XXXVIII AGADÉUIB DE ROUEN
Venons au second tableau, le Couronnement de Henri II.
Voici un aperçu de la légende, intéressante au double point de vue de l'histoire des empereurs et de celle du souverain pontificat.
La tiare ayant été momentanément ravie à Benoît VIII par l'antipape Grégoire, le pontife dépossédé se rendit en Allemagne pour réclamer le secours de l'empereur Henri II. Ce monarque, ayant, par le succès de ses armes, rétabli le souverain légitime à Rome, vint s'y faire couronner, en 1014, avec son épouse l'impératrice Cunégonde : la cérémonie eut lieu, le 14 février, sur les degrés de l'ancienne basilique de Saint-Pierre, que fît bâtir Constantin le Grand à la place occupée d'abord par le modeste oratoire de saint Anaclet.
Benoît VIII possédait une fermeté à la hauteur des vicissitudes extrêmes.
Henri II, prince intrépide et chéri des peuples, poussa si loin la ferveur, qu'il voulut abdiquer pour se consacrer à Dieu. Richard, abbé de Saint- Vannes de Verdun, ne parvint à le détourner de sa résolution qu'en lui persuadant que le moyen le plus efficace d'assurer le salut de son âme était de continuer à édifier ses sujets par ses vertus, en même tempd
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que ses exploits et sa justice faisaient leur gloire et leur bonheur. L'homme, a dit saint Paul, doit rester où Dieu Ta mis, et chercher à se sanctifier dans son état. — Ce prince mourut en i024, dans la pleine virilité de Tâge. Il a été canonisé, ainsi que la pieuse compagne de sa vie, placée auprès de lui dans le tableau.
Avant de poser la couronne sur la tête de Henri II, Benoît VIII lui demanda : « Youlez-vous garder à moi et à ises successeurs la fidélité en toutes choses ? » L'empereur répondit : « Je le promets. » — Ainsi fut établi le principe de Tobéissance que plusieurs chefs de l'empire, dans la suite, ont promise aux papes, mais que tous n'ont pas observée.
Le sujet est imposant par l'illustration des personnages, l'objet de la cérémonie et le lieu même de la scène ; car là étaient autrefois les jardins et le cirque de Néron. La première basilique, consacrée en 324 par le pape saint Sylvestre, ne fut pas comparable à cette merveille élevée plus tard par Bramante et Michel-Ange ; mais, au xi* siècle comme aujourd'hui encore, on était oppressé par les souvenirs sortant du sol où coula le sang des martyrs, et que les palais des Césars jonchèrent bientôt de leurs colonnes abattues, en attendant le jour prochain où le vent dispersera la poussière des idoles brisées.
C'était une scène choisie pour nous impressionner, que cet empereur rendant hommage à un successeur de saint Pierre, dans le lieu même où un autr»
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