‹ Heures académiques: discours et conférencesChapitre 59 sur 67 · FRIEDLINGEN · texte numérisé non relu

FRIEDLINGEN

A la fin de la journée, le marquis de Magnac exécuta, suivant les principes de Charles XII, une charge à Tarme blanche, sans feux^ inspiratioji qui ne fut pas assez remarquée. On ne mit l'épée à la main qu'à cent pas de Tennemi. Le marquis de Magnac, en donnant cet ordre, eut une idée heureuse dont Tordonnance de 1829 a fait un principe. Lorsqu'on met le sabre à la main en abordant l'ennemi, la virginité de la lame , comme dit le général de Brack, produit sur les cavaliers une sorte d'enivrement solennel qui les rend irrésistibles.

nOCHSTJlDT — BLENHEIM

Le sang français a coulé trois fois dans la plaine d'Hochstsedt. — 1703. Victoire de Villars sur les impériaux commandés par le comte de Styrum. — 1704. Défaite de Tallard et de Marsin par Marlbo-

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ÂPPBNBIGE. 299

rough et Eugène. — 1800. Victoire de Moreau sur les Autrichiens,

Le second de ces faits d'armes mérite une mention spéciale, afin que les fautes commises dans cette triste journée portent leur enseignement.

La France, ayant dans le flanc l'insurrection des Cévennes qui occupa Villars pendant près d'un an, ouvrit la campagne de 1704 en présence du triumvirat dont deux membres, presque aussi puissants dans leur patrie que Heinsius en Hollande, étaient en outre de grands capitaines. Le duc de Savoie nous avait quittés; une partie de l'Espagne se soulevait contre Philippe V, qui allait trouver dans le deuxième fils de l'empereur, proclamé sous le nom de Charles III, un compétiteur sérieux. La flotte anglo-batave, ayant achevé ses armements, se disposait à prendre la mer. — On forma de part et d'autre sept armées.

Tout annonçait de graves événements en Allemagne et en Italie. Si l'on veut des preuves écrites de l'impéritie du duc de Villeroi, on n'a qu'à lire ses dépêches, qu'il remplit de phrases conune celles-ci : « Il n'y a encore rien de certain sur les nouvelles « des ennemis que le camp retranché qu'ils ont

« entre Maëstricht et Visé Je n'ai nulle certitude

« de l'assemblée des Anglais sous Ruremonde, ni « ailleurs, et rien qui confirme le détachement vers

« l'Allemagne J'aurai l'honneur de répéter à

« Votre Majesté qu'il n'y a rien encore qui paraisse « déterminé de la part des ennemis, mais qu'il y a (( bien de l'apparence que le camp retranché qu'ils

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c font quasi sous Maêstricht, ne tenant point Liège « et Huy par ce retrancl^ement, qu'ils ne songent « qu'à garantir Maêstricht, et demeurer sur la déa fensive. D'ailleurs, nul détachement encore pour « l'Allemagne, ni de certitude d'un corps d'armée « sur la Moselle^.. Gomme les ennemis ne paraissent « encore déterminés à rien..., etc. (de Bruxelles, a i" mai 1704). » — a Je n'ai encore nulle certitude « du parti que les ennemis prendront (4 mai). » — « D n'est pas à ma connaissance qu'aucune troupe

« des ennemis soit enmarclie de ce côté-là, etc

« Les choses dans cette situation, on ne saurait se déterminer à rien (7 mai). »

Marlhorough, en présence de cet observateur aveugle, pouvait agir tout à son aise. Aussi rien ne Tempêcha, veis le 15 mai, de passer la Meuse avec 40,000 hommes, dont 10,000 Hollandais sous le général Goor, de remonter le Rhin, et de se diriger vers la Basse- Moselle. YiJIeroi se contenta d'exécuter une marche parallèle inoffensive.

L'armée du Rhin (Tallard) était disséminée dans la Haute et la Basse-Alsace, les Evêchés et la Franche- Comté (30 bataillons et 35 escadrons)* Sur la Moselle et aux environs de Trêves, 14 bataillons et 30 escadrons formaient une réserve destinée au Rhin ou à la Flandre, suivant le besoin.

L'armée d'Allemagne (Marsin) était entre le Lech, l'IUer et le Danube (50 bataillons et 60 escadrons). Quartier-général à Augsbourg. Maximilien était à Munich; ses troupes (35 bataillons et 45 escadrons) occupaient Eufistein (Tyrel), Passau, ainsi que plu-

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APPENDICE. 30i

sieurs points de la Haute-Autriche et du Haut-Palatinat.

Les quartiers du prince de Bade et du prince Eugène furent établis, d'abord dans l'espace compris entre le Haut-Danube, le lac de Constance et les montagnes Noires; ensuite en Souabe, en Franconie, derrière les lignes de Bûhl et de Stolhoffen; enfin dans le Palatinat, sur la rive droite du Rhin, sur le Mein et dans la Vétéravîe. Ainsi les impériaux, maîtres de Fribourg et des montagnes Noires, interceptaient les communications entre l'Alsace et la Bavière.

Notre armée d'Allemagne n'ayant reçu aucun ravitaillement depuis qu'elle était. sur le Danube, il était urgent de lui en faire parvenir. Le roi , dans ce but, ordonna les plus grands efforts à Tallard et à Marsin qui, le 19 mai, firent leur jonction à YiUingen. Marsiii, reçut 13,000 hommes et des munitions, dont il avait un besoin pressant. Tallard malheureusement, au lieu de rester sur le Danube, repassa aussitôt les montagnes, descendit le Rhin, et crut faire merveille en s'établissant à Burkheim; se figurant qu'il se mettait ainsi en mesure de faciliter les mouvements de l'électeur, soit par l'attaque de Fribourg, soit par la surprise du passage du Rhin, ce qui lui permettrait de prendre l'ennemi à revers dans ses lignes de Bûhl. Mais il apprit bientôt que Marlborough * remontait le Rhin de Bonn à Goblentz, et opérait divers mouvements qui prouvaient, à n'en pas douter, une entreprise combinée avec le prince de Bade. H eut la douleur de ne pouvoir, ni arrêter les Anglais,

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nî secourir Marsin et Télecteur, forcés de se replier vers Ulm pour ne pas être tournés par Louis de Bade, à qui on laissa le temps d'occuper les deux rives du fleuve. Peu de jours après, Eugène rejoignit Bade à Ehingen. Marsin, Villeroi et Tallard laissèrent opérer tous ces mouvements de concentration sans coup férir. — L'ombre de Louis XIV et celle de madame de Maintenon se dressaient devant nos généraux jusque sur le champ de bataille pour obscurcir leur vue, glacer leur bras et paralyser leur génie, tandis que Marlborough, Eugène et Bade n'avaient qu'à se réunir, comme ils le firent le 16 juin à Rastadt, pour prendre des résolutions qu'ils exécutaient sans retard, certains d'être approuvés à Londres, à Vienne et à La Haye, d'oti ils recevaient l'ordre, non de perdre leur temps à griffonner d'interminables, dépêches, mais de vaincre.

Marlborough, depuis son passage de la Meuse, avait, par l'incertitude simulée de ses mouvements, jeté un voile si épais sur les yeux de Villeroi et de Tallard qu'il arriva, le 30 mai à Costheim, sur le Mein,le 1" juin à Gross-Gerau, le 3 à Lampertheim, le 4 à Ladenburg sur le Necker, entre Manheim et Heidelberg. Son infanterie, après le passage de la Lahn, devait se réunir à Heilbronn. Les troupes de Hesse , avec leur prince , l'attendaient à Bruchsal. Les 10,000 Hollandais de Schlagenburg étaient entraînés dans la sphère d'action de tous ces corps, qui tout à coup prirent très-ostensiblement la route du Danube afin de se réunir au roi des Romains et an prince de Bade.

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Tallard, à ces foudroyantes nouvelles, se hâta d'écrire à Marsin et à Villeroi, promettant au premier de faire tout ce qui dépendrait de lui pour le secourir, et invitant le second à se rendre sans retard à Landau, afin d'aviser ensemble aux moyens à prendre dans cette grave conjoncture. L'entrevue projetée eut lieu, le 7 juin, à Oberweidenthal, ou le naïf Villeroi parut tout aussi surpris que lorsque son valet de chambre vint lui apprendre dans son lit, à Crémone, la visite indiscrète du prince Eugène. Les deux maréchaux, après une courte conférence, se séparèrent convaincus que leurs savantes manœuvres avaient fait manquer à Marlborough les entreprises qu'il projetait sur la Moselle ou sur Landau. Très-satisfaits d'eux-mêmes, ils écrivirent au roi, chacun de son côté, ne lui soumettant pas moins de quatre projets!.., Villars-, qui n'avait pas tant d'imagination, n'en aurait proposé qu'un seul. Marlborough, pour rendre les deux maréchaux plu3 incertains encore, s'il était possible, et attendant d'ailleurs un nouveau corps danois qui remontait le Rhin, apporta une lenteur calculée au passage du Necker, qtt'il n'acheva que le 9, et établit tranquillement le gros de ses troupes sur cette rivière, le reste à Wieslach, Bruchsal et Graben , bien sûr de n'être plus inquiété.

Après la conférence des deux maréchaux à Oberweindenthal, près de La&dau, vingt jours, du 8 au

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28 juin, furent perdus à échanger des dépèches avec la cour; yingt jours précieux, car les deux chefs de Tannée du Danube, menacés dans leur camp d'EIchingen, ne cessaient d'envoyer des courriers au roi et à Tallard pour demander des renforts. Pendant qu'un temps si regrettable était dépensé en pure perte, le duc de Marlborough, quittant tout à coup l'établissement qu'il avait paru faire sur le Necker, partit à tire-d'aile, et entra dans les lignes de Bûhl (16 juin), où il fit sa jonction avec Eugène et Bade, ayant exécuté, de la Meuse au Danube, une des plus belles marches stratégiques connues.

Le roi, après s'être brûlé la tète à examiner, avec madame de Maintenon et Ghamillart, plusieurs projets inexécutables, ordonna de former, avec les deux armées de Tallard et de Yilleroi , trois corps dont il fixa la force et l'emploi ^ Le premier (Tallard) reçut l'ordre de passer les montagnes (40 bataillons et 50 escadrons) pour rejoindre Marsin. Le deuxième (Villeroî) dut marcher sur Offenburg, pour surveiller l'ennemi , l'empêcher de sortir des lignes de Stolhoffen , le suivre en Alsace s'il s'y aventurait, et an besoin rejoindre Tallard (40 bataillons et 60 escadrons). Le troisième (Goigny), n'ayant que dix bataillons et autant d'escadrons, resta sur la Lauter et sur le Rhin, à l'endroit le plus convenable pour couvrir l'Alsace.

1. n y av&it un régiment du nom de La Yallière. La belle et infortunée duchesse de Yaigour achevait alors, aux Carmélites de GhaiUot, la pénitence commencée trente ans auparavant, le jour où Bûssuet la jeta vivante dans la tombe.

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Les ennemis distribuèrent aussi leurs forces en trois armées : première (Bade) sur le Danube, troupes de l'empereur et celles des Cercles ; deuxième (Marlborough) en Souabe, Anglais, Hessois, Hollandais, Hanovriens, etc. ; troisième (Eugène), troupes palatines, de Brandebourg, cercles du Haut-Rhin et de Wèstphalie, Hesse-Darmstadt, et douze bataillons à la solde des États-Généraux. — Eugène et Marlborough devaient se réunir contre Maximilien, exerçant alternativement et par jour le commandement (ensemble 110 bataillons et 170 escadrons).

Tallard , Villeroi et Goigny commencèrent leur mouvement le 28 juin et se dirigèrent, le premier vers les montagnes, le deuxième vers Saarburg, le troisième sur Drus'Snheim. Suivons Tallard , dont la mission était la plus importante. Ce maréchal partit, décidé à ne pas s'arrêter qu'il n'eût gagné les gorges de Waldkirch et du Glotterthal, espérant bien descendre à Villingen au plus tard le 15 juillet, ce qu'il écrivit à Marsin, Des difficultés de tout genre rendirent sa marche très-pénible, mais enfin il fit sa jonction avec l'électeur et Marsin le 4 août, près d'Augsbourg. Il était temps, car Marlborough et Bade, dès le 27 juin, aussitôt après leur réunion sous Ulm, avaient jeté 60,000 hommes sur les 45,000 Franco-Bavarois qui s'étendaient de Dillingen à Launigen, et occupaient le Schellenberg, seule défense de Donawerth, dont la chute ouvrait la Bavière. Le Schellenberg, malgré une défense opiniâtre du comte d'Arco , fut emporté. Maximilien perdit ainsi Donawerth, Neubourg, Ratisbonne, c'est-à-dire toute

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la ligne du Danube, sauf Ulm et Ingolstadt; c'est alors qu'il avait été obligé de se retirer sous Augsbourg, où il venait de déclarer qu'il allait faire son accommodement avec l'empereur siTallard n'arrivait pas. — Voltaire fait remarquer assez plaisamment que Villeroi, chargé d'observer Marlborough, le perdit bientôt de vue, et n'apprit où il était que par la prise de Donawerth. Villeroi, chargé ensuite d'une mission semblable à l'égard d'Eugène, la remplit avec la même inintelligence, et resta comme pétrifié sur la Kintzig, laissant le prince de Savoie arriver à Hochstaedt dès le 10 août. Nos soldats marchaient au pas de madame de Maintenon. — Les Anglais , après la prise de Donawerth, envahirent la Bavière , où ils se conduisirent comme des Vandales, et se portèrent, au commencement d'août, sur Hochstœdt.

Le 6 août, le duc de Bavière quitta Augsbourg, descendit la rive gauche du Lech, et alla s'établir à Biberbach, sur la Schmutter. Tallard se porta de Dîerdorf à Gublingen. Les deux armées se trouvèrent ainsi avoir un établissement distinct, mais en conservant entre elles des communications assurées. Huit bataillons gardèrent le fort et la ville d'Augsbourg. L'ennemi, après sa marche du 4, de Friedberg à Aichach, se dirigea sur Neubourg*, donnant à penser qu'il voulait franchir le Danube. Le prince Eugène,

{, Il y a deux Neubourg, l'un sur le RhiU) l'autre sur le Danube; de même qu'il existe deux Sarrebourg, l'un en France (Meurthe)^ l'autre en Prusse, à iS kil. S. de Trêves. Nous avons toujours, en indiquant la marche des armées, la carte sous les yeux. Voir les cartes du Dépôt de la Guerre et l'atlas de Lavallée.

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nous l'avons dit, fut près d'Hochstaedt dès le 10, avec 15,000 hommes. L'électeur et les deux maréchaux résolurent de traverser le fleuve à Launigen, afin d'être sur la Wernitz avant les coalisés, et de les couper de Nordlingen, où étaient leurs magasins les plus considérables. Le 11, ils s'établirent entre Launigen et Dillingen, Tallard ayant la droite, et Marsin la gauche. Ils s'amusèrent à l'attaque du château de Dillingen, que l'ennemi ne se donna pas la peine de défendre, et où ils firent une centaine de prisonniers. Eugène, pendant la nuit, se replia de l'autre côté de la Wernitz, Le 12, les Franco-Bavarois, après un séjour de vingt-quatre heures, se remirent en marche, afin d'aller occuper, au-dessous d'Hochstœdt, une position qui leur parut avantageuse pour barrer le pays depuis le Danube jusqu'à la montagne où se trouvent les gorges par lesquelles l'ennemi recevait ses approvisionnements de la Franconie, située au nord d'Hochstœdt. Si nous avions eu la sagesse d'éviter pendant quelque temps une rencontre, les coalisés eussent été forcés de se disperser, le pays qu'ils occupaient étant complètement mangé. Mais Marsin et Tallard n'osèrent pas résister à l'électeur, qui voulait une bataille immédiate. Les alliés, de leur côté, sentaient la nécessité de vaincre ou de décamper : on ne tarda donc pas à se rencontrer.

La petite ville d'Hochstaedt * est située sur la rive

i . Voir la carte du général Pelet.

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gauche du Danube, à 35 kilom. N«-0. d'Augsbourg, et à une distance à peu près égale de Nordlingen. Blenheim (ou Blindbeim) est près du Danube, à quelques kilomètres en aval d'Hochstaedt. En 1704, il existait, vîs-à-A^is de Blenheim (rive gauche), une plaine de douze kilomètres environ dans sa plus grande longueur, mais d'une étendue fort inégale dans les autres sens, bornée au nord par les bois de Schellenberg, au sud par le Danube, coupée par plusieurs ruisseaux qui en rendaient le sol marécageux, et parsemée de villages dont les principaux étaient Gremheim, Ober-Glauheim,Unter-Glauheim, Schwenenbach et Sonderheim. — Ce fut là que se livra la bataille.

En débouchant dans la plaine, le 12 au matin, on aperçut Eugène et Marlborough se dirigeant vers les gorges qui conduisent de Donawerth à Nordlingen. L'électeur eut la simplicité de croire qu'ils se retiraient, et n'avaient d'autre dessein que de couvrir la Franconie ; il voulait s'élancer immédiatement sur leur arrière-garde, lorsque tout à coup les deux armées déployèrent leurs tentes à l'entrée des gorges. Les Franco-Bavarois se bornèrent pour cette journée à des reconnaissances et se mirent en bataille perpendiculairement au Danube, la droite (Tallard) à Blenheim, les Bavarois au centre, la gauche (Marsin) vers les montagnes, le quartier général à Lutzingen, en arrière d'un ruisseau marécageux, mais praticable en plusieurs endroits, que les gens du pays appellent Hazelaersbroeck. On se hâta d'occuper le village d'Unter-Glauheim, situé au-delà du ruisseau, et Ober-

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Glauheim en arrière de ce même ruisseau (Haze* laersbroeck). Mais le maréchal de Tallard eut la malheureuse idée de placer dans Bfenheim, sous les ordres du marquis de Clérembault (flls du n^réchal), pour fortifier sa droite, 27 bataillons et 4 régiments Je dragons démontes; disposition doublement déplorable : car d'abord cette réserve aurait dû être placée derrière le centre de Tannée ; et ensuite tout mouvement lui était impossible dans ce village, dont les rues étroites et sinueuses faisaient un labyrinthe sans issue. — n était d'ailleurs parfaitement inutile d'accumuler tant de troupes derrière l'aile droite, adossée au Danube.

L'ennemi appuya sa droite (Eugène) aux montagnes, et sa gauche (Marlborough) à Gremheim, ayant aussi en avant de son front de bandière un ruisseau , mais moins large et moins profond que le nôtre. Les Franco-Bavarois avaient 56,000 combattants; les coalisés n'en comptaient que 52,000, le prince de Bade s'étant séparé de Marlborough le 8, à Aichach, pour aller assiéger Ingolstadt, de sorte qu'il n'assista pas à la bataille, ce dont il ne se consola jamais. Les armées se trouvèrent ainsi à moins de deux lieues l'une de l'autre.

Chacun, lorsque la nuit vint, prit quelques heures de repos. Eugène et Marlborough dormirent du sommeil de Condé avant Rocroy. L'électeur puisa la même sécurité dans sa présomptueuse confiance, qui devait sitôt recevoir un démenti cruel. Tallard et Marsîn, poursuivis par de sombres pressentiments, se reprochèrent de ne pas avoir assez insisté pour

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3iO APPENDICE.

qu'on attendît le retour des troupes envoyées en Bavière, et de s'être laissé entraîner à livrer une bataille qu'ils voulaient différer- par des raisons puisées dans la plus vulgaire prudence. Leui^ paupières n'avaient pu se fermer encore lorsqu'ils entendirent la générale, que l'on battit dès deux heures du matin dans le camp ennemi. Les premiers rayons du soleil tombèrent bientôt sur les deux armées, où quinze mille hommes ne devaient pas voir la fin de cette journée d'août, après avoir salué avec une valeureuse insouciance les feux de l'aurore.

Tallard se trouvait en face de Marlborough, et allait avoir la plus rude tâche; Marsin en face d'Eugène. Les Français, à neuf heures, ouvrirent le feu. Les Anglais étaient encore en pleine formation, de sorte qu'ils souffrirent d'abord beaucoup; ils n'en continuèrent pas moins, avec un impassible sangfroid, l'établissement de cinq ponts sur le ruisseau qui nous couvrait. A une heure, la lutte s*engagea des deux côtés sur toute la ligne. Suivant le marquis de Feuquières, l'électeur, Tallard et Marsin commirent douze fautes capitales. La plus énorme fut l'accumulation dans Blenheim de onze mille hommes de nos meilleures troupes, sous les ordres d'un chef inexpérimenté qui ne devait son grade qu'au nom de son père, et qui, à la vue de l'ennemi, perdit la tête. Tallard en fit une autre non moins lourde, en disposant ses deux lignes de telle sorte qu'elles

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APPENDICE. 3ii

étaient séparées par un ruisseau qui rendait la communication entre elles longue et difficile. Par ces deux fautes, on peut juger des autres. Les Franco- Bavarois occupaient quatre villages. L'ennemi, pendant plusieurs heures, dirigea tous ses efforts sur Tallard, qui soutint bravement l'attaque. Marlboroughy ayant emporté Unter-Glauheim et Ober- Glauheim, parvint à percer notre centre et à investir Blenheim à cinq heures. Les braves gens qui étaient là ne demandaient qu'à combattre, mais leur général se sauve et va se noyer dans le Danube. — Toutes les relations françaises, notamment celles de Marsin et de Tallard ', glissent sur ce qui se passa ensuite dans Blenheim, et ne donnent aucune raison pour l'expliquer. Un seul fait est malheureusement trop certain, c'est qu'un général français, du nom de Blansac, signa une capitulation d'après laquelle onze mille hommes se rendirent presque sans combat ^. Le colonel du régiment de Navarre protesta contre cet inexplicable vertige (je ne dirai pas cette honte,

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