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VIII DISCOURS DE RÉCEPTION

La France était alors représentée à Varsovie par l'abbé Melchior de Polignaç, connu par les grâces du corps et de Vesprît, sachant allier à la politesse des cours Taustérité de mœurs commandée ausacerdoce, conservant sa droiture en maniant avec une habileté rare les fils déliés de la diplomatie, parleur disert, imitateur souvent heureux des poètes du siècle d'Auguste; destiné à s'illustrer pliîs tard dans d'autres ambassades, dans Tépiscopat français, fertile alors, comme il l'est encore de nos jours, en prélats éminents, et enfin dans le Sacré Collège. L'abbé de Polignaç étcdt réservé à la pourpre, au même titre que

les Bessarion, les Bembo, les Sadolet à la tiare>

peut-être? comme Thomas de Sarzane et i£neas Sylvius, Nicolas V et Pie II, qui, avant de ceindre les trois couronnes du souverain pontificat, avaient excellé dans les sciences humaines.

Gomme l'escadrille au pavillon fleurdelisé venait de jeter l'ancre dans le port de Dantzick, le prince de Gonti reçut, par un courrier de l'ambassadeur français, cette dépêche : « Vous êtes roi de Pologne. » — Le lendemain, autre missive dont voici la teneur : « L'électeur de Saxe est roi de Pologne, » Jean Bart, suivant son habitude, exhala sa fureur dans un langage complètement dénué d'atticisme : on eut beaucoup de peine à le calmer, car il voulait partir sur-le-champ pour aller tirer les oreilles aux mystificateurs. — L'ambassadeur français n'avait €u pourtant l'intention de mystifier personne. La

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A L'AGâDÉUIE de ROUEN. IX

première dépêche était à peu près vraie; la seconde Tétait tout à fait. Que s'étaît-il donc passé à Yarsovis dans Tespace de vingt-quatre heures? Voici un aperça de rincident.

Dans l'après-midi du 26 juin 1697, quatre-vingt mille gentilshommes, rangés en bataille dans le champ électoral, acclamèrent le nom du prince de Gonti« (Quelques groupes protestèrent seuls, et on n'évalua pas alors le nombre des dissidents à plus de deux ou trois cents, invoquant le droit du liberum veto.

La constitution polonaise conférait au roi la ma<L jesté du trône, regardée comme nécessaire dans un grand État ; au Sénat, le pouvoir; la liberté à l'Ordre équestre, dont sortirent bientôt, sous le nom de Nonces, des tribuns plus nombreux et plus redoutés que les tribuns du peuple à Rome. — C'était une chose inconnue ailleurs que ce liberum veto, qui permettait à un seul opposant de rompre une diète, car aucune décision n'était valable que si elle réunis^ sait l'unanimité des suffrages. Ce simple mot veto (je m'oppose), prononcé par un seul, suffisait pour rompre la diète, et annulait toutes les décisions an-^ térieures de l'assemblée. Le premier qui fit usage, ou, si l'on veut, abus de ce droit, fut Sicinski, nonce d'Upita en 1652, qui, suivaint les chroniques du temps, n'échappa aux. malédictions et aux menace» que pour périr, quelques mois après, frappé par le feu vengeur du ciel. Ses collègues s'étaient violem^n ment emportés contre lui, mais en reconnaissant la

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