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LE DUC DE BOURGOGNE AUX ARMÉES

A la fin d'avril 1702, l'armée de Flandre fut mise en émoi par cette grande nouvelle : Monseigneur le duc de Bourgogne vient prendre le commandement! Ce prince, suivant des témoignages très-dignes de foi, était né avec des instincts pervers. Hautain, dédaigneux, entrant en fureur à la moindre contradiction, doué d'une précocité fiévreuse pour tous les appétits sensuels, il effraya dès l'âge de sept ans ceux qui l'approchaient. Le duc de Beauvilliers, chargé de gouverner son enfance, abdiqua, dès qu'il le put, ses fonctions en faveur de Fénelon, l'homme le plus capable de transformer cette terrible nature. L'archevêque de Cambrai remplit sa mission avec le succès que promettaient son génie, sa vertu, sa douceur, le charme de sa parole, et sa puissance de fascination sur les âmes. Les grâces d'une jeune épouse vinrent en aide au sage précepteur, et le petit-fils de Louis XIV, après avoir été, au sortir du berceau, la terreur de la France, en devinty au bout de quelques années, la consolation et l'espoir*. Si l'élève de Fénelon ne fut pas un

1. Né le 6 août 1682 à Versailles, mort eu 1712. Pour les déUiis relatifs à son éducation» voir la Vie de Fénelon, par le cardinal de

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foudre de guerre, on peut dire au moins qu'il vit toujours le feu sans faiblesse.

Le prince arriva le 3 mai, avec le titre de général en chef et celui de vicaire général de Philippe V aux Pays-Bas, mais Boufflers conserva le commandement réel. On ne vit pas sans étonnement un jeune homme de vingt ans observer à Tarmée les pratiques de la piété la plus austère ; mais les soldats n'avaient pas le scepticisme de nos jours, et ils acclamèrent avec une généreuse ardeur le Fils de France qui partageait leurs dangers.

Pendant que Marlborough achevait à Londres les préparatifs de sa première campagne comme gêné-

Bausset. Les Fables et les Dialogues farent composés pour corriger le royal élève de quelque faute récemment commise, de sorte qu'il ne pouvait méconnaître une leçon donnée avec tant d'à-propos. Le précepteur appela quelquefois Lafontaine à son aide, et lui suggéra ridée de plusieurs fables qui concoururent au même but.

Nous ne vanterons pas les réformes que projetait le prince pour le jour où il serait roi; car il eût été impossible de les concilier avec son idée bien arrêtée de restituer à la noblesse tous ses privilèges. Louis XI y trouva dans les papiers de son petit-fils ses plans de gouvernement, et les brûla.

On est fort étonné aujourd'hui lorsqu'on lit que Tautorisation d'Imprimer le Télémaque fut considérée comme une des mesures les plus libérales du Régent. En se bornant à un examen superficiel de ce livre, les idées innocentes et généreuses paraissent seules; mais il y a dans ses profondeurs les germes de réformes sociales dont la hardiesse a, dans son temps, alarmé le trône, et des doctrines qui sont devenues, entre les mains des novateurs, une arme formidable contre le vieil édifice monarchique. Nous avons, depuis cent cinquante ans, parcouru tant de chemin, que nous comprenons à peine les allusions qui blessèrent si vivement alors le roi et la cour.

Fénelon ayant dû, pour l'enseignement de son élève, méditer sur la philosophie des sociétés, ce livre fut le résultat de ses travaux. Effrayé des régions inconnues où le portèrent ses méditations, il ne

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ralissime des forces anglo-bataves, e^ que les alliés pour se faire la main attaquaient Télectorat de Cologne, Boufilers, mettant à profit le mouvement d'enthousiasme produit par l'arrivée du prince, passe la Meuse, et, par une pointe hardie vers le Bas-Rhin, coupe Tarmée qui assiégeait Kayserswerth, trompe les Hollandais en simulant une attaque contre Grave, et se porte sur le camp deClèves, d'où il chasse le comte d'Athlone, que la cavalerie française poursuit jusqu'à Nimègue, et qui s'estime heureux de passer le pont du Wahal, pour se retrancher derrière un bras du Rhin (11 juin). Il y eut là une brillante affaire, oii le prince déploya de la valeur, mais

mit pas tout entier entre les mains du prince le liTre qu'il n'avait commencé que pour le prémunir contre les doctrines de la tyrannie, les pièges cachés sous un trône et les séductions de la volupté. Invinciblement entraîné plus loin qu'il ne voulait, il se bornait à détacher de temps en temps une page de son manuscrit pour la donner à son disciple.

Une main indiscrète en répandit une copie, qui devint la première . cause de Thostilité de Bossuet, et de la disgrâce que complétèrent la protection imprudente accordée à l'énigmatique madame Guyon et les maximes de tolérance religieuse considérées par le roi comme une satire de sa conduite envers les protestants. Le Télémaque est resté comme le plus beau monument de la gloire de son auteur^ mais dans cette œuvre extraordinaire, les maximes de la sagesse et les spéculations les plus audacieuses de la pensée mêlent leurs rayons et leurs ombres, le bon grain et l'ivraie, comme dans la République de Platon, V Utopie de Thomas Morus, le Réveil de la France de Boisguillebert, la Dîme royale de Vauban, tArcadie et les Vomx dua Solitaire de Bernardin de Saint-Pierre, le Contrat social de J.-J. Rousseau, et les théories philosophiques des Encyclopédistes et des Girondins.

Le duc de Bourgogne parut trois fois aux armées : 1702, en Flandre; 1703, au siège de Brisach, dont Vauban dirigea les travaux; 1708, à Oudenarde.

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dont le résultat n'en fut pas moins la perte de Kayserswerth, carie corps qui soutenait cette ville ayant été rappelé pour appuyer Tattaque contre le comte d'Athlone, les assiégeants purent alors prendre la place à revers, et y entrèrent (15 juin). Le début de Boufflers avait été heureux; mais, par Timprévoyance de Chamillart, il n'avait qu'une artillerie insuffisante, manquait de subsistances, d'équipages de pont et de munitions. Les alliés attendaient le comte de Marlborough, de sorte que, d'un commun accord, il y eut une espèce d'armistice. Le pieux duc de Bourgogne trouva qu'il avait acquis assez de gloire pour cette fois, et prit le chemin de Versailles.

On fut plein d'espoir, en 1708 *, lorsqu'on vit le duc de Vendôme avec 90,000 hommes en Flandre. L'intention du roi était de prendre vigoureusement l'offensive dans les Pays-Bas, et de s'engager ailleurs le moins possible. Le maréchal de Matignon, trèsconnu et estimé de nos troupes de Flandre, devait exécuter les sièges de Huy, de Liège et de Maêstricht, pendant que l'armée principale observerait l'ennemi. En agissant ainsi, on ne pèserait pas sur

1. L'armée du Rhin fut donnée au duc de Bavière et au maréchal de Berwick. — Villars fut opposé au duc de Savoie. — Le duc d*0rléan8 resta en Espagne^ avec le maréchal de Besons. Le duc de Noailles dans le Roussillon.

Les généraux ennemis furent : le duc de Marlborough en Flandre; le prince Eugène sur la Moselle; le duc de Hanovre sur le Rhia; le duc de Savoie en Italie ; l'archiduc Charles en Espagne.

la Flandre, et la guerre serait portée vers la Meuse, pays ouvert où notre nombreuse et excellente cavalerie pouvait se déployer, chose impossible dans les terrains accidentés qui se trouvent entre la Lys et l'Escaut. — Il était prudent d'éviter les combats d'infanterie, les régiments de cette arme étant pleins de miliciens qui inspiraient une confiance médiocre. Les prescriptions à cet égard étaient formelles. En conséquence, on réunit les troupes sous les places du Hainaut, pour les porter rapidement vers les pays plats deja Meuse, dès qu'on pourrait faucher les prairies pour nourrir les chevaux. Eugène et Marlborough se rendirent, suivant leur habitude, à La Haye pour conférer avec Heinsius.

Vendôme, malheureusement, était subordonné au duc de Bourgogne. 11 était impossible d'associer deux caractères plus antipathiques. Le roi, persuadé que son sang donnait le génie, soumettait un capitaine illustré dans vingt batailles à un jeune homme, doué sans doute de rares qualités privées, mais n'ayant aucune expérience de la guerre, avec la prétention d'agir en maître. Des dissentiments sérieux, comme on s'y attendait, éclatèrent dès le début, et mirent dans les opérations une déplorable incertitude, tandis que les généraux ennemis furent toujours d'accord. La première discussion s'engagea au sujet du siège de Huy, que Vendôme voulait faire, et auquel Bourgogne s'opposait. Le mois de juin fut perdu en débats stériles et en correspondances oiseuses avec la cour; Vendôme ne cessant de blâmer cette inertie, et le prince prétendant qu'il

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ne pouvait rien faire sans connaître les projets d'Eugène. On donna ainsi à Marlborough le temps de se former à son aise sous Bruxelles, de construire sur la Senne des ponts qui lui permettaient de nous suivre si nous prenions le même chemin que l'année précédente, et d'ouvrir des marches vers Liedekercke pour se porter en Flandre si nous nous dirigions de ce côté. Eugène quitta, la Moselle pour s'acheminer vers la Meuse. L'inaction de juin laissa opérer une concentration qu'il eût été facile d'empêcher, puisque nous étions prêts les premiers.

Le commencement de juillet fut mieux employé, car les expéditions tentées contre Gand et Bruges eurent un plein succès, et coûtèrent seulement quelques hommes. On espéra conquérir de même le teste de la Flandre espagnole et le Brabant. Vendôme aurait voulu, aussitôt la prise de Gand et de Bruges, attaquer Oudenarde, afin d'enlever aux ennemis leur seul passage sur le Haut-Escaut, et de les couper de Menin et de Gourtray, qui tomberaient ensuite. Ge siège était facile, car d'abord on n'avait rien à craindre sur la rive gauche de l'Escaut ; en outre, les Français étant maîtres de Bruges et de Gand, et placés devant Oudenarde, l'ennemi ne pouvait passer l'Escaut qu'à Dendermonde, d'oii il serait forcé de faire un long détour par Ostende ; de sorte que nous pouvions, sans cesser l'attaque, interdire le passage de la Lys, et empêcher de venir à nous par Gourtray et Menin.

Le duc de Bourgogne fut d'un autre avis, et voulut, avant de rien entreprendre, voir ce que ferait Eugène.

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Il n'attendît pas longtemps; le prince de Savoie, ayant passé la Moselle à la fin de juin, avec 36 bataillons et 70 escadrons, marcha en toute diligence sur Andernach, Munstereyfel et Duren, passa la Meuse à Maëstricht le 10 juillet, et fit sa jonction, après avoir exécuté, en sens inverse, une marche semblable à celle du général anglais en 1704.

Oudenarde ainsi nous échappa, comme Huy, Liège et Maëstricht ; et on laissa les ennemis se concentrer. Cette triste campagne ne fut qu'une suite d'occasions perdues et de projets avortés.

Le 7 juillet, dans un conseil de guerre, il y eut une discussion très-vive. Vendôme voulait se poster der^ rière la Dender * : « Le poste, suivant lui, était bon et sûr. On ne devait pas craindre que les alliéâ^entreprissent de le forcer : de là, sans fatiguer les troupes, sans s'exposer au moindre danger, on pouvait couvrir les nouvelles conquêtes, et assurer les communications avec Ypres et Lille, points stratégiques impor^ tants de notre échiquier. Si les alliés remontaient la Dender, on les suivrait, en conservant l'avantage d'une marche, de sorte qu'on serait toujours en état de franchir l'Escaut avant eux, et de leur en barrer le passage. » L'avis était bon, dit le baron de Carelscroon, mais il ne fut pas suivi. L'insuccès des dernières batailles pesait sur le duc de Bourgogne, qui ne voyait rien de mieux que de se diriger vers Gand pour y entrer en triomphateur. Ces contestations

i. La Dender prend sa source au nord de Mons, baigne Ath, Lessines, Grammont, Alost, et se jette dans l'Escaut à Dendermonde. — Cette rivière n'a que 25 kilomètres de cours.

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firent encore perdre trois jours. La plupart des généraux, en bons courtisans, se rangèrent du c6té du prince qui devait bientôt régner. Il fut décidé qu'on ne défendrait que l'Escaut : « Je vous le prédis, et « vous le verrez, dit alors Vendôme, toutes les fois « que vous marquerez au prince Eugène de vouloir « éviter un engagement, il vous y obligera malgré « vous. » — Prédiction qui se réalisa vite. — Rappelons cette maxime de Villars : Quand on réunit un conseil de guerre pour suivre le parti adopté à la pluralité des voix, on ne fait jamais rien qui vaille.

La Dender ayant été abandonnée, il était urgent de passer l'Escaut pour empêcher l'ennemi de le franchir à Oudenarde ; mais Vendôme, très-mécontent, resta toute la journée du 10 à Gavre *, ce qui fit perdre un temps irréparable, que nos adversaires mirent à profit pour la construction de leurs ponts, tandis que les nôtres ne furent établis qu'avec lenteur. — Le il au matin, les Français et les ennamis passèrent l'Escaut, le^ premiers à Gavre, les autres près d'Oudenarde.

Voilà donc les deux armées en présence, marchant à la rencontre l'une de l'autre ; et les Français amenés, par suite de la mésintelligence qui divisait leurs chefs, et surtout par l'impéritie princière, à combUttre entre l'Escaut et la Lys, sur un terrain que la sagesse du roi avait prescrit d'éviter, par les raisons

1 . Sur la rive orientale de l'Escaut^ à deux heures au-dessus de Gand. — Henri Martin écrivit Gaveren. Nous avons généralement adopté l'orthographe des cartes du Dépôt de la guerre.

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que nous avons dites. — Une fois là, il ne fallait songer qu'à prendre le parti le moins désavantageux. — Vendôme, que le bruit du canon inspirait toujours, proposa de marcher vers les ponts des alliés jusqu'à une certaine distance, de rester là pour les attirer au combat, et de profiter du désordre de leur passage pour les attaquer et les rompre. Sept bataillons s'étaient avancés dans ce but jusqu'à Heurne. «Heu- « reusement, le duc de Bourgogne n'approuva pas « encore ce conseil, dit Garelscroon. » Une force secrète le tirait vers Gand. Il y avait un autre parti bien meilleur à prendre, si on n'avait pas perdu plusieurs heures à Gavre, et que la conformation du terrain indiquait : c'était de s'établir sur le plateau qui domine le château de Brewaen, en appuyant la droite àOycke, et la gauche à Heurne. Les ennemis ne manquèrent pas de s'emparer à la hâte de ce point culminant, dont on ne put les déloger, grâce aux haies et au ruisseau de la Groote. Au lieu de pousser en avanl^ le prince fit une halte à Gavre, ne sachant quel parti prendre, et rappela même les escadrons qui déjà traversaient la plaine au galop. En ce moment, les majors généraux Cadogan et Rantzau culbutaient les sept bataillons de Heurne, que l'on ne soutint pas. Il fallut bien alors se résoudre au combat, et le duc de Bourgogne essaya de prendre un ordre de bataille; mais cette fois encore, il était trop

tarât Nos divisions, en débouchant de Gavre,

s'engagèrent Successivement, sans autre impulsion que celle de leur courage. Toutes firent leur devoir, mais toutes ne furent pas heureuses; et plusieurs

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durent finir par plier sous les efforts que les généraux alliés dirigeaient avec une grande intelligence. Nos malheureux soldats, tantôt lancés en avant par l'audace de Vendôme, tantôt retenus par la timidité du prince, ne savaient à qui obéir. La journée (Cependant se termina sans avantage marqué du côté de l'ennemi ; et, sur les instances du vainqueur de Luzzara, il fut décidé que la lutte recommencerait le lendemain. On en était là lorsque, à l'entrée de la nuit, la cavalerie de la droite, obéissant à un ordre qui ne fut jamais avoué par personne, prit la route de Gand. Vendôme, ne pouvant plus se contenir, s'écria : « Eh bien ! Messieurs, vous le voulez tous, il faut se retirer ! » Et, s'adressant directement au jeune duc : « Aussi bien, Monseigneur, il y a longtemps que vous en avez envie ! » Le prince, atterré, ne répondit rien à ce mot sanglant. — La retraite s'opéra sur Gand sans trop de désordre; mais toute la Flandre française fut perdue , la Picardie et l'Artois envahis et frappés de contributions ruineuses. Eugène investit Lille .le 12 août. Des partisans hollandais vinrent jusqu'à Sèvres, où ils enlevèrent le premier écuyer du roi, Béringhen, croyant prendre le dauphin ; ils étaient commandés par des officiers français réfugiés, et ayant, en conséquence, une connaissance parfaite du pays.

Lille, capitale de la Flandre française, prise en 1667, avait été incorporée au royaume par le traité d'Aix-la-Chapelle, l'année suivante. Vauban, qui l'avait fortifiée, remit un projet de défense à M. de Puy- Vauban, son neveu, ingénieur en chef et lieu-

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tenant-général, que Ton envoya dans la place. La garnison était nombreuse, les habitants dévoués, la citadelle solide et garnie de bastions fornddables. On avait de la poudre et du pain pour six mois; et BoufQers commandait.

Le prince Eugène dirigea le siège, et le duc de Marlborough le corps d'observation, leurs armées étant assez rapprochées Tune de Tautre pour se prêter un mutuel appui. — Carelscroon, à ce sujet, fait du lyrisme : « Le siège, dit-il, dura quatre mois. Si « l'histoire en était bien écrite, ce serait une autre (c Iliade, plus belle, plus variée et plus instructive que « celle d'Homère. Les héros et les demi-diebx n'y a manqueraient pas, etc. » Bouftlers fit une défense qui est restée célèbre. Il dut céder enfin aux cent mille hommes qui l'entouraient ; mais après une défense qui lui fît honneur. Eugène montra une trèsgrande habileté; on admire encore la conduite des convois de ravitaillement qu'il fît parvenir sous les murs de Lille *.

Gand et Bruges capitulèrent ensuite, presque sans combat.

Yillars fit en Piémont une rude campagne, mais

1. On ne cessa pas un seul jour, pendant le siège, déjouer ia comédie, et la salle était toiyours pleine. On y faisait^ entre deux ariettes, roraison funèbre des officiers tués le matin à ia tranchée. Cet épisode peut servir de pendant à la politesse de Fontenoy. Le prmce Eugène, par un sentiment ehevaleresque digne d'être loué, voulut que Boufflers irédigeàt les articles de la capitulation^ et, le soir de la prise, soupa chez le maréchal. — Quand on a aussi brillamment satisfait au devoir et à l'honneur que le braye BoufQers, il -est permis d'accepter un acte de courtoisie*

sans grands résultats. Attachons, en passant, le gouverneur d'Exîlles au pilori de Thistoire.

Il n'y eut point d'événements mémorables sur le Rhin.

Le maréchal de Berwick ayant été rappelé d'Espagne après Almanza, le duc d'Orléans garda la supériorité sur Tarchiduc, et continua ses progrès en Catalogne ; mais les moyens lui manquèrent pour le siège de Barcelone. Philippe V, absorbé par sa passion pour sa femme et par ses pratiques de piété, laissait le sceptre aux mains de madame des Ursins ; et Anne de la Trémoïlle, dans son travail quotidien avec son secrétaire Aubigny, s'occupait de choses plus sérieuses que d'envoyer aux armées du pain et des armes : personne, dans la patrie du Gid, ne daignait descendre à ces soins vulgaires. Un Français, nommé Orry, s'en chargea, et fournit à la cavalerie des bottes de carton.

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