LXII LECTURE Â LA SORBONNE
de notre bienfaitrice la reine Constance, tandis que Markwald ose invoquer un testament haineux et supposé du détestable Cyclope, car Henri VI, parmi nous, n'a pas d'autre nom. »
Un Anglais se leva, et, avec l'impassibilité du juge qui rend une sentence, prononça cette courte allocution : ((Je ne comparerai pas nos calamités aux vôtres ; mais j'apporte le poignard avec lequel Jeansans-Terre a, de sa main, tué son neveu Arthur de Bretagne. »
A cette même réunion, un débat très-vif s'éleva entre deux chevaliers allemands envoyés, l'un par Othon duc d'Aquitaine et comte de Poitou, l'autre par Philippe de Souabe. Innocent, avec une sereine impartialité, n'avait pas voulu jusqu'alors intervenir, bien qu'il dût pencher naturellement pour Othon, issu des Welf d'Esté, ducs de Saxe, de Bavière et de Brunswick, alliés anciens et fidèles de ses prédécesseurs; il se réservait de parler plus tard au nom de celui qui a rejeté Saûl et choisi David. L'hôte patri-* cien des deux chevaliers allemands ne parvint à retenir leurs épées qu'en leur promettant qu'ils auraient la faculté d'exposer leurs raisons au consistoire public du lendemain. Le légiste bardé de fer, champion de Philippe de Souabe, était le même peut-être qui, à quelque temps de là, dans un accès d'ingratitude ou de vengeance, tua ce prétendant?
Quand cette dispute fut apaisée, un évêque norwégien raconta les cruautés de l'usurpateur Swerrer, et produisit plusieurs bulles fabriquées par le faussaire couronné. Un complice de Swerrer prit, sans
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VUE DU un* SIÈCLE. LXIII
succès, la défense de son indigne maître, convainca d'employer un sceau papal faux apposé sur des pièces écrites par lui-même, et qu'il présentait aux prélats abusés comme des messages du Vatican.
Un mouvement de surprise et de curiosité accueillit l'entrée de quatre personnages vêtus avec un luxe oriental, et suivis d'esclaves chargés de riches présents aussitôt distribués à ceux qui en voulurent leur part. Ces ministres de l'empereur grec Alexis III, rompus au manège des cours du Bas-Empire, accoutumés à tout acheter et à tout vendre, semant l'or mais surtout les promesses, possédaient aussi la confiance de l'impératrice Euphrosine, dont les historiens n'ont loué que la beauté. Un sourire constant, la douceur caressante du regard et des manières affables tempéraient la gravité un peu théâtrale de leur attitude séductrice. — «On nous a désignés,» dit le chef de l'ambassade dans le dialecte harmonieux de l'Âttique, « pour protester] contre les calomnies dont notre souverain est l'objet. Il n'est point vrai que le divin empereur, assis sur le trône de Constantin le Grand, ait dépossédé son frère en lui faisant crever les yeux, car ila étéportéau pouvoir par le voeu libre, unanime et spontané des peuples qui l'adorent. Nos sentiments sont ceux des Grecs députés par Michel III vers Grégoire VIL Notre maître clément et pieux déplore les divisions schismatiques de ses sujets; il est prêta rentrer, avec tous les égarés, dans le giron de l'Église romaine. Notre mission est donc de supplier Sa Sainteté d'envoyer à Gonstantinople un légat, qui recevra l'hommage d'Alexis I}I, héritier légitime du sceptre
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