ANATOMIE PATHOLOGIQUE
rie. Les différents mémoires de médecine sont pauvres en observations qui présentent la coexistence simultanée de plusieurs espèces de vers chez le même individu: cysticerques, échinocoques, Uenias ou bothriocéphales. Cependant, si les idées de ces observateurs étaient conformes à la vérité, cette coïncidence ne devrait pas être chose rare, car M. Kùchenraeister va jusqu'à prétendre que, de l'existence antérieure ou actuelle d'un tœnia chez un malade, on pourrait conclure, en présence de certains symptômes propres aux tumeurs cérébrales, à l'existence de vers, cysticerques ou échinocoques, dans le cerveau. M. Stich, dans un mémoire récent (I), parmi les nombreux faits de cysticerques qu'il a pu observer à Berlin chez l'homme, ne cite pas un seul cas où l'on ait constaté l'existence antérieure d'un cestoïde dans le tube digestif, et il ajoute que rien, dans la manière de vivre de ses malades, n'autorise à admettre que les vers aient pu être communiqués par des animaux domestiques vivant dans la même demeure.
« Depuis plus de dix années, nous n'avons omis, dans aucun cas, d'examiner avec grand soin les viscères de nos malades, qui présentaient des cnlozoaires. Voici ce que notre expérience nous a appris : Deux faits recueillis à Paris présentent la coexistence, chez le même individu, d'entozoaires de différentes espèces ; voici l'analyse de ces cas :
i. Cysticerques des muscles et du cerveau chez une femme atteinte à la même époque d'un ver qui
(i) Annalen des Charité' — Krankenhauses.
paraît avoir été un taenia. Observation recueillie par moi à l'hôpital de la Charité de Paris, dans le service de M. Rayer (1).
2. Cyslicerques multiples dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans les muscles et dans l'épaisseur de la pie-mère. Kyste hydatique volumineux suppuré, parfaitement reconnaissais, ouvert dans le péritoine.
Depuis cinq années, placé à Rouen à la tête d'une grande division médicale de THôtel-Dieu , je n'ai trouvé aucun cas semblable sur quinze cas où des vers furent rencontrés sur l'homme. Ces cas se subdivisent ainsi :
Hydatides échinocoques 13 cas.
Id. id. limités an foie 7 cas.
Hydatides et échinocoques du foie et du bassin i cas.
Id. id. du foie et du poumon 2 cas.
id. id. du ligament large 1 cas.
Id. id. dans le poumon seulemeut.. . 1 cas.
Id. id. du cerveau i cas.
Cysticerques du cerveau seulement 1 cas.
Id. id. et des muscles 1 cas.
Un lombric existait simultanément dans l'estomac.
« A Rouen, où nous avons recueilli ces faits, nous avons constaté la rareté du taenia, dont nous n Savons vu que deux exemples pendant la même période de quatre années, où nous avons recueilli les faits précédents. Ceci ne vient donc nullement à l'appui des opinions théoriques émises.
« Nous ajouterons, en outre, que notre population
(1) E. Leudet, Comptes rendus de la Société de biologie de Paris, Sect. i, vol. V,p. 24, 1853.
ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE. 657
ouvrière mange en général peu ou point de viande, et seulement de la charcuterie cuite.
expériences nulles. — Enfin, pour n être accusé d'aucune omission, que dirai-je des expériences présentées à l'Académie des sciences par MM. Gaultier deClaubry et Lacaze-Duthierg? Mais absolument rien, tant elles s'éloignent du domaine des choses sérieuses. Les faits avancés par le premier, relativement à la résistance vitale des charançons (t), sont absolument inexacts, et se trouvent infirmés par les observations contradictoires de M. le doct. Lauras, dans lesquelles il a vu qu'il suffisait d'exposer du blé £ une température de 90° centigrades, pendant quatre minutes, pour tuer tous les charançons qui l'infestaient (2). Divers autres savants, qui, tels que Cadet de Vaux, ont proposé de passer le blé dans des espèces de brûloires pour anéantir les insectes qui l'attaquent, sont également unanimes sur ce point : c'est qu'il suffit même d'une chaleur de 70° pour tuer les charançons (3). Tout cela étant parfaitement connu, et depuis longue date, comment est-il possible qu'on ait pu mettre en lumière les expériences de M. Gaultier de Claubry ?
Relativement à l'expérience courageusement citée par M. Lacaze-Duthiers, le moindre de ses défauts est que celui-ci prétend qu'on y a employé, comme
(4) Gaultier de Claubry, Note relative aux générations spontanées des végétaux et des animaux. Comptes-rendus, t. XLVUI, p. 334. Dans cette note ce chimiste prétend que les charançons du blé résistent JH30 degrés.
(2) Lauras, Lettre pour servir à V histoire des générations spontanées. Ami. de* se, 1859, p. 232/
(3) Comp. Pouchet, Traité de zoologie. Paris, 4841, t. II, p. 87.
658 UÉTÊROGÉME.
critérium, un instrument qui, selon nous, est absolument impossible (1). Comment, du reste, la critique pourrait-elle traiter des expériences dans lesquelles on ne nomme même pas les substances que l'on a employées, et dans lesquelles on ne tient aucun compte du temps, ni des températures, etc., etc.î