qui les contient ; phénomène dont nous parlerons plus loin. Mais celui-ci, que Ton regarde comme un fait général, est peut-être plus commun sous la pression qu'éprouvent les Microzoaires, durant nos observations, qu'il ne l'est dans la nature. Ce que je sais, c'est que souvent j'ai vu que quand nos macérations étaient anciennes et que la pellicule était très-épaisse, pultacée, on reconnaissait évidemment que presque toute l'épaisseur de cette pseudo-membrane était le résultat d'amas de corps de Kolpodes ou de Monades volumineuses, dont les cadavres s'étaient entassés en mourant et avaient pu se conserver mutuellement.
Des expériences conduites avec délicatesse démontrent cela bien évidemment. Si l'on prend une pellicule épaisse dans une macération où se sont succédé plusieurs générations de Kolpodes, et qu'on la com-
mals, but Plants. — Proceedings of the American association for the avancement of science, 1851 .
prime très légèrement, bientôt on reconnaîtra qu'elle est composée d'espèces d'utricules, qui ne sont autre chose queles cadavres de ces animalcules, à l'intérieur desquels on distingue parfois même encore les estomacs. La micrométrie ne permet aucune erreur à ce sujet.
Si Ton comprime un peu plus la pellicule proligère, quoique fort légèrement encore, les corps tassés l'un contre l'autre prennent l'aspect d'un tissu cellulaire végétal, même assez régulier, ce qui est produit par la pression réciproque des animalcules morts.
Lorsque cette pellicule pseudo-cellulaire a été formée par la Monade lentille, cette espèce étant globuleuse et plus petite, l'apparence cellulaire est beaucoup plus régulière et imite des cell ules beaucoup plus fines.
Combien de temps des cadavres de Kolpodes ou de grosses Monades peuvent-ils se conserver sans trop se déformer, pour engendrer ainsi une pseudo-membrane? C'est ce que je ne pourrais dire au juste. Mais je crois que les Monades se conservent facilement cinq à six jours. L'enveloppe cutanée des Kolpodes me paraît durer beaucoup moins, mais leurs estomacs au contraire sont parfois assez tenaces, et ce sont eux qui ont été dans quelques circonstances pris pour de petits Kystes.
Lorsque l'on rencontre des pellicules proligères formées par des corps de gros animalcules, ceux-ci ont toujours été excessivement nombreux et entassés dans la macération, où ils semblent parfois s'être étouffés par leur extrême multiplication.
4e Pblliculb proligèrb MIXTE. — Nous appelons
DiQitizso by
ainsi les pellicules proligères qui sont à la fois composées par les divers éléments qui entrent dans les espèces de pseudo-membranes dont nous venons d'étudier la formation.
On rencontre, à la rigueur, assez communément cette sorte de pellicule que nous appelons mixte, car souvent aux Vibrions on voit se joindre des Monades et d'autres animalcules; mais cependant, si une espèce est tranchée et si une sorte d'animalcule en prédominant, donne à la pellicule un caractère spécial, nous préférons la désigner sous l'un des noms précédents.
Enfin, lorsque ce sont des végétaux qui apparaissent à la surface des macérations, on voit un autre ordre de phénomènes se présenter. La pseudo-membrane proligère est alors presque uniquement formée par l'enchevêtrement des mycéliums des champignons rudimentaires qu'on observe à sa surface , etsouvent cette pseudo-membrane prend alors une épaisseur fort remarquable et offre une résistance qu'il faut une certaine force pour vaincre. On pourrait donc ajouter à ce qui précède qu'il y a une pellicule proligère cryptogamique ; mais celle-ci, par son aspect microscopique, doit rentrer dans la catégorie des pellicules enchevêtrées. C'est ainsi que souvent la surface de l'urine qui s'altère se couvre d'une pellicule extrêmement épaisse, coriace, qui est formée par le mycélium du Pénicillium glaucum, Link. qui y abonde ordinairement.
HÉTÉROGKMK.
SECTION III. — PHÉNOMÈNES SECONDAIRES. APPARITION DE L'OVULE SPONTANÉ DANS LA PELLICULE PROLIGERB. PREMIERS GRANULES TITBLUNS.
En comparant attentivement les phénomènes génésiques qui se manifestent successivement lors de l'apparition des ovules spontanés et des ovules ovariques, je ne vois pas la moindre différence enlre eux, sinon que les uns résultent de la concentration des molécules organiques du stroma de l'ovaire, tandis que les autres sont produits par celle des molécules organiques de la pellicule proligère. Et si, par la suite, il y a une différence fondamentale entre les deux corps engendrés, elle est à l'avantage de celui qui naît spontanément, car l'œuf ovarique, pour continuer son évolution, a ordinairement besoin d'être fécondé, tandis que l'œuf spontané, élevé à une plus grande puissance biologique, parcourt toutes ses phases sans nul stimulant nouveau.
Bory Saint -Vincent avait déjà parfaitement senti que, durant leurs premières phases génésiques, tous les êtres organisés se ressemblent par leur extrême simplicité. Il est une époque de l'existence, dit-il, où tout être vivant, quels que soient sa taille et le rôle qu'il joue sur le globe, n'est qu'un animalcule (1). Nous, nous n'entendons pas par là que l'être traverse successivement les formes des Microzoaires, bien loin s'en faut, mais qu'au moment où les premières molécules se groupent dans la substance ovarique ou dans la
(I) Bort Saint-Vincent, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, 1826, t. X, p. 534.
membrane proligère pour former l'ovule, tout s'y passe absolument de même.
M. Dumas, dans des observations semblables aux nôtres, mais faites sur des macérations de viande, a vu se développer des phénomènes absolument analogues à ceux que nous allons bientôt décrire. Selon cet illustre savant, voici comment les infusoires surgiraient spontanément dans la matière organique. «Que l'on place, dit-il, un fragment de chair animale ou d'une matière analogue dans de l'eau et que Ton abandonne le mélange à lui-même, on observera bientôt, au moyen du microscope, une foule de petils globules dans le liquide, et l'on pourra se convaincre aisément que chacun d eux est doué d'un mouvement spontané, qu'il paraît peu capable de diriger et qui ressemble assez, mais avec beaucoup moins de précision, aux oscillations de la lentille d'un pendule.
« Le diamètre de ces petits êtres, qui paraissent propres à réaliser la haute pensée des molécules organiques de Buffon, est absolument semblable à celui des globules élémentaires qui constituent la fibre musculaire. Ils sont par conséquent aussi petits que les plus petites particules organiques qu'il nous ait été permis d'observer encore, et cependant ils jouissent du mouvement volontaire ou au moins d'un mouvement spontané, fonction qui semble indiquer une organisation déjà compliquée. »
Cette observation nous montre la matière organisée morte désagrégeant ses éléments en une infinité d'être animés, dont chacun ne semble que l'un de ses
Poccurr. î *
globules élémentaires, a En continuant l'observation, on aperçoit bientôt, ajoute M. Dumas, deux de ces globules mouvants s'accolant l'un à l'autre, de manière à produire un être nouveau plus gros, plus agile et capable de mouvements mieux déterminés que ceux que Ton observe dans les simples globules. Ce composé binaire ne tarde pas à attirer à lui un troisième globule, qui viendra se réunir aux précédents et se souder intimement avec eux. Enfin un quatrième et un cinquième et bientôt trente ou quarante se trouveront accolés et constitueront un animal unique, doué de mouvements puissants, énergiques, et muni d'appareils locomoteurs plus ou moins compliqués ; enfin, un être dont l'organisation sagement calculée, repousse au premier abord toute idée d'une génération aussi simple que celle dont on vient d'offrir l'histoire [1). »
Nous ne venons ici que soutenir et développer les doctrines analogues à celles qu'a professées l'illustre chimiste. Seulement nous pouvons le faire, nous le pensons, avec la précision que l'on doit attendre de la marche ascendante de l'expérimentation et du perfectionnement des instruments que nous offre notre époque.
Semblable à certaines forces physiques, la puissance vitale parait diffusément répandue dans toute la matière organique, où elle n'attend que quelque circonstance déterminée pour concentrer son action et produire de nouveaux êtres. Voici pourquoi limpor-
(1) Dumas. Dictionnaire classique d'histoire naturelle, Paris, 1825, l. VII, p. m.
APPARITION DE l'oVULB SPONTANÉ. 371
tance de ceux-ci est toujours en raison proportionnelle de la masse en fermentation.
Les premières phases génésiques d'une Monade ou d'un Mammifère offrent la même simplicité. La force plastique se manifeste sur un point quelconque de la matière et comme un centre vital y coerce quelques molécules organiques ; et c'est de son degré de tension que dérive l'importance de l'être qui va surgir. 11 n'y a pas là d'atomes formant d'impossibles combinaisons sous l'empire du hasard, mais l'influence dominatrice d'une force spéciale, rassemblant successivement toutes les particules du nouveau produit situées à sa portée, et centuplant son action à mesure que celui-ci s'organise et se développe.
C'était cette primitive origine qu'il fallait comparer; tout y est identique, car c'est une puissance absolument similaire qui préside à la genèse de tous les animaux, seulement elle varie selon son intensité et son siège. Là, en s'épanchant avec surabondance elle nous livre toutes les magnificences de la série zoologique; ici, tout à fait débile, elle n'aboutit qu'à engendrer ses plus infimes représentants. Mais, quoi qu'il en soit, au début, comme le dirait Geoffroy Saint-Hilaire, il y a unité de composition et unité de plan (1) ; et ce n'est même qu'en passant par divers états transitoires que les êtres élevés parviennent à acquérir leur perfection organique. Les travaux des naturalistes l'ont mis hors de doute (2).
(1) E. Geoffroy Saint-Hilaire, Principes de philosophie zoologique. Paris, 1830, p. 59.
(2) Comp. E. Geoffroy Saint-Hilaihe, Principes de philoso»
HÉTÉROGKME
Les plus délicates observalions microscopiques révèlent que tous les êtres vivants, à leur plus infime origine, ne résultent d'abord que d'un simple groupement de quelques molécules; et que ce n'est que plus tard que celles-ci augmentent et forment un sphéroïde à la surface duquel l'organisation se manifeste. Bremser en était arrivé de vive force d'intelligence à cette conclusion (1); Carus y fut conduit après de graves supputations anatomiques (2).
Voici la série de phénomènes qu'on voit successivement apparaître. Lorsque la pellicule proligère est parfaitement homogène, et que ses granulations sont uniquement formées de cadavres de Monades crépusculaires ou de Monades termes, le premier indice de genèse que peut apercevoir l'observateur consiste en de petits amas de ces granules qui se forment de place en place dans cette membrane, et à distances à peu près égales. Ces amas sont simplement dus au groupement ou à la concentration des granules qui environnaient le centre vital, comme si celui-ci les avait attirés à lui aux dépens de ceux de sa circonférence, 11 en résulte que ce premier indice d'ovule, car c'en est un en effet, présente des granulations un peu plus serrées que la pellicule proligère elle-même, et que
phie zoologique. — Serres, Recherchés d'anatomie transcendante. Paris, 1813. — Duces, Mémoire sur la conformité organique dans f échelle animale. Paris, 1832. — Traité de physiologie comparée. Montpellier, 1833, t. III, p. 408.
(1) Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux de l'homme. Paris, 1824, p. 81.
(2) Caeus, Traité élémentaire d'anatomie comparée. Paris, 1835, L 1U, p. 20.
APPARITION DE l/OYULE SPONTANÉ. 373
tout autour de cet amas central il y a, çu contraire, une zone un peu plus claire et très-large. Cette •zone, dont les limites ne sont point nettement circonscrites, forme dans la pellicule autant de cercles clairs que Ton a d'ovules en voie de formation sous le champ du microscope. Mais tout est encore confondu avec la pellicule proligère durant ce premier effort organisateur. Ces amas de granules constituent les premiers granules vilellins de l'ovule du Microzoaire (1).
L'histologie des Microzoaires est venue confirmer un fait remarquable que nous avions déjà signalé dans le développement des Mollusques; c'est que les premiers linéaments de l'animalité se recrutent à l'aide des débris d'une génération qui vient d'expirer. Nous avions reconnu qu'avant la segmentation du vitellus des Lymnées, celui-ci était rempli d'animalcules dont 1'agitalion incessante ne pouvait être confondue avec le mouvement Brownien (2). L'œuf des Microzoaires se forme lui-même de molécules qui ne sont évidemment que les cadavres des Monades et parfois des Vibrions qui l'ont précédé et qui forment la pellicule proligère.
Les granules élémentaires dont nous voyons le groupement constituer les plus intimes linéaments de l'embryon, composent la base de tous les tissus et de tous les fluides de l'organisme. Beaucoup de savants,
(1) Voyez la planche n, Hg. I, où l'on représente ce premier indice d'ovule.
(2) Pouchet, Annales françaises et étrangères d'anatomie et de physiologie. Paris, 1838, t. Il, p. 253.
HtTKROGÉME.
tels que Swammerdam (!), C. F. Wolf (2), C. K. Treviranus (3) , Sprengel ^i), L. C. Treviranus (5), Link (6), Rudolphi (7), J. F. Meckel (8), et Tiede marin (9) en ont démontré la présence dans les embryons des plantes et des animaux.
Ce n'est qu'en se reportant à l'origine des phénomènes de la génération normale et de la spontéparité qu'on se met à même de bien juger la question. L'histologie nous démontre évidemment que, chez un grand nombre d'animaux de toutes les classes, les premiers linéaments des ovules n'ont nulle adhérence avec l'appareil maternel qui les produit, et que ces ovules, sous l'empire d'une force spéciale, se forment au milieu d'un fluide granuleux sécrété dans les cavités de cet appareil. Là ces ovules, primitivement constitués par le groupement d'un certain nombre de granules, restent flottants pendant un certain temps au milieu de ceux-ci. R. Wagner a fort bien représenté cela chez le lapin ; Dugès le mentionne chez certains insectes (10). L'ovule s'est donc formé au mi-
(1) Swammerdam, Bibi anaturœ. p. 817.
(2) Wolf, Theoria générât i ont s, t. Il, p. 2-16.
(3) Treviranus, Biologie, I. III.
(4) Sprengel, Von dem Bau und der Natur der Getvœchte. Halle, 1812.
(5) L. C. Treviranus, Beitrœge zur Pflanzenphysiologie, p. 1. (tt) Line, Grundlehren der Anatomie und Physiologie der Pflan-
zen, p. 29.
(7) Rudolphi, Anatomie der Pflanzen, p. 27.
(8) Meckel, Vergleichende Anatomie, 1. 1, p. 40.
(9) Tiedemann, Traité de physiologie de l'homme, Paris, 1831, t. I, p. i 19.
(10) R. Wagner, Icônes physiologicœ, tab. n, tig. 8. — Duces,
lieu d'un fluide qui avait élé sécrété par l'ovaire; et cet ovule, n'ayant aucune connexion avec la mère, ne peut en être considéré comme une expansion anatomique. Ce n'est donc qu'un produit qui, par sa propre force plastique, s'est organisé au milieu d'un fluide, ainsi que l'affinité chimique produit un cristal dans une solution saline. Cette force organique est si bien inhérente aux ovules que ceux qui cheminent dans un longoviducte, grossissent souvent dans le trajet avant d'être pondus et avant l'annexion de leurs enveloppes adventives.
Or, si la production d'un ovule dans la génération normale est indépendante de la mère et dérive des réactions d'un simple fluide sécrété, on ne voit pas pourquoi certaines macérations abondantes en molécules organiques ne pourraient pas aussi produire des Protozoaires.
Plus tard il existe encore une analogie frappante entre le développement de l'ovule spontané et celui de l'ovule des animaux. On peut s'en convaincre en compulsant les travaux et les planches des zoologistes qui se sont occupés de l'évolution de ceux-ci. En suivant les magnifiques figures qu'a données Nelson, sur le développement de Y Ascaris mystax, il semble que l'on assiste à l'apparition d'un ovule spontané dans sa pellicule proligère (I). C'est le même mode de groupement des granules vitellins; c'est la même nuance
Traité de physiologie comparée. Montpellier, 1839 , t. III, p. 303.
(1) Nelson, The reproduction ofthe ascaris mystax. Phil. trans., 1852, pl. «vin, tig. 48, 49, 50, 51.
Digitiz&d
376 HKTÉROGÉME.
claire qui isole l'agglomération centrale; ce sont les mêmes granulations; il ne manque a l'ovule du Microzoaire que l'apparition de la vésicule germinative; elle y existe peut-être, mais trop exiguë , on ne l'aperçoit pas. L'ovule primaire des Microzoaires, au moment où il apparaît, offre aussi le même aspect que celui d'un grand nombre de mollusques, ainsi que j'ai eu l'occasion de le reconnaître sur les huîtres, les anodontes, les lymnées ; il ressemble absolument à celui de l' Unio pictorum , qu'a figuré M. Lacaze-Du- Ihiers dans son travail sur les organes génitaux des acéphales (1). Il n'offre aussi nulle différence avec celui des pectinibranches, fort bien représenté par MM. Koren et Danielssen dans leurs recherches sur le développement de ces mollusques (2), et avec ceux des annélides que M. de Qualrefages a fait figurer dans ses travaux sur l'embryogénie de ces animaux (3).
L'œuf primaire des Microzoaires suit aussi, en se développant, absolument les mêmes phases que Ton observe dans celui des poissons lorsqu'il apparaît dans lestroma des lames ovigères. On peut le voir en comparant ce que nous venons de dire avec les recherches de M. Lereboullet sur les œufs de la Perche flu-
(I) Lacaze Duthurs, Recherches sur les organes génitaux des acéphales lamellibranches. — Ann. se. nat., zooiogie, 1854, I. Il, p. Iai>, pl. vn,fig. 6.
■2) J. Koren et I). Dash:i>se:h, Recherches sur le développement des pectinibranches. — Ann. se. nat., zoologie, I8j3. t. XIX, p. 84>, pl. xix, fig. 2.
(3) Oh Quatrekages, Etudes embryogéniques. — Ann. se. nat. Zoologie, 1848, t. X, pl. m, fig. 1.
APPARITION DE i/oVULH SPONTANÉ. 377
rialile, et celles de M. Dufossé sur le Serran (1).
Lorsque la vie vient de s'éteindre dans un corps organisé et que la fermentation s'en empare et désagrège ses divers éléments, on ne nie pas là l'intervention d'une force spéciale, d'un véritable élément désorganisateur dont l'essence intime nous échappe, mais dont les grossiers phénomènes de dédoublement nous contraignent cependant d'admettre la présence. Pourquoi donc n'existerait-il pas aussi une force capable de grouper les molécules qu'une autre disperse à son gré? S'il en existe une pour diviser, n'est-il pas rationnel qu'il en existe une autre pour concentrer? L'une brise, l'autre édifie; Tune est la force centrifuge qui disperse, l'autre est la force centripète qui rassemble; l'équilibre réside au milieu.
L'observation des phénomènes biologiques rend incontestable l'existence de ces forces opposées : s'il n'en était pas ainsi, la raison les admettrait en présence de l'harmonieux ensemble de la création. Ceci étant reconnu, on se demande s'il n'est pas plus extraordinaire de voir la force plastique mouler un gros œuf d'oiseau à mémo les molécules d'un ovaire, que de la voir former un ovule microscopique d'Infusoire, dans un amas de granules organiques.
Je m'attends bien qu'on m'objectera que l'ovule émis par l'oiseau provient d'un appareil spécial, et
(I) Lerf.boui.lkt, Embryologie comparée de la perche, du brochet et rte Vicrevisse. — Annales des sciences naturelles, zoologie, 1851, I. I, p. 239. — Dufossé, De r hermaphrodisme chez certains vertébrés. — Ann. se. nat , zoologie, 1850, t. V, p. 295.
que celui-ci émet un produit semblable à la mère dont il dérive. Cette objection, pour le premier chef, n'aurait de valeur que si l'animal façonnait son œuf; et pour nous, celui-ci, loin d'être son œuvre, se forme de lui-même par une force qui est telle que, loin de la mère, elle opère encore des actes bien autrement importants que ceux qui s'accomplissent dans son sein. Le produit est semblable à la mère, c'est évident; il serait bien plus étrange qu'il ne le fût pas. De l'appareil maternel émane une force dynamique qui reproduit le type originaire, chaque être, comme l'a dit Dugès, ayant ses affinités moléculaires spéciales (I). Au sein des molécules organiques libres, des forces différentes travaillent avec moins d'ampleur, mais guidées par des lois non moins sévères. Là aussi la nature ne subit aucun écart ; ses produits ne varient plus selon la nature de l'espèce, mais selon celle des substances en fermentation, selon leur abondance, leur température, etc.
Ainsi donc, pour nous, l'ovaire est le siège d'une force génésique indépendante, dérivant d un concours de circonstances; et les matières organiques peuvent être le siège d'une force analogue.
Dans tout ce qui précède, comme on vient de le voir, nous reconnaissons que la genèse des ovules spontanés, dans la pellicule proligère, est absolument analogue à celle de l'ovule normal dans l'ovaire. Et si plus tard l'ovule spontané continue son évolution sans le concours de la fécondation, c'est encore là un
(1) Dugès, Traité de physiologie comparée. Montpellier, 1831», t. 111, p. 384.
fait que Ton sait aujourd'hui se présenter parfois dans la série zoologique. En effet, il est quelques insectes et quelques crustacés dont on n'a jamais trouvé les mâles, et d'autres dont les femelles n'ont jamais subi les approches de celui-ci, et qui pourtant produisent des œufs féconds. Léon Dufour n'a jamais pu rencontrer de mâles du Diplolepis gallœ linctoriœ, parmi les nombreuses femelles qui s'échappaient des noix de galle qu'il possédait dans son laboratoire, et qui déjà, lorsqu'elles en sortaient, avaient leurs œufs fort développés (1). A l'appui de ce fait, après avoir observé neuf à dix mille individus du Cynips divisa, et trois à quatre mille du Cynips folii , Uartig affirme qu'il y a vingt-huit espèces du genre Cynips qui n'ont point de mâle. Il a même toujours vu que la femelle du dernier de ces hyménoptères , immédiatement après sa sortie de la galle, se mettait à pondre ses œufs (2). On ne connaît encore que les femelles de l'Apus cancriformis (3). À. Brongniart n'a pas pu trouver les mâles de la Limnadia Gigas (4). Jurine et ceux qui l'ont suivi, n'ont encore jamais rencontré que des individus femelles du Polyphennts oculus (5). Vogt
(1) Léo?» Dufour, Recherches anatomiques et physiologiques sur les orthoptères, les hyménoptères et les névroptères. - Mém. de VAcad. des sciences; Savants étrangers, 1841, I. VII, p. 527.
(2) S. Hartig, Zweiter Nachtrag zur Naturgeschichle der Gallwespen, ou Germar's Zeitsch. f. die Entomol. 1843, Bd. 4, p. 397.
(3) Comp. Siebold, Manuel d'anatomie comparée. Paris, 1848, p. 395, note 8.
(4) A. Broscwart, Mémoire sur la Limnadie. — Mèm, du Mus. d'hist. nat.f 1820, I. VI, p. 89.
(5) Jurine, Histoire des Monocles qui se trouvent aux environs de Genève. 1820, p. 146.
380 HÉTÉROGÊMB.
affirme avoir observé le fractionnement d'œufs de Firole qui n'avaient point été fécondés (1). Enfin, dans un assez récent mémoire sur la génération de quelques Lépidoptères dont on ne connaît point les mâles, Siebold dit qu'il pense que l'ancienne hypothèse que les œufs, pour se développer, ont besoin d'être fécondés par le mâle, a reçu de graves atteintes (2).
C'est à celte production d'œufs féconds, émis par des femelles qui n'ont subi le contact d'aucun mâle, à cette véritable Lttcina sine concubitu, que l'illustre R. Owen a donné le nom de Parthénogénèse (3). C'est un phénomène analogue que nous voyons se produire dans les ovules engendrés spontanément dans les macérations, et qui ensuite continuent leur évolution sans fécondation et par une espèce de Parthénogénèse.
SECTION IV. — PHÉNOMÈNES TERTIAIRKS. ENKYSTEMENT GÉHÉS1QUE DE l'ovule SPONTANÉ OU FORMATION DU CIIORION.
Peu de temps après que s'est effectué le groupement des premières molécules de l'ovule, et que celui-ci s'est ainsi révélé dans la pellicule proligère, on voit apparaître un autre ordre de phénomènes biologiques, indice de plus en plus évident de l'œuvre incessante qui se poursuit. Après une vingtaine d'heures, et parfois moins, selon la température, le
(1) Voct, Bilderaus dem Tkierleben. 1852, p. 217.
(2) Sikbold, Wahre Parthenogenesis, etc. — Recherches sur la Parthênogèiiêsie proprement dite, chez les Lépidoptères et les abeilles, Analyse, Ann. se. nat., 1856, zoologie, t. VI, p. 193.
3) R Owhn, O i Parthenogenesis or the successive production of individuah from a seng'e ovum. J849.
E.NKYSTEMENT GÈNÉSIQUE DE L'ovtLE. 381
nouveau produit opère sa délimitation. L'ovule qui n'était précédemment circonscrit que par une limite indécise, a désormais sa forme, et représente une sphère parfaitement distincte, dans laquelle les granules qui formaient précédemment un amas central, sesontdisséminés d'une manière à peu près uniforme.
Dans la Paramécie que nous avons particulièrement observée, à ce moment, cet ovule devient même partout d'une teinte plus claire que la pellicule proligère, elles granules qu'il contient, les granules vitellins, sont assez inégaux. Pl. 11, fîg. 2.
Dans l'origine, la membrane externe ne s'aperçoit nullement, et l'ovule, quoique ayant acquis sa forme, semble encore adhérer par toute sa surface à la pellicule dans laquelle il est né. Ce n'est que plus tard, et souvent après vingt-quatre heures, que la membrane enveloppante se forme et se dislingue, et que l'ovule semble tout à fait circonscrit et libre d'adhérence. Cette membrane est d'abord fort mince et absolument incolore ; mais ensuite, chez certains Microzoaires, elle acquiert une épaisseur assez notable, et souvent alors elle se colore d'une teinte violette très-claire. La partie externe de cette membrane est ordinairement unie et constamment dépourvue de cils. Mais chez certains Microzoaircs, où elle devient avec le temps extrêmement épaisse, en dehors, elle semble chiffonnée. C'est cette délimitation à l'aide d'une membrane protectrice compacte, que l'on a parfois nommée enkystement.
Ce dernier acte a été, selon nous, l'objet d'une assez grande confusion de la part des raicrographes. Ils
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ont pensé qu'il y avait là un enkystement d'individus adultes, et que ceux-ci formaient de cette manière une sorte de coque, comme font certains insectes en se métamorphosant. Nous verrons plus tard que lorsque des Microzoaires s'enkystent réellement, c'est chez eux un phénomène morbide, une espèce de préparatif de mort, et nous distinguerons facilement Tenkystem^nt génésique de ce véritable enkystement sépulcral, avec lequel on l'a confondu.
Voici les mesures micrométriques des ovules que nous avons observés. Chez les fortes espèces de Microzoaires le diamètre de l'ovule est de 0,0280 à 0,0560 de millimètre. Chez les Paramécies, nous lui avons souvent trouvé 0,0420 de millimètre. Chez d'autres, telles que les Monades de forte espèce, ces ovules n'ont que 0,0095 de millimètre de diamètre.
La membrane qui circonscrit l'ovule a elle-même une épaisseur fort variable. Chez les Paramécies, elle est souvent fort mince et n'a que 0,0014 de millimètre d'épaisseur ; mais chez d'autres Microzoaires elle acquiert une épaisseur qui s'élève de 0,0028 de millimètre à 0,0056. Tantôt, quoique épaisse, elle forme une zone transparente, et tantôt elle est colorée; de manière que l'on est réellement fort embarrassé sur le nom par lequel on doit la désigner, et sur ses véritables rapports biologiques. Quand cette membrane est épaisse et translucide, on serait tenté de lui donner le nom de zone transparente, que de Baër a imposé à la tunique.de l'œuf des mammifères, à laquelle elle ressemble beaucoup; ou celui de Cho-
Diçjitiz&d by
ENKYSTEMEÎTT GÉNÉSIQUE DE l'oVULB. 383
rion, que R. Wagner lui donne; car, si dans l'origine cette membrane est transparente, parfois aussi, vers l'époque de la sortie de l'embryon, quand elle se colore d'une façon assez intense et que sa surface devient ridée, elle semble mériter cette dernière dénomination (1). Krause et Valentin considèrent cette enveloppe comme étant de nature albumineuse chez les mammifères (2) ; son aspect, absolument identique chez certains Microzoaires, pourrait faire soupçonner qu'elle y offre aussi cette composition.
Ce sont surtout sur les œufs des Vorticelles, que le chorion offre une épaisseur si remarquable. Dans ceux du plus fort diamètre, sur lesquels cette enveloppe extrêmement développée offre 0,0056 de millimètre d'épaisseur et présente une teinte violette, elle semble formée de deux couches distinctes : l'une interne plus pâle et homogène ; l'autre extérieure lamelleuse, chiffonnée et d'un violet plus foncé.
Ce sont ces œufs protégés par un chorion épais que MM. Stein, Pineau et d'autres ont considérés comme n'étant que des enkystements (3), ou des espèces de cocons selon M. Gros (4), sous lesquels l'animal
(1) Baer, De obi mammalium et hominis genesij p. 9. — R. Wagner , Histoire de la génération et du développement. Bruxelles, 1841, p. 40.
(2) Krause, Milller's archiv. — Va lentin, Repertorium, t. 111, p. 100.
(3) Stein, Recherches sur le développement des vorticelles. — Ann. des se. nat. Zoologie, 1842, t. XVIll. — Pineau, Observations sur les animalcules infusoires. — Ann. se. nat. Zoologie, 1848.
(4) Gros, De la génération primitive ascendante facultative contingente des infusoires poly gastriques. 1855. Méra. prés, à l'Inst.
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opérait toutes ces extraordinaires métamorphoses que, dans ces derniers temps, on a prêtées aux Microzoaires. Je dis extraordinaires métamorphoses, parce que s'il est constant que ces animalcules subissent en se développant de notables mutations, ils sont loin d'offrir celte véritable fantasmagorie de formes qu'on leur a prêtée.
La membrane vitelline, admise dans les mammifères par W. Jones, Barry, Wagner et J. Muller, et qui y est si difficile à distinguer (1), existe aussi chez les Microzoaires, et y contient le vitellus, à n'en pas douter; mais celui-ci remplissant toujours l'œuf, cette membrane ne peut être aperçue.
Les œufs que nous avons observés sont absolument distincts des boules que forment , dit M. Haime, les Trichodes pendant leurs métamorphoses. On n'aperçoit nullement à leur surface les vestiges des cils qu'y a figurés cet auteur, ni la disposition intérieure qu'il signale (2). Enfin, les ovules que nous décrivons ne peuvent appartenir à la métamorphose d'aucun de ces animaux, puisqu'ils apparaissent avant qu'aucun d'eux ne se soit montré. Ces boules ne seraientelles pas un état morbide, que nous décrirons plus loin
(1) Warthon Jones, London and Edinburgh philosophicat magazine. 1835, t. VU. p. 20». — Barrt, Philosophicat Transact. 1838. — Wagner, Histoire de la génération et du développement. Bruxelles, 1841, p. 40-49. — J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1851, T. II, p. 621.
(2) J. Haime. Observations sur les métamorphoses et sur l'organisation de la Trichoda lynceus. Ann. se. nat. 1853, Zoologie, t. XIX, pl. vi, ûg. Il, 12.
GYRAT10N DU VITBLLUS. 385
sur les Paramécies? Je dois avouer que je n'ai aucune opinion à cet égard, n'en ayant jamais observé.
Section v. — phénomènes quaternaires, gtration du vitellus.