‹ Hétérogénie: ou traité de la génération spontanéeChapitre 29 sur 56 · PUNCTUM SAUENS. MOUVEMENTS EMBRYONNAIRES · texte numérisé non relu

PUNCTUM SAUENS. MOUVEMENTS EMBRYONNAIRES

Peu de temps après que le chorion a complètement enkysté l'ovule, on voit l'embryon se former: ses mouvements gyratoires, les pulsations du punclwn saliensy et enfin ses mouvements instinctifs décèlent manifestement sa présence sous l'enveloppe de l'œuf. Dans les Paramécies, ces indices se manifestent de vingt-quatre à quarante-huit heures après l'achèvement de la délimitation de l'ovule.

Le mouvement gyratoire s'établit généralement peu à peu. Lorsqu'il va se manifester, on aperçoit d'abord des espèces d'oscillations dans la masse des granules vitellins, comme si celle-ci cherchait à rompre ses adhérences. Ce n'est qu'après quelques heures d'hésitation, que l'embryon, devenu libre enfin, commence des mouvements uniformes et parfaitement réguliers, analogues à ceux d'une sphère qui tournerait lentement sous une enveloppe transparente. Toute la masse vitelline est en même temps emportée dans le tourbillon. Si quelque animalcule vient à passer et ébranle l'œuf, immédiatement la gyration s'arrête.

Bientôt après que s'est manifesté le mouvement gyratoire, on aperçoit, vers le milieu de l'embrypn, qui est encore subglobuleux, un endroit plus pâle que le reste; et si on fixe attentivement ce point pendant quelques minutes, il arrive qu'on le voit

POUCMT. «5

386 HÉTÉROGÉNIB.

subitement disparaître, puis ensuite, peu à peu, il redevient sensible. C'est là le premier vestige du centre circulatoire ou le punctum saliens ; et c'est ce qui, plus tard, constituera cequeles auteurs ont nomme vésicule contractile, et ce qui, selon moi, n'est autre chose que le cœur des Microzoaires ; opinion déjà adoptée par un certain nombre d'observateurs.

Enfin, après un nouveau laps de temps, on voit apparaître un autre ordre de phénomènes, ce sont les mouvements embryonnaires ou les véritables mouvements instinctifs. Ceux-ci sont absolument différents de la gyration ; ils sont irréguliers, saccadés, et déjà ils se révèlent sous l'apparence de contractions de la masse de l'animalcule, qui changent sa forme sous la coque de l'œuf. Dans ses mouvements, l'embryon semble parfois ramper contre les parois du chorion et le corroder pour opérer sa sortie. Dans ces circonstances, il ressemble exactement aux jeunes mollusques gastéropodes, et en particulier aux Limnées, qu'on voit ainsi s'agiter pour rompre leur enveloppe. Lorsque quelque Microzoaire vient à toucher l'œuf, ces mouvements deviennent à ce môment plus vifs et plus prononcés. Nous venons de voir qu'il en était autrement des mouvements gyratoires, eux dont l'harmonie est immédiatement rompue par le moindre ébranlement. 1 * 1 ■■

Dans son intéressant mémoire sur la métamorphose desTrichodes, M. Haime parle, il est vrai, de mouvements gyratoires qu'offre à certaines époques l'embryon de ces animalcules, lorsqu'il est contenu sous sa coque. Mais ces mouvements, qu'il dit lui-même

GYRATION DU VITELLUS

être rapides et intermittents, et s'opérer à l'aide de cils que l'on voit sur le jeune individu (1), ne sont nullement semblables à ceux que nous pensons avoir observés le premier et qui sont strictement des mouvements gyratoires, continus, réguliers, et appartenant au simple vitellus et non à un embryon. L'un de nous a donc vu lagyration vitellinc et l'autre le mouvement embryonnaire.

Mais telle n'est pas toujours la simple succession des phénomènes. Dans certains Microzoaires, l'œuf, au lieu de ne recéler qu'un ovule, produit trois ou quatre animalcules ; c'est ce que nous avons observé sur quelques Paramécies de petite taille. Dans ces circonstances, à un certain moment, on aperçoit sur la sphère vitelline deux à quatre échancrures, puis, bientôt après, le vitellus se partage en quatre portions distinctes, et enfin on voit sous son enveloppe quatre . embryons s'agiter ensemble, appliqués l'un contre l'autre vers le centre de l'œuf. Cet élat pourrait en imposer et faire croire à une segmentation du vitellus : ce sont seulement quatre embryons accolés dont . on voit séparément battre les vésicules contractiles. Après s'être agités quelque temps sous la membrane protectrice, celle-ci finit par se rompre, et les jeunes se dispersent immédiatement. J'ai assisté quatre ou cinq fois à ce spectacle. Voici ce qui se passa dans l'une d'elles :

Dans une macération, un gros kyste à enveloppe mince, ayant 0,0400 de millimètre de diamètre,

(!) J. H aime, Observations sur les métamorphoses et sur l'organisation de la Trichoda lynceus. Ann. se. nat. Zoologie, t. IX.

HÉTÉRÛGÉ

paraissait segmenté en trois; mais au bout d'un moment, les trois parties qui le formaient parurent chacune s'animer d'un mouvement particulier. Puis , pendant leurs mouvements , apparut une quatrième partie, et il devint évident qu'il y avait sous le kyste quatre Microzoaires s'agitant pour rompre leur coque commune. En effet , après de longs et vifs mouvements, durant lesquels ils paraissaient fort tassés, leur enveloppe finit par se déchirer, et nous pûmes voir les quatre animalcules en liberté. Ceux-ci étaient des Paramécies qui se dispersèrent immédiatement, et je pus seulement constater que chacune d'elles avait, au moment de sa sortie, 0,0280 de millimètre de longueur. Leur corps était piriforme, pointu en avant , avec l'intérieur rempli de très-fines granulations. On y apercevait le cœur déjà doué de contractions sous l'enveloppe du kyste.

Dans le développement de l'ovule des Microzoaires, nous n'avons jamais rien vu d'analogue à la segmentation du vitellus, observée dans la plupart des classes du règne animal. Nous n'avons non plus jamais rien découvert qu'on puisse exactement considérer comme une vésicule germinative.

Section vu — Éclosion du microzoaire spontané.

Maintenant que nous avons exposé quelle était la marche successive du développement des animalcules considérés en général, traçons Thisloire complète de l'évolution spontanée de quelques-unes des espèces que les circonstances nous ont permis de suivre d'un

Page 1