NÉGOCIATIONS POUR LA PAIX
Louis XIV, après Ramillies, désira sincèrement la paix *. Des démarches furent tentées dans ce but auprès de la Hollande, qui avait voix prépondérante dans les conseils de la coalition. La république, par Torgane du grand pensionnaire Heinsius, répondit qu'elle ne traiterait que sur les bases suivantes : 1° Remise à la maison d'Autriche de l'Espagne et de tous les États dépendant de- cette monarchie dans les deux mondes; 2° rétablissement de la Barrière dans les pays-Bas, avec dé nouvelles places; 3® ac» croissement des avantages assurés au commerce hollandais à la paix de Ryswick.
Pendant que le roi cherchait à obtenir des conditions moins dures, le duc de Berwick gagna la bataille d'Almanza (25 avril 1707). On essaya en vain de faire comprendre aux Hollandais que Philippe V serait en mesure de leur accorder, pour leur commerce dans les Indes occidentales, des avantages supérieurs à ceux qu'ils tiendraient de l'Autriche. On arriva ainsi jusqu'en 1708. La journée d'Oudenarde n'était pas faite pour rendre les États-Généraux plus traitables. Les coalisés ne croyaient pas à la possibilité de la paix, tant que la France serait debout.
Le président Rouillé *, envoyé en Hollande au
1. Le marquis de Torcy, neveu de Colbert, alors ministre des affaires étrangères, présente, dans ses Mémoires, le récit complet des négociations suivies à La Haye, à Gertniydemberg et à Utrecbt.
2. On ose à peine raconter que l'envoyé du roi ne put se rendre
Digiti;
commencement de mars 1709, fit bientôt connaître à la cour que la coalition demandait d'abord :
Quant à TEspagne, la dépossession complète du duc d'Anjou * au profit de Charles III ;
Pour l'empereur et l'empire, le rétablissement du traité de Munster, avec l'interprétation donnée par les Allemands à plusieurs de ses articles ;
Pour l'Angleterre, la reconnaissance de la reine Anûe et de l'hérédité au trône en faveur de la ligne protestante, la restitution intégrale des conquêtes faites par la France en Amérique pendant la guerre, et l'expulsion du prétendant; laissant à entendre que le ducdeMarlborough, lorsqu'il serait arrivé, demanderait Dunkerquè, et probablement autre chose encore :
Pour le Portugal, le maintien des avantages assurés à don Pedro 11 ; pour l'électeur de Brandebourg, le titre de jroi de Prusse; pour le duc de Savoie, tous les territoires qu'il avait coùquis ou reçus, notamment Exilles et Fénestrelle; pour le duc de Marlborough, la principauté de Mindelheim.
en HoliaDde que sous un nom d'emprunt et à travers mille périls, car il faillit être enlevé en route par une embuscade tendue près de Bruxelles par le comte d'Âlbemarle. Heinsius ne daigna pas d*abord le recevoir, et il fut forcé de s'aboucher mystérieusement à Streydensaas, près de Moêrdyck, avec deux inconnus, qui vinrent là sans pouvoirs, et commencèrent alors ce long jeu du tigre avec sa proie, auquel nous allons assister. Torcy apprit plus tard que ces inconnus étaient Buys et Wanderdussen, qui vont jouer un rôle. On était loin du temps où les ambassadeurs français parlaient en maîtres à La flaye.
1. Les coalisés, jusqu'en 1712, affectèrent de donner ce nom à Philippe V.
APPENDICB. 343
La république ne s'expliqua qu'en dernier lieu sur ce qui la concernait elle-même. Voici ce que recelait cette réserve :
4® Le rétablissement entier du tarif de 4664, sans exception de marchandises (promis trois ans auparavant par le marquis d'Alègre) ;
2® L'extension de la Barrière depuis là mer jusqu'à la Meuse, en y ajoutant Lille, Menin, Ypres, Purnes, Condé, Tournay et Maubeuge ;
3® L'établissement de garnisons hollandaises dans Bonn, Liège et Huy.
On ne cacha pas à Rouillé que l'on désirait, pour le duc de Lorraine, Toul et Verdun.
Après les souffrances ajoutées par l'hiver de 1709 à celles de la guerre , la paix était si ardemment désirée que le roi consentit à traiter sur ces bases, malgré leur dureté.
Les choses traînant en longueur, le marquis de Torcy se rendit lui-même à La Haye, car il était important d'obtenir une solution avant l'ouverture de la campagne. Heinsius ne fut pas médiocrement étonné lorsqu'il reçut, le 6 mai, la visite du ministre. Peu de jours après, Eugène et Marlborough arrivèrent, et les clauses d'un traité de paix furent débattues dans de longues conférences auxquelles assistèrent tous ces éminents personnages, ainsi que le président Rouillé, Buys, pensionnaire de la viUe d'Amsterdam, et Wanderdussen, pensionnaire de Tergow.
Heinsius montra plus de modération qu'on n'en attendait de sa part, mais resta inflexible.
344 APPENDIGJB.
On entendit avec surprise Marlborough protester de son respect pour le roi, rappeler le temps où il avait rhonneur de servir sous Gondé, Turenne et Luxembourg, et parler très-affectueusement de son neveu le maréchal de Berwick, qu'il aimait comme un bon parent et honorait comme un grand capitaine. On eût dit à chaque instant qu'il allait se livrer, mais cet abandon apparent était calculé pour capter la confiance des négociateurs. Torcy avoue, dans ses Mémoires, qu'il lui of&it quatre millions. L'Anglais eut l'air de ne pas comprendre, soit que ce ne fût pas assez, soit que son patriotisme, dans cette grave conjoncture, l'emportât sur sa propension à la vénalité ; depuis longtemps, d'ailleurs, son absence de scrupules l'avait affîranchi des préoccupations relatives à sa fortune privée.
Eugène parla peu ; mais il demanda carrément pour l'archiduc l'Espagne, l'Amérique, Strasbourg, l'Alsace, la Franche-Gomté, la Lorraine et la Bourgogne. Un jour il posa cette question : « Croyezvous que le roi permette le passage en France d'une armée impériale marchant contre le duc d'Anjou ? » Ses amis, par un sentiment de pudeur, restèrent muets.
Buys déclama comme un démagogue.
Wanderdussen ne parut qu'un comparse attaché à son fougueux collègue.
Rouillé s'effaça devant Torcy, qui défendit la France avec une grande habileté de parole, une connaissance parfaite des matières d'État, et un patriotisme digne du nom qu'il portait.
Digiti;
Chaque jour fut marqué par des concessions de la part du ministre, qui avala courageusement jusqu'à la lie ce calice d'amertume, sans obtenir d'autre résultat* que des exigences nouvelles et plus dures. On arriva ainsi jusqu'au 23 mai, discutant toujours sans rien conclure. Eugène et Marlborough ayant dit qu'Us étaient obligés de partir, Torcy crut ne pouvoir retirer d'autre utilité de son voyage que de connaître au moins d'une manière positive les prétentions des enmis de Sa Majesté, et il pria Heinsius de lui remettre un projet dans lequel on s'expliquât clairement à cet égard. Le ministre reçut les Préliminaires le 27 au matin, en présence de Buys et de Wanderdussen. Ayant reconnu, à la première lecture, les conditions cruelles et les pièges de cet acte odieux, il ne lui resta plus qu'à gémir sur l'inutilité de ses démarches, et il quitta La Haye le 27 mai au soir, après y être resté vingt et un jours, emportant le souvenir des affronts qu'il avait dévorés, et le projet de traité dont voici les dispositions principales * :
1® Reconnaissance de Charles ITI en qualité de roi d'Espagne, des Indes, de Naples et de Sicife, et généralement de tous les États dépendant de cette monarchie dans les deux mondes, en réservant ce qui doit être donné au roi de Portugal, au duc de Savoie et aux États-Généraux pour compléter la Barrière.
1. Nous ne donnons que la substance de ce document ; il faut lire le texte original pour voir ce qu'il contient d'insinuations perfides et pleines de fiel. Tous les pourparlers ultérieurs^ pendant plusieurs années, roulèrent sur ce monument sans pareil de haine et de fourberie; il est donc indispensable de le connaître.
2^ Le duc d'Anjou quittera TEspagne dans un délai de deux mois. Si cette clause n'est pas exécutée, le roi très-chrétien et les princes et Etats stipulants prendront de concert les mesures convenables pour en assurer l'entier effet.
3* S. M. Très-Chrétienne retirera, dans le terme desdits deux mois, les troupes et les officiers qu'elle a présentement en Espagne, en Sicile et dans tous les États de cette monarchie, promettant, en foi et parole de roi, de n'envoyer désormais au duc d'Anjou, ni à ses adhérents, aucun secours, soit de troupes, artillerie, munitions de guerre ou d'argent, directement ou indirectement.
4'* La monarchie d'Espagne demeurera tout entière dans la maison d'Autriche, sans qu'aucune de ses parties puisse jamais en être démembrée en faveur des Bourbons. Aucun roi ni aucun prince de France ne pourra jamais régner en Espagne, ni acquérir dans l'étendue deladite monarchie aucune ville, fort, place ou pays, dans aucune partie d'icelle, principalement dans les pays-Bas, en vertu d'aucuns dons, ventes, échanges, conventions matrimoniales, hérédité, appel, succession par testament ou ab intestat^ en quelque sorte et manière que ce puisse être, tant pour lui que pour les princes ses enfants, frères, leurs héritiers et descendants, qu^ pour aucun prince français.
5° Remise immédiate à l'empereur, de Strasbourg et de Kehl, avec leurs dépendances et appartenances situées des deux côtés du Rhin, le canon, l'artillerie et les munitions de guerre qui s'y trouvent.
Digiti;
ô"" Remise immédiate à l'empereur, de Brisach et de son territoire, avec le canon, l'artillerie et les munitions de guerre.
7° S. M. Très-Ghrétie*nne ne possédera désormais l'Alsace que dans le sens littéral du traité de Westphalie ; en sorte qu'elle se contentera du droit de préfecture sur les dix villes impériales de ladite Alsace, sans néanmoins étendre ledit droit au préjudice des prérogatives et privilèges qui leur compétent comme aux autres villes libres de l'empire. Les fortifications desdites villes seront remises au même état qu'elles étaient alors. L'empereur gardera Landau.
S*» Démolition, aux frais de la France, des forteresses qu'elle possède présentement sur le Rhin, depuis Bâle jusqu'à Philipsbourg, nommément de Huningue, Neuf-Brisach et Fort-Louis, ainsi que de tous les ouvrages dépendant dudit fort, en-deçà et au-delà du Rhin, sans que jamais on puisse les rétablir.
9* Remise de Rhinfeld et de ses dépendances au landgrave de Hesse-Gassel.
10° L'article 4 du traité de Ryswick au sujet de la religion, étant contraire à la paix de Westphalie, sera rectifié lorsqu'on négociera la paix générale.
11* Reconnaissance de la reine Anne et de l'hérédité à la couronne d'Angleterre dans la ligne protestante.
12* Cession à la Grande-Bretagne de Terre-Neuve et de tous les pays, îles, forteresses et colonies dont les armes de S. M. T. G. ont fait la conquête depuis la guerre.
13° Les fortifications de Dunkerque se;ront rasées
Digiti;
et son port comblé, dans un délai de deux mois, sans qu'il soit jamais permis de rétablir ces ouvrages, directement ou indirectement.
14*' Le prétendu roi delà Grande-Bretagne sortira de France.
15® Un traité spécial réglera les avantages assurés au commerce anglais.
16° Maintien des concessions faites au roi de Portugal par les alliés.
17° Reconnaissance du roi de Prusse, qui conservera la principauté de Neucbâtel et le comté de Valangin.
18° Furnes, Furnembach, le fort de Kenock, Menin, Saverge, Ypres avec ses châtellenies, Lille avec sa châtellenie, Tournay, Condé, Maubeuge et Gueldre seront remis aux États-Généraux, en Tétat présent où sont lesdites places, et spécialenoent avec le canon, Tartillerie et les munitions de guerre qu'elles contiennent.
19° Reddition, dans le temps qui sera réglé, de toutes les villes, forts et places que S. M. T. G. occupe dans les Pays-Bas espagnols, avec le canon, l'artillerie et les munitions de guerre.
200 S. M, T. G. s'engage à ne faire sortir, dès h présent, ni canon, ni artillerie, ni munitions de guerre, des villes et forts qui devront être rendus ou cédés.
24° Extension considérable des droits assurés au commerce hollandais par le traité de Ryswick.
22° Reconnaissance d'un neuvième électorat, en faveur du duc de Hanovre.
Digiti;
23* Le duc Victor- Amédée sera remis en possession de la Savoie, du comté de Nice, ainsi que de tous les territoires qui lui appartiennent héréditairement, et gardera tous les pays, États et places que l'empereur et les alliés lui ont donnés. — Ce prince aura en outre Exilles, Fénestrelle, Ghaumont et la vallée de Pragelas, jusqu'aux monts Genèvre qui serviront désormais de barrière entre la France et le Piémont.
24* Quant aux ci-devant électeurs de Gologne et de Bavière, leurs demandes et prétentions seront remises à S. M. Impériale et à l'Empire, pour qu'on puisse en parler aux traités de paix. S. A. E. Palatine conservera le Haut-Palatinat et le comté de Gham. Donawerth restera dans la mêi^e situation. — Les garnisons des États seront maintenues dans Huy, Liège et Bonn.
25° L'empereur, la reine de la Grande-Bretagne et les États-Généraux se contenteront de ce qui leur est accordé respectivement ci-dessus; et, dans la négociation générale, ils ne prétendront pas d'autres conditions que celles qu'ils coucheront dans un catalogue ou liste séparée. — Pour l'Empire, les quatre cercles associés, le roi de Prusse, le duc de Savoie, le duc de Lorraine, et autres alliés, il leur sera libre, outre ce qui leur est accordé ci-dessus, de faire dans ladite assemblée générale telles demandes qu'ils trouveront convenir.
26® Les articles ci-dessus seront exécutés dans un délai de deux mois, pendant lesquels il y aura cessation d'armes de toutes les hautes parties qui sont en guerre.
Digiti;
27» Le roi T. G., afin de prouver son désir de terminer cette sanglante guerre dès à présent, promet, aussitôt la ratification desdîts articles, d'évacuer Namur, Mons et Gharleroy avant le 15 juin prochain; Luxembourg, Condé, Tournay et Maubeuge quinze jours après; Neuport, Furnes, le fort de Kenock, Tpres, Strasbourg et Kehl, avant le 15 juillet; de raser les remparts de Dunkerque, et d'en combler le port, avant deux mois.
28* Tout ce qui est stipulé en faveur des alliés sera exécuté avant le 1" août de la présente année.
29* Moyennant ces conditions, la trêve continuera jusqu'à la paix générale. Les alliés ne contribueront en rien aux dépenses qu'entraînera l'exécution du traité.
30* Un congrès sera réuni, le 25 juin, à La Haye, pour traiter de la paix générale. Tous les rois, princes et États seront invités à envoyer leurs minis* très à cette réunion.
31* Ainsi fait, convenu et signé par les plénipotentiaires de S. M. Impériale et de S. M. la reine de la Grande-Bretagne.
Les ennemis du roi, sous le titre d'articles de paix, ne lui proposaient qu'une trêve de deux mois, qui leur ouvrirait toutes nos frontières du nord, de l'est et du sud-est, et les mettrait au cœur de la France. Get ultimatum du 27 mai 1709 pouvait se résumer ainsi : Livrer la France déshonorée. — « Mystification insolente, dit Michelet, mais méritée « par l'excès de sottise de gens qui s'en allaient « pleurer devant l'ennemi, qui énervaient ainsi la « guerre à l'ouverture de la campagne. »
• Le triumvirat offrait à dessein des conditions inacceptables. Heinsius, Marlborough et Eugène voulaient continuer la guerre : le premier par haine ; le •second pour garder un commandement qui lui donnait le pouvoir et des richesses ; le troisième pour la gloire. Tous trois, afin d'enflammer Topinion, firent imprimer en Hollande, et répandre partout, des libelles diffamatoires contre Louis XIV. Des réfugiés français les secondaient dans cette guerre lâche.
Louis XTV rejeta les propositions honteuses qui lui étaient faites ; exposa, dans une lettre simple et digne aux gouverneurs des provinces, Finsuccès de ses efforts ; el fit un appel à la France. — La voix de la raison n'ayant pu se faire entendre, ce fut au canon à prononcer sur la destinée des peuples.
La situation de la France à cette époque est si connue, qu'il est inutile d'en reproduire ici le sombre tableau. L'hiver de 1709 *, suivi d'une famine, produisit une misère navrante; et le Trésor était vide. Après Chamillart, Desmaretz, Torganisateup de la banqueroute, trouva de l'argent comme. un fils de famille qui se ruine, et traita les créanciers du roi comme Don Juan traite monsieur Dimanche.
Encore n'aurait-il pas pu se tirer d'affaire sans un prêt de 30 millions que firent les négociants de Saint-
1. 11 y eut à Paris, dit M. Duroy, jusqu'à 23 degrés de froid {Histoire de France, II, 351).
Halo. Quant au ministre Voisin, il avait fait en dirigeant réconomat de Saint-Gyr son apprentissage de la guerre. Il fallait cependant combattre, ou se résigner à voir bientôt les ennemis en pleine France,
Voici comment Desmaretz, qui avait la conscience large, trouva un jour quatre millions que Samuel Bernard refusait de prêter, et qu'on ne pouvait se procurer, une dépréciation énorme ayant atteint toutes les valeurs en papiers, telles que billets d'État, billets de monnaie, des receveurs généraux ou des tailles, billets d'ustensile, etc. Les produits doublés et triplés de la capitation ayant été dévorés d'avance, cette éponge tant de fois pressée n'était plus qu'une pierre, un silex incapable de rien produire sous la meule. Le roi cependant veut les quatre millions ; il les faut : en voilà cinq, mais comment obtenus? Nous laissons à M. Oscar de Vallée la responsabilité de l'anecdote.
« Les laquais du contrôleur général fournissaient habituellement aux agioteurs, qui les leur payaient fort cher, les secrets qu'ils dérobaient dans le cabinet de leur maître.
(( Desmaretz, qui l'apprend, a l'idée d'en profiter pour procurer au roi les quatre millions que celui-ci exige. Il fait fabriquer pour trente millions de billets de la caisse des emprunts et les riemet à Samuel Bernard, pour qu'il les négocie ; mais afin de donner à ces billets une valeur qu'ils n'auraient pas eue sans cela, il rédige un projet de loterie, et laisse sur son bureau ce projet rédigé. — Les agioteurs le connaissent aussitôt; ils y trouvent une raison de
Digiti;
s'arracher les billets de la caisse de^ emprunts, auxquels ils supposent un grand avenir; leur crédulité fait monter, en quelques jours, les valeurs de 35 à 85 pour iOO. A la faveur de cette hausse, Samuel Bernard écoule ses titres qui ne lui ont rien coûté, et réalisé pour le roi plus de quatre millions.
c( Bientôt on connut le secret de l'opération, et son caractère hautement frauduleux^ Les billets baissèrent des deux tiers, et furent appelés des Bernardines. » {Les Manieurs d'Argent,)
Après Malplaquet, il fallut se résigner, pour obtenir la paix, à une troisième tentative auprès de la Hollande, avec laquelle on avait toujours entretenu quelques correspondances, soit pour en recevoir des avis sur la marche générale des affaires, soit pour renouer une négociation. Le roi fit savoir à Heinsius qu'il accepterait les Préliminaires de J709, pourvu qu'^n apportât quelque tempérament aux articles 4 et 37 (2 et 29 du résumé que nous avons donné plus haut). D'après l'article 4, le duc d'Anjou devait, dans un délai de deux mois, remettre l'Es* pagne et la Sicile à Charles IIL L'article 37 subordonnait la paix à l'exécution de l'article 4. Or, leroi était sans action sur l'Espagne, puisqu'il en avait retiré toutes ses troupes, et il n'existait pas en Sicile un seul soldat français. En outre, Philippe, bien que réduit à ses propres forces, ne cessait de déclarer qu'il ne consentirait jamais à descendre du trône.
Digiti;
A Versailles, les plus grandes difficultés parurent aplanies par Tadhésion aux Préliminaires. Le moi» d'octobre avançait; les hostilités ne pouvaient être reprises avant le printemps. Il paraissait impossible que d'ici là on ne parvînt pas à s'enteodre. Mais la Hollande, par ses lenteurs calculées, fit perdre tout cet hiver sur lequel on comptait, et en avril 1710 rien n'était fait.
Les Etats daignèrent enfin désigner pour les conférences la forteresse de Gertruydemberg, située au fond du Moërdyck. Le roi choisit pour le représenter le maréchal d'Huxelles, homme également propre à remplir d'une manière médiocre tous les rôles, et l'abbé, depuis cardinal de Polignac, célèbre par ses. succès dans les lettres latines , son éloquence et les grâces de sa personne. Ces deux diplomates arrivèrent, le 9 mai 1710, au Moërdyck, où Buys et Wanderdussen les attendaient; et ils furent en quelque sorte internés à Gertruydemberg comme d«s prisonniers d'Etat. Ils passèrent là deux mois et demi, sans pouvoir obtenir de se rendre dans une ville plus voisine du centre du gouvernement, et accablés d'humiliations que leur envoyaient de La Haye Heinsius, Eugène, Marlborough, et le comte de Sinzendorff abassadeur impérial. Ils repartirent le 25 juillet pour la France, après lé rejet de toutes leurs concessions, rapportant, comme fruit unique de leurs efforts cette exigence monstrueuse, que te Boi devait, pour obtenir la paix, s'engager àconrquérir seul VEspagne, les Indes et la Siciie sur h duc d* Anjou, dans Vespace de deux mois, pour te^
Digiti;
APPENDICE. 3b5 '
remettre à Charles II L — Louis XIV résuma la situation par ce mot si connu : « Puisqu'il faut faire la guerre, faime mieux la faire à mes ennemis qu'à mes enfants. »
Nous ne croyons pas devoir parler plus longuement des conférences de Gertruydembeg, parce qu'on n'y fit que ressasser les Préliminaires et ergoter sur les articles 4 et 37 , en entremêlant tout cela de propos acres et de réticences menaçantes.
Le Triumvirat ne voulait traiter qu*à Paris *•
i . Priacipaux ouvrages à consulter sur la guerre de la succession d'Espagne :
' Mémoires de Saint-Simon. — Mémoires de Villars, de Berwick, de Noailles et de Torcy (Collection Michaud et Poujodlat). — Voltaire. Siècle de Louis XIV, — Négociations relatives à la succession d'Espagne sous Louis XIV; correspondances, mémoires et actes diplomatiques, concernant les prétentions et iavénement de la maison de Bourbon au trône d'K.-pajine. Avec un texte historique et une introduction, par M. MiGiNEc — Mémoires militaires relatifs à la succession d'Espagne sous Louis XIV, Extrait de la correspondance de la cour et des généraux, par lé lieutenant^général DE Vault, revus, publiés et précédés d'une Introduction par le général Pelet. On a joint à cet ouvrage un grand nombre de cartes ioRgnifiques et très-exactes. Archives du Dépôt de la Guerre et du Finistère des affaires étrangères. — Mémoires et correspondance de Louis XIV. — Le P. Daniel. Histoire de la Milice française.
— Colonel RocQOAN COURT. Cours d'art et d* histoire militaire. — Théophile La vallée. Les Frontières de la France. — Henri jllARTiN. Histoire de France. — Ddrut. Histoire de France. — Histoire militaire du prince Eugène de Savoye, du prince et du cluc de Marlhorough, et du prince de Nassau-Frise, par le baron deCLiREXSCtROON. La Haye, chez Isaac Van der Kloot, mdccxxix.
— Mémoires de Lamberty. La Haye, 1734. —Général Joachim Ambert. Esquisses historiques des différents corps de Varmée française. — Camille Rousset. Histoire de Louvois. — Michelet; ]Lû«ts XIV ei le duc de Bourgogne • — Ch. Weiss. Histoire des Réfugiés protestants de Franc-, — Ma gaula Y. Histoire d'Angleterre.