DISCOURS DE RÉCEPTION
légalité de la rupture. -^ Les anciens Polonais, il faut le reconnaître, étaient, eux-niêmes les fauteurs des dissensions qui les déchiraient, de sorte que Toq a pu, avec une grande apparence de raison, les rendre responsables de leurs propres malheurs :
Quis tulerit Gracchos de seditione querentes?
Si aucun opposant n'invoquait le veto, l'élection royale s'accomplissait avec un ordre, une pompe et un appareil de liberté qu'on chercherait vainement ailleurs. Ce tableau d'une élection régulière, légale et paisible, le voici. — Toute la noblesse étant réunie à cheval, le Primat rappelle, en peu de mots, les titres des divers candidats, dont les dîétines ont déjà fidt un examen préalable. Il exhorte à choisir le plus digne, implore l'intervention céleste, bénit les assis^ tants et reste seul ensuite avec le maréchal de la diète, pendant que les sénateurs se dispersent pour aller préparer l'harmonie des suffrages parmi les représentants des palatinats. Si l'accord se fait, le primat monte à cheval, au bruit des acclamations en faveur du candidat heureux et des coups de pistolet. Le calme et le silence s'établissent, comme par enchantement, à la vue du primat, qui, par trois fois, demande aux électeurs quel est le roi qu'ils veulent; et trois fois, après l'approbation générale, il proclame le nom de Télu. Trois fois aussi, le grancl maréchal de la couronne réitère la proclamation aux trois portes du camp, la porte orientale ouverte pour
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A L'âCADÉIIIB de ROUEN. XI
la Grande Pologne, celle du midi pour la Petite, et celle d'occident pour la Lithuanie.
D'après les Pacta conventaj le roi devait être élu nemine contradicentSy c'est-à-dire par toutes les voix. — En i632, un seul gentilhomme déclara s'opposer à l'élection de Vladîslas VIL Gomme on lui demandait ce qu'il avait à reprocher au candidat, il répondit : « RieUy mais je ne veux pas qu*il soit roi. » — Voilà le veto dans sa splendeur; moins effrayant toutefois qu'il n'en a l'air, car on parvint à ramener l'oppo* sant à l'avis général. Vladislas, une fois élu, fit venir celui qui lui avait un instant barré le trône, et voulut connaître le motif de son opposition : — « Je voulais « voir, répondit simplement le noble sarmate, si <i notre liberté subsistait encore : je suis content, et « vous n'aurez pas de meilleur sujet que moi. »
On se demande comment un État put subsister, pendant plusieurs siècles, avec cette entrave toujours menaçante et souvent appliquée du liberum veto^ et combien de lois purent être promulguées sans un seul vote contraire? — Effectivement, une foule de diètes se séparèrent avant que l'entente se fût établie» et c'est pour cela que Rulhière put donner ce titre à son ouvrage : Histoire de r Anarchie de Pol&gne. Plus souvent qu'on ne voudrait le croire, l'accord se faisait à la dernière heure, sous la pression des circonstances, par patriotisme, pour conjurer des désordres imminents. D'autres fois, il y en eut plus d'un exemple, les sabres sortaient du fourreau,
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