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ses malheurs. N'ayant pas à retracer tant d'épisodes douloareux, nous avons bâte de voir la France jeter le poids de son épée dans la balance où se pèsent les destinées de la Péninsule.
Après Alexandre lY, mort le 25 mai 1261, Jacques de Troyes, Urbain IV, reçut la tiare. Ce cboix d'un Français fut, pour la famille et le royaume de saint Louis, un fait capital qui porta ses fruits; car Urbain s'empressa d'élever à la pourpre sept de ses compatriotes, pris parmi les prélats que Louis IX honorait particulièrement de son estime. Dans ces promotions, on remarqua surtout celle de Gui Fulcodi, archevêque de Narbonne, confident du comte d'Anjou, dont il soutint les espérances.
Noos pourrions mesurer le chemin qui nous reste à parcourir^ en consignant ici que Fulcodi, devenu . Clément lY (1264), annula aussitôt la concession du royaume de Sicile faite par deux de ses prédécesseurs à Edmond, fils du roi d'Angleterre. Sa sagesse aurait pu dédaigner les raisons pour lesquelles il ne sacra pas lui-même le prince qu'il avait appelé à Rome. II lui était réservé de mourir en versant des larmes sur le sort de Conradin, qu'il marqua pour le supplice en l'excommuniant.
La prédominance étant acquise aux idées françaises, on ne fut aucunement surpris lorsque, dans un consistoire tenu à Viterbe en 1262, Urbain lY déclara sa résolution d'offrir la couronne deNaples, sur le refus du roi de France pour lui-même ou pour l'un de ses fils, au plus jeune frère de saint Louis, que ses
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exploits à la croisade, Filkistration du sang et sa piété rendaient le plus digne de ce choix.
Il n'y avait pas à s'exagérer la reconnaissance due à Urbain, car, puisqu'il fallait une dynastie nouyelle, la désignation était indiquée, commandée par la place que le comte d'Anjou avait prise dans la Péninsule : (d'abord en s'assurant la clef des Alpes par racquiBi" tioa des principales villes de Piémont (Alba, Cont, Mondovi, Chîérasque, Savillan, dont les franchises communales étaient maintenues avec plus d'adresse que de générosité) ; mais surtout par une alliance avee le marquis de Monferrat, dominateur de ces contjpées. Le prince avait, d'ancienne date, de longue main, avee une habileté qu'il ne montra plus depuis, noué des intelligences en Lombardie, dans le Milanais, en Toscane, jusque dans le Patrimoine de saint Pierre. Sa renommée le précédant eile grandissant, les Bomains l'attendaient pour l'investir de cette dignité se natoriale unique, drapeau provocateur arboré par le peuple, et qui n'était pas une des anomalies les moins singulières de ce temps dont l'histoire étonne encore. — Lepaperegardaitle prince français comme le plus puissant champion qu'il pût trouver, et celui qui lui assurerait les plus utiles alliances.
Urbain IV avait-il le droit qu'il s'arrogeait ? — Pour résoudre ce problème, rappelons quels furent, anciennement, les rapports de la papauté avec l'ItàUe méridionale.
Le 18 j uinlOS3 , dans la plaine de Givitella, Léon IX , après la défaite des mercenaires envoyés h son se-
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cours par Henri III, resta seul sur le champ de bataille sans autre arme que son invincible courage, offrant à Dieu le sacrifice de sa vie pour obtenir un miracle qui tirât de l'abîme la fortune de l'Église. Mais, au moment où il attendait la mort, il vit les vainqueurs s'agenouiller en implorant sa bénédiction, à l'exemple de leur chef Humfroy, qui, sur le lieu même du combat, offrit à son prisonnier la suzeraineté de toutes les^'conquêtes normandes. En veitu du pacte aussitôt scellé par des chants religieux et des fanfares guerrières, le descendant des pirates Scandinaves devintle maître légitime des populations qu'il avait vaincues, et fit la promesse de garder au même • titré les territoires qu'il soumettrait plus tard dans la Sicile et la Galabre, en jurant sur la croix de les tenir comme fiefs du Patrimoine de saint Pierre. — Ainsi fut établie la suzeraineté du saint-siége sur le royaume de Naples, par application du droit féodal «n vigueur dans toute TEurope au moyen âge.
Quand on remonte à l'origine d'un droit, il arrive souvent qu'on ne sait à quel point s'arrêter pour lui trouver unebase indiscutable. L'opinion concordante d'auteurs graves, de tendances contraires, peut seule mettre un terme aux incertitudes. L'absence de toute prévention personnelle et la droiture ne sont pas moins nécessaires pour éviter les disputes qui renaîtraient, sans fin, de l'ignorance ou de la mauvaise foi. Le point de droit exposé nous a paru tranché par l'accord entre le catholique comte de Saint-Priest et un de ses émules qui a jugé librement les honunes et les choses de ce temps , Charles Botta : « L'inves-
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titure que les Normands avaient reçue, » dit cet historien, (( soit par force, soit par adresse, du pape saint Léon, paraissait avoir éloigné l'idée d'usurpation ; et les comtes de Fouille prirent leur place dans les rangs des souverains légitimes. »
Les engagements de Givitella furent renouvelés aa concile de Melfî (1059), entre Nicolas II et Robert Guiscard. Grégoire VU n'obtint de ce chef un serment semblable qu'après la confirmation de ces deux investitures.
Voilà donc la suzeraineté pontificale établie, prouvée, justifiée. Les conséquences de ce droit ont été déduites par le comte de Saint-Priest, dans ces termes plus remarquables par leur logique solidité que par la séduction de la forme : « L'engagement de « Robert Guiscard a-t-il été tenu ou enfreint par ses « successeurs? Tel est le fond du procès. Les papes c< ont-ils injustement, violenmient exercé leur droit? a Est-ce à tort ou à raison qu'ils se sont plaints de « la violation du pacte? C'est là toute la question; (( mais quant au droit, pour tout suzerain, de rentrer i( en cas de félonie dans la disposition du fief dont « il a le haut domaine, c'est le droit commun, le « droit généralement reconnu par les contempo- « rains K »
Pour envisager Tafifaire sous toutes ses faces, il y a lieu de peser des considérations d'un autre ordre,
i. Histoire de la conquête de Naples^ l, 26.
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auxquelles ne peut rester indifférent l'esprit moderne qui a reconnu les droits des peuples, mais négligées par beaucoup d'historiens.
- Les Siciliens en particulier, dont on disposait ainsi, n'avaient-ils donc aucun moyen régulier, légal et pacifique d'exprimer leurs préférences en faveur du prince ou de la forme de gouvernement qu'ils voudraient choisir? — Sur ce point de droit et d'histoire, des recherches intéressantes ont été faites par deux érudits italiens, MM. Bonnacorsi et Lumia ^
Arrêtons un instant nos regards sur cette noble SicUe, l'antique Trinacrie chantée par Homère, petite sur le globe, grande dans l'histoire, émule de la Grèce. Les poètes primitifs l'ont peuplée de nymphes, de faunes, de dryades. Parmi ces jeux de la mythologie, sa fertilité fabuleuse, qui alimentait les peuples voisins, inspira cette fiction que la déesse Déméter (Cérès) la choisit pour s'y révéler aux hommes, quand elle descendit de TOlympe avec sa guirlande d'épis et la corbeille mystique donnée à Triptolème d'Eleusis. Archimède a légué son patriotisme aux enfants de cette contrée captivante, dotée par Platon de la vie intellectuelle, et où Théocrite a pris ses idylles.
Quand on arrive en vue du Phare, après avoir quitté les brumes de l'Occident, la Sicile apparaît aux yeux du voyageur ébloui sous l'enveloppe d'un voile d'or. Ce n'est pas, comme Naples, un fragment du paradis tombé sur la terre K Mais, sous les tor-
1. Mémoire historique sur les droits politiques de la Sicile,