ibon. — L'eiitrw .le Libreville
paillée ilu cri ai^re dos paonneaux dans les taillis. Les habitations sont bàtios sur piliers en maçonnerie. Des réverbères au pétrole, malgré de maigres attitudes de penaudo timidité, affirment des services municipaux.
Plus loin, vers les cases pailleuses en palissades debambous, les routes deviennent un piétinement ilt^ clmmins vajruesque les plantes clierchent à reconquérir ; un sentîei' poursuit dans la campagne, à travers un gâchis d'iierbes et une indiscipline de brousse où glissent et so Caufllent des serpents.
iiif i
BB««iiiri
he^h^
La population — assemblage de peuplades sénégalaises confondues avec le Krou et le Mpongoué — est faite d'un contact do races, d'espèces et de tribus mélangés en •; tous couleurs » — comme on dit au commissariat. Le type se diversifie en variations nombreuses, en grands gaillards très noirs, en joufHus goudronnés, en carcasses osseuses, en drôleries de tignasses et de tatouages. Il est ainsi, l'ensemble ; — un peu
pantins de cuir sombre par les gesticulations en saccades, — un peu caricature américaine par les dents en scie et les yeux en rondes saillies d'elfaremcnt, — et, au total, d'expression gaie avec de gros appareils de mâchoire et des grincements (le vivo. Sous \o cliic d'un ((mire dôjotr, campé de ituingois, ces l)r)nsli()!nnios, dans U'urs drolati([uos titlitud<\s, semblent ai)pcJ routés à dos ciniuos, à dos fainillos do clowns noirs.
13o;iU('oup portoiit |o coutoiui ou roust<K*lio lirolé le long du bras. Un iiivuid parossfMix, immobilisé, a uno jupo do flanelle trouée ot un cliapoau do i)aillo formo canotior. Tn autre, coifl'é d'une cas(|u<nt«^ do jock<\v, sautille dans la Joi<^ d'avoir trouvé une boutoillo. Los lommos se votent d'étoiles longues, en pièces tombantos, tonduos aunb^ssus dos scmus — ou au-dessous. Une négresse, n'ayant «[u'uin* uni(iuo boucio d'oroillo, porte un gros i)arai)luio do coton on manifostation d(^ chic, et elle répond à notre souriant(^ attention par d(^s c(''rémonies balourd(*s (4 dos révéronc<'s do foll(\ Aux environs dos bouticjues, des gamins, on morc<viux do calovon, i)ortont sur la téti^ do légères charges empaqmMées dans un foulard. Au milieu ^V\\n groupe, uno grosse femme noire fume goulûment uno pipe de racine ; mais en ayant assez do cette Joie de tabac, elle passe la pipe à la bouche de sa voisine qui continue, avec un même plaisir, cette pipe de société.
Une Européenne en robe blanche, le casque portant, en bavolet, un couvre-nuque en dentelle, passe en hamac de transport, en tippoï, porté par deux noirs en longue chemise.
De pauvres diables, les pieds à moitié dévorés, le corps habillé de déchirures, rôdent et supplient. Une misérable a un mioche, tout on sourire, attaché sur le dos; une autre boite, fureteuse, la poitrine offerte au sohMl et à la curiosité.
Ce mouvement do chiffons, à petits i)as, avec des yeux à laffùt, prend la direction du marché où se vondcMit d<^s nattes curieuses, de fétide tabac, des morvoilh^s do fruits. Là. le boucher, le seul du pays, ne tue le iKxnif ([u'au moment où toutes les parties do la bote ont trouvé preneursurengag(Mnont sigui'» : l'acheteur s'inscrit par avance comme sur une feuille d(^ location.
rif'rs .iilniiralilcs, arln'os iniiHis;inl«, i''cim''s i^ii iih)IVi\iiix li'iirfliilivliin'.'nnil li> loiii;:, on i)nniiiMi;iiI<\flàiHMll Ii-s (;;il)(ni;iisi's, li's iiiiiivrcssos oi li's l'i'iiiiiics on éviiicncc, doiH le iiKiliiiiroil nsliroiifff (1).' loilrHi- se viiiil'', très oiiviTtoiiifiil, do.s favinirs (rEiiropéPiis,
Il rii i!sl qui ponoiit six l't iiunno huit (■li(>villtèn's iuiiicliiiil (If tiiivr'^ lo liîis ilii m()ll<M ; l'uiK^ ploio sons uni' iiianno fio'h''!' an dus c'omini' uiif hotlo; ciillo-là si» pavanf ou nilif l)lanclii> In'-s (lécdlloiéf*, — l't, toui-lu'c d'un coniplinionl assi'X iinportinont iiui lui est ilOciiché au passage, se prélasso, so lortillo ot ranipc tuui son Drgupil do fomnio dans coiio atlontion. Boaucrjup ont do vrainioiitliollos alliludos. nui! mandio souple ot flcxueuso, lo liuste lirosso ou iiorli'; ollos uiotleiit de la soleuuité dans le drapouii'ut des ôtoffos, — mais craclioul comme
(les cliarrotiors.Bon nombro aussi, bavardes et curieuses, nous dévisagent, nous analysent avec effronterie, gloussent une c(iuivoque gaieté, font de grosses singeries dont le sens nous écliappe : et Tun^^ <le celles-là, ai)rès nous avoir envoyé un brocard certainein<Mit carabiné, va niaisement se tapir, se dissiniubM* dans h^s In^rbes.
Dans un silence très pur, la i)ronienade est abstrayante et les instants de charme, pur les allées et les vallonnements, par les replis et les détours du jardin des essais. Le parc est une organisation d'expériences végétales, le plein air d'un laboratoire floral, un majestueux jardin (racclimatation de la plante écjuatoriab^. Partout — à l'aise dans les soins de leurs régimes respectifs — une abondante curiosité de végétaux fantasques, gracieux, dittbrmes, ou bien nnMtcmt la gaminerie d(»s pimprenelles autour de la sérénité des i)lant(^s grasses, ou bien enlacent des aral)esques minaudières sur des feuilles de vieille soie et sur des fleurs en rosaci^s de perles, ou bien secouent des dentelles de fougères, ou l)ien accrochent des lianes parasitaires en longues fausses barbes aux difformités d'un baobab. Des arbres ont d(^s silhouettes d(^ mania(iues;d'autres, sauvages hirsutes, portent leurs feuilles en flèches. Les dragonniei'S,trôs hauts, sont présidentiels. Des souches trapues bedonnent en bulbes arrondies; d'autres se targuent d'aigrettes immenses, de glorioles en gigantesques épanouissements. Toute la lignée des. l)almiers très aristocrates, palmi(M*s à huile et palmiers rares, s exhibent, les branches ou ramures lourdes et i^raves. D'autres encore, les limbes et les [xMioles en nervurc^s d'énergie, se blasonnent d(^ nœuds et d'exfoliations ou s'attachent au sol sur un accroupiss(Mn<'nt do racines, dans dc^s attitudes animales. Les bambous sont (Mi massifs impénétrables, en cohue anarchiqmM't enchevêtrée; ci les bananicM's agitent leurs branches
conimo (lo loiiguos ciilos vortos... Partout, dos fleurs en clochottos gémiuéos, on cornots blous, en évasonionts do coupes, mettent des coquetteries étranges, neuves, exaltantes. Ces fleurs ont dos folàtrorios do couloui's, un art do nuances très dolicates inventant du rose d'iuiroro, s'altinant dans dos teintes extenu(M>s, do niysti([ues onluniinuros, dos tons jetés à travers une docoini)osition de i)risni(\.. Des fleuraisons sont arrondies ot gonflées, jaspées do lueurs comme de légères bulles; les boutons cra(|Uont, los bourgeons s'ouvrout comme de jolis secrets et des fleurs on grappes retombent, lasses, défaillantes comme los stances de cet enchantement de poésie. C'est de l'inédit do toutes les couleurs, tondre comme des essais de corolles, comme des joliesses de frivolités pi'éciouses, comme une ingéniosité charmante, chercheuse dos genres à lancer : on se croirait dans une fabrication de fleurs à la modo prochaine. Et en face, l'attention rencontre, dans un quartier plus positif, de grosses i)lantes de menthe, le cotonnier duveteux à fleurs jaunes, les fromagers et les raphias, les mangues à la crème, des commencements de cacaoyères, los cafétories...
Parmi le vertigineux fouillis des caprices (jui vivent et trépignent dans cette toute licence de végétation, on trouve de jolis mouvements d'idées; on perçoit des poussées crinspiration surgios dans la bizarrerie des dessins, dans l'inattendu dos tons, — on cette retraite tiède, paisibleuient lal)orieuse, au milieu d'un grand divertissement de couloui's... Et, dans l'étonnante mise on scène du fastuenx climat africain, résident, accucMllantos, des paresses sentimentales, un recueillemenl préparatoire, une juvénile extase.
V(M*s doux heures, un coup de canon est tire sur le gaillard d'avant : nous franchissons la Ligne.
L'enjambée est faite dans l'hémisphère Su(L