LYI • LECTURE A LA SORBONNE
berousse est mort le 10 juin 1190. — Henri VI, après sept ans d'un règne marqué par des insanités cruelles, descend à son tour dans la tombe, exécré des Siciliens, odieux même à sa femme.
Le défunt empereur ne laissa qu'un fils de deux ans, mis par une mère chrétienne sous la tutelle du • pape. Nous verrons plus loin qu'Innocent III consentit à affermir sur le trône de Palerme cet héritier des Hohenstauffen, en se réservant d'empêcher que le sceptre impérial et celui des rois normands fussent réunis dans la même main. L'influence germanique va subir une éclipse en Italie pendant la longue lutte de Philippe de Souabe et d'Othon de Brunswick. A ces conjonctures favorables joignez la lassitude des Romains après tant d'agitations infructueuses, les antiques croyances subsistant au fond des âmes, et un respect traditionnel ravivé par le Décret de Gratien dont Eugène III a prescrit la divulgation. — Qu'un bras puissant s'élève maintenant à Rome, et des jours meilleurs pourront être espérés dans un avenir prochain.
Dès qu'on put prévoir la mort de Célestin III, les regards de tous les membres du sacré collège furent dirigés vers le cardinal Lothaire : l'homme qu'il fallait était trouvé.
Lothaire, du sang des Gonti honorés dans le patriciat romain, reçut du ciel cette grâce, de naître sur le seuil du siège apostolique, car trois de ses
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VUE DU Xlir SIÈCLE. LVII
proches parents étaient revêtus de la pourpre ; Tun d'eux, Paulin Scolaro, fut le plus connu, sous le nom de Clément III.
Dès les premières années de Lothaire, presque dès son berceau, ses oncles, en voyant sa gravité précoce et recueillie, son amour de Tétude, le destinèrent à l'Eglise, et conçurent de lui des espérances bientôt réalisées. Plus tard, ses admirateurs auraient voulu pouvoir louer davantage sa modération, vertu aussi rare dans le gouvernement des âmes que dans la suprématie guerrière.
La vie de Lothaire, unique dans les fastes romains, est celle d'un jeune homme élevé, instruit pour être pape, et qui le devint, prédestiné par sa vocation, dirigé par la prévoyance de sa famille, et porté au sommet* tout droit, sans retard, sans brigue (gui petit indignus est), comme si c'était l'effet naturel d'un conseil de Dieu. — Il était tellement attendu, espéré, nécessaire, qu'il fut proclamé par les cardinaux, sans une seule voix dissidente, le lendemain du jour où s'ouvrit la vacance du trône de saint Pierre. — La Ville éternelle, qui a le privilège de ces pompes du catholicisme, vit, dans la même journée, les funérailles et le couronnement.
Il avait trente-sept ans.
Avant d'aller plus loin, voyons comment les écrivains protestants l'ont jugé.
« Innocent III, » dit le comte de Gasparin, « n'est pas seulement le plus imposant des papes; il n'est pas seulement celui qui a le mieux réalisé la pensée commune, celui que l'opinion générale a le mieux
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