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VILLA-VICIOSA

Le iO décembre 1710, Philippe V, fugitif le matin, coucha le soir sur un lit qui avait pour matelas et pour tentures des drapeaux enlevés le jour même aux Autrichiens. — Expliquons ce miracle. — L'ar-

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chiduc Charles, après les victoires de ses troupes à Almenara (27 juillet) et à Saragosse (20 août), était entré à Madrid le 27 septembre. Mais tout à coup Vendôme arrive, réveille l'enthousiasme des provinces castillanes, rallie à Yalladolid les vaincus de Saragosse, refoule les vainqueurs vers le Portugal et en jette une partie dans le Tage. Après ce début césarien, Vendôme s'arrête à peine, et va droit aux Anglais, auxquels il inflige, à Brihuega, en les faisant prisonniers au nombre de cinq mille avec leur général Stanhope, leur journée de Blenheim bien plus humiliante encore que celle qu'ils avaient déjà subie à Almanza ; arrête et bat à Villa- Viciosa les Autrichiens de Stahremberg, et ramène Philippe V à Madrid I — Peu de jours après, le duc de Noailles prit Girone. Le prétendant autrichien, forcé de chercher un asile dans Barcelone, ne conserva plus rien sur les Pyrénées, ni sur TEbre.

Beaucoup de gens, en France, ne virent dans ces succès presque fabuleux qu'un nouvel obstacle à la paix. Il existait alors, comme aujourd'hui, des partisans de la paix à tout prix; mais beaucoup d'autres pensaient que l'honneur est aussi nécessaire que le pain à la vie d'un peuple. On put, toutefois, prévoir honorablement la fin des hostilités après la disgrâce qui, dans les derniers jours de i7i0, frappa le parti whig, le secrétaire d'État Suderland, gendre de Marlborough, et le grand trésorier Godolphin. Le général anglais ne sombra pas encore dans cet orage, mais cela ne devait pas tarder.

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