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La iiiasccircHl<^ noptiiiiionno, los formalités <lo savoiinn^s o\ \ (l<^ hai^iiculos soiil nccoinpiios on ttjpairoux iirroi, — avoc coii-
I (•(sssion (lo i^ourhoiro aux lionimos do IWiuipaiio...
, Il parciit qiio ro cnriiavnl ôjoiiit, jusqu'au dôliro, los i)lus
♦ (Miiioncrs (Imiis lour ofTicialitr. Lo tonips ostdnnc hiou louir, o\
l(\s dislr.'K'tions, uiônio do i)<'Hivro qu;dito, chôroinout jiroj ciousos i)()ur l(^s pors()un(^squi, sans politosso onvors lour f(M'li-
{ lito (rint(^]l(H't, confossoiit Irouvord^^ Toniiui dans l<i solitudo,
— qui ost rin(iniit('' nvcc soi-iuônio.
Trois jours d(^ flotUnsou sur los ahiuios hlouàtros, dans los vai)orisalions chaudos do Tatuiospliôro, — oi puis, los oaux hrouillont lour hollo lonalito. Los hleus passont au jauno, puis au brun linionoux; ollos portont dos déhris végétaux : nous outrons dans l(»s oaux los plus avancoos du Congo.
Le flouvo, par son onihouchuro do douzo kilomètres do large, projetant sa masse énorme de cent mille mètres cubes à la seconde, se dilate, se gonfle dans un affranchissement; il s'évade dans les immensités de l'Océan, et son irruption, on hâte de fuite, repousse la mer; il se fait place immensément et se déploie. Le courant du fleuve se marque encore avec vigueur à trois lieues au largo oi s'épanouit le long dos côtes. Ce sont les confins de cette masse liquide, la frontière de cette province congolaise dans les eaux de l'Océan, que nous abordons.
Lo ton bleu dos (Viux est ontièremont rongé ; la mer est jauno boue, un jauno assez clair néanmoins, un jaune où il y a do l'ambre ot do la topaze brûlée. Des kilomètres plus loin, l'onde, encore un peu plus foncée, devient jus de tabac, — et des herbes, des branchottos, dos feuilles, dos détritus flottent, emportés ot tournoyants dans lo courant.
Nous considérions cette teinte, recherchant d'analytiques
équivalences, quand un steward accoudé au bastingage dit à un autre.
— L'eau du Congo a la couleur du café que nous servons le matin...
Aux colorations de bistres caféeux, se combinent des bruns (diocolats trc^s clairs qui annoncent la mer envaliie, conquise par les'venues fluviales. Les endi'oits où les deux courants se rencontrent c^t luttent sont maniués de grandes phniues et i\o lignes (reçûmes, Jaune purin.
Lecielnussi modifie ses arrangements; il s'opri'c un alourdissement d(^s nues, une condiMiScition en moiteur, à Tapjjroche du continent ((ui s(^ dissimule» (Mieore dans un tivs lointain cb» nuages Lii'is clair, sui* tond l'ose.
Une lieure (b^ stationnement devant Cabinda.
Un redent de la cote, descendant de Loango, cintre une baie vaste à Tabri des vents et tient tête â la mer l)ruissante, au cavalement des vagues qui assiègent. Les bauteurs, en saisies roux, sont moussues de végétation ; des arbres se s^n'rent en massifs, se fabriquent et écbangent une récii)rocité d ond)re. Les pins parasols étagent leurs ramifications; des ])aobal)s déjetés se mêlent aux cocotiers, dont le redressement a des airs de curiosité inquiète et épiante.
Des toits blancs, des toits rouges, épars, disséminent des fragments de petite ville; les entrepôts, les factoreries se distinguent où opèrent les juifs noirs.
Un soleil tyrannique empourpre le sol; la province des Mavoumbu, coucbée au long de la mer, jjarait dans un engourdissement de grosse cbaleur. Le sol, avec, par-ci, i)ar-là, des ombres en gris cendreux, semble se consunnu* dans les colonnes cb^ fumées qui montent, à travers Timmobilité do l'air, au-dessus des loni^s feu d'herbes.
Le premier juillet; \o (lojeanor fini, il ost une heure. Le temps est ineftahlement clair.
Trois cormorans, le bec en hameçon, se livrent autour do nous à une pcche zii^za^ante.
Et, A la fin, elle est signalée, la houée, la [)remicre houce qui, en ploiiK» mer, annonce Tenihouchure du Coniro... On l'aj^erçoit tn'»s l)i(Mi. Puis, on le loniie, — et on le scrute, on le considère, ce iiremier siit'nal conj^'olais, comme on dévorera tout, de reuards avides, dans \o vaste i)ays neuf, (jui est là, — enfin !
Nous sommes au seuil de la réalisation d'un t»rand désir. Une anii'oisse do curiosité nous tient : devant la soleunelle présentation à la contré(^(le mystén*, î\ coiio majesté delà iréoti'raphie.
On dévisa ti:e l'horizon...
De petits arbres se distiniz:uent, jiicjués en minuscule ranimée»: des points sur une Wtxno d'eau. Les côtes se tracent en linéaments discontinus. La pointe de Banana s'ébauche, et sous des végétations mouchetant resjjace, iirandit et se précise.
A icauche, les levées de terr(^ «lu continent déroulent un lonir décor acajouté, dressent des ai)par(Mices de falaises roussies, ombrées de venlures.
Les eaux troubles, pâteuses et brunes, triturent do vilaines écumes.
En lente i»Tandeur, dans rapi)r()che du steamer, le paysaire se constitue; des morceaux se forment, se complètent; des masses se posent, des détails — comme la mission de Moanda en blanc, à mi-cote — vivent par la netteté; des détails encore, en quantité, s'accumulent dans un tableau d'une impression vaste, immense. Une énorme baie taille, en trouée formidable, un morceau d'horizon : le tieuve béant ai)paraît comme un morceau de mer, comme une annexe de l'Océan. La lA'randeur souveraine du Conf»'o, dans un estuaire illimité, allontte des plaines d'eau surajoutées a l'Atlantique.
La pointe Shark, la pointe portui^aise ou pointe des requins avance des i)lafres de sables clairs suivies de dunes très boisées. Sur Pavancéi^ do Banana, voici maintenant les bâti-
monts on carrés blancs, et Ip ^rand drapoau l)lou qui bat coiumo liouroux crafflrmor sa paronto avoc los couleurs claquant à notre mat.
Lo bateau avance encore, pataugeant dans les mousses jaunes d'une eau très réixlisse, une eau de fleuve nèj^re.
Les flots liouleux se franii:ent de bouillonnements d'écume et tracent de longs circuits, d'amples méandres. Le renflement des terres boisé(^s s'api^roche. Les îles font des lisérés bleus sur le fond de Buland)emba. Des nuées cotonneuses semblent l)erdues dans Timmensité du ciel. Et le spectacle, — sans soleil oi néanmoins grandement lumineux, — est nn pi'estige.
Le st(\'nner stoppe dans cette puissante beauté, devant un paysago étrangement doux et sauvage à la fois, i^ensif o\ impressionnant dans ce grand al)andon des solitudes.
Des signaux ont demandé \o service sanitaire, ont requis un pilote.
La i)remiére manifestation administrative du Congo est, aussitôt, Tapprocbe d'une baleinière élégante, coquettement blancbe, battant pavillon à étoile d'or, amenant les fonctionnaires o\ conduite par les marins de l'Etat. Ces marins, d(^ bonne allure et tirant avec crânerie, sont des indigènes; ils portent la vareuse blanche à galons bleus, et, entre les rabats de la vareuse très propre et largement échancrée, se fonce un triangle de poitrine nue et sèche. Le béret est campé n'importe comment, avec des variétés de déformations; mais la naïveté de coitture est sans intention d'effets, la possession du béret étant une suffisante affirmation de dignité. Ces hommes, le front bas, la physionomie de sérieux grossier et simple, la face couturée, tatouée, avec des gouttes de chair sur la peau, la mâchoire en avant et les dents limées, ont un type d'éneri£\o docile, un aspect de discipline, une figure d(* gaillarde
Lo courant, toujours prossû el fuyant, Piilraîno des hprl>es, despiuiufls (lo vonluros, (losbraiR-liaifos. Lrs eaux ;'i l'i^liaft** (It'couvroiit dos bergos lininos, luisantes d<^ sôdinionls.
Des pagayeurs Iraversontdans leur emban-aliou grossière; ils sont dfijoul, l'un A l'avaiit, l'autre à l'arrière, la pirogue
BaB^ongo. — Une pirogue.
mal taillée roulant dans la vague et faisant eau. Les deux hommes longs et secs, nus jusqu'à la ceinture, lajupe faite d'une bande fl't^toffe tordue et nouée à la taille, manœuvrent la pagaie avec des raidissements du corps et desattitudes d'adresse; ils tendent les nerfs et multiplient l'etfort au moment décisif.
Iles tniînées rouges descendues du ciel tracent des sillons de feu sur le fleuve. L'air est ^, ■
d'une linijùdité cristalline. / Le soleil s'éteint dans un décor irincantation sur des eaux rosies.
La verdui'o est immobile, fixée dans une solennité il 'expectative.
Une dernière flamme vacille et s'éteint, bni(aement soufflée, dans la cendre grise du crépuscule. Le jour ne fond pas, il trébuche dans le noir.
Les bleus et les rouges se foncent, tout d'un coup, en sombre. En un très court moment, les litas intenses, les teintes attendries de vieux romans, les nuances précieuses d'amoure anciennes tendues dans l'espace sont devenues des bruns tei-nis, des tristesses couleur feuilles brûlées. Le jour brillant, absorbé pai- une gravité souilaine, s'est elïacé dans la consternation du soir, — et tout de suite se verrouille la, nuit, la nuit qui domine les ardentes folies do couleurs.
Bas-Congo. — En pirogue.
La lune est à peu près au zénith... Des argentures tremblent sur les eaux. Les luminosités nébulaires épandent d'inquiètes
clartés sur les terrains sombres, déserts. Les cocotiers toujours alertes, détachent de vigoureuses étoiles noires sur le gris du ciel, — et des mares ont des reflets d'énormes prunelles fantastiques qui regardent et qui veillent.
Les plaines, dans la ténèbre firmamentairc, semblent, on chaos impétueux et ;lpre, alllrmer farouchement leur prépondérance surTagitation des hommes : il y a, dans Tospace, les défis d'éléments orgueilleux, prêts à défendre leur chez-eux.
De violents leux d'herbes, sinistres, tordent do hautes flammes. Des désespoirs ardents, des menaces do catastrophes illuminent d'efifroi le grand, lo superbe silence, — quand passe, comme un ellarement, lo cri d'un pagayeur, lo clapotement d'une pirogue. Le bruit disparaît et meurt bien vile...
Le calme rouge et imposant dos incondios continue, en lugubre embrasement.
Le petit jour est orangé sous un ciel violet clair, tissé d'or et duveté de brumes.
L'ancre est levée. Nous quittons Banana pour la remonte du fleuve.
Entre les îles basses et limoneuses, le Congo, élargi en nappes, en immenses circuits d'eau, a l'air d'un enchaînement de lacs enjolivés de végétations paradeuses. L'eau est plane et calme, stagnante d'apparence; c'est un fleuve désarmé, arrêté en longues poses de lassitude; il traîne une souveraine nonchalance, que le bateau plisse et chiffonne. Mais, un petit cap, une avancée provocante des terres l'agace, et tout de suite un remous très vif manifeste une virulente protestation, une tournoyante mauvaise humeur.
Le bateau vire, cherche la ligne des meilleures profondeurs, passe un angle de terrain... Tranquillisé, le fleuve se dilate immensément devant des horizons qui sont des étagements de
Bas-Congo. — Les îles.
verdures. Entre des lignes fostoiinées d'arbres, grandit une surprenante ampleur d'estuaire, une gigantesque baignade d'ilôts dans la solitude. Quelques oiseaux bruissent et se sauvent, dans ces parages de beau silence.
Le soleil se dégage, écarte ses rideaux de nuées, tombe en cclabonssures de clartés, jette des couleurs partout et illumine une admirable splendeur. La lumièi-e, dardée à pleins feux, pare des îles vigoureusement boisées, des terres qui semblent des fragments de forêts.
Le chenal mène le navire près des côtes, aux environs de Bulembemba. Les arbres se contusionnent en cohue, en tassement désordonné de végétation véhémente, aux dessous noirs. Une autre ile montre des superpositions de verdures : sur lo sol s'étend un embrouiilis compacte de plantes basses, des arbustes en taillis d'où émergent des troncs élancés, des fûts droits portant les frondaisons supérieures et dentelant les pans de ciel jetés en frises d'air sur cette fantaisie théâtrale. Les plans de verdure s'avancent, se succèdent dans la perspective des eaux comme des coulisses de scène.
lias-Congo, — La végéUlion des
Ce stade du fleuve, après des milliers de kilomètres et après lesbataillades des cataractes à travers les roches, est l'arrivée, la latigue qui s'attarde rêveuse. Des retraites s'ouvrent par les caprices des îles dans d'indescriptibles flores. Et le tableau que le ciel enveloppe d'éternité silencieuse, est d'une large beauté harmonique.
Devant Ponta da Lenlia, le lit se précise, le volume d'eau s'agglomère en cours principal : vaste et formidable descente, longues bandes aqueuses que les courants tendentvîolemment.
Le paysage est encore sauvage, mais autrement et austère avec plus d'attrait. Sur la rive portugaise, un comptoir a planté ses magasins le long de la berge; un aigle pécheur, les ailes larges, plane; une pirogue suit la rive avec précaution ; des feuillages, des branches, des épaves passent emportés sur un mouvement d'ondes brunes terreuses qui vont amasser les formations alluviales apparaissant sur les eaux basses... Puis, voici Kiassanga, une maison anglaise, et un premier
poste (le l'Etat. Les rives so façonnent en décoration de (écrie ; dans une végétation rayonnante, de grandes palmes se penchent sur l'eau, des racines noueuses avancent de petits l)aiTages, les bords se découpent en recoins, en criques où s'allongent les pentes luisantes des vases. Des îles de lioue, des amoncellements sédimentaires, les dépots des apports du fleuve confectionnent des hauts- fonds.
Sur terre, les arbres, palmiers et fromagers, poussent en extravagance, en déraison. Les palmiers se propagent en peuples, en légions impénétrables; les longues herbes ont des variétés folles; les fougùres jetées en paquets sortent comme une fermentation du sol. L'ensemble est un aspect do désordre luxuriant, une pléthore de plantes, un étouffement végétal qui jaunit et meurt dans un deuil gris.
Et encore immensément, sur les fonds vaporeux, reprennent les écrans verdoyants, les amas de plantes chenues, les longs rideaux de forêts k la trame impénétrable; des arbres géants, jaillis en poussées prodigieuses, étendent, au-dessus des sous bois, une puissance protectrice. La rive échancrée, fendue, laisse des morceaux d'affluent se faufiler à travers la compacité des fourrés. Quand les terrains se dépouillent, le sol
Bas-Congo. — KiassBoga.
trempé, spongieux se portioniie en marécaires avec des aspects d'îlots pétris, formant monticules sur l'eau. Alors, apparaissent aussi les étendues immenses do papyrus, bas et herbeux; le papyrus, en duvet vert, velouté d'interminables champs.
Le paysage s'est entièrement découvert.
Sitia et puis l'ile de Mateba passent, conduisant vers un changement d'aspect.
Au loin, sur les rives, se gonflent des bulbes rouges; l'horizon se tuméfie; lentement, se fait une assomption de montaj^'nes ; la cliaine des monts de Cristal dentelle la perspective.
Dans un énorme cirque de prairies taillées par le courant en terres insulaires, tous les bras du fleuve semblent doucement jetés autour de ces îles coquettes; un enlacement attache les flots à toutes ces parcelles fraîchement vertes; c'est un roman d'amour qui se tresse et se chuchotte entre lo fleuve et ses rives, dans les herbes de la savane. Le fleuve, attendri, câline ses jolies voisines dans une galante scène d'adieux, aux
approches de l'Océan. Grande et planante, règne une mélancolie sans tristesse, douce et grave.
La végétation change; les arbres s'isolent, rares sur de longues plaines humides; sur les prairies jaunes et rousses dansent de irrands papillons de belles couleurs. Les berges sont en éboulis, cassées en pans verlîcaitx, comme taillées et tranchées par le courant; des fendillements transversaux détachent le sol... Un héron blanc à aigrette, perché sur une patte, regarde avec d'hésitanles dispositions A la fuite. Les terros croulant sur des hases argileuses avancent des bancs — où médite l'hypocrisie d'un crocodile.
On croise et on salue un des petits vapeurs qui descendent â Banana.
Sur les terrains de gauche, les montagnes se bombent, s'arrondissent en bosses, en chaînes de molles liîbbosités. Ces montagnes de formes rondes, en aspect de tas de sable rouge, sont sans arêtes vives, et paraissent usées, ou détériorées.
Le lit du fleuve est une terre séchée t^rise, boueuse et argileuse, avec des l)arres de sables jaunes et rouges, desalhivions dont le Ion es( vraiment groseille. Ces bancs s'entassent en dépôts créant, avant la courbe conduisant devant Sliinka-
Bas-Coiigo. — L'HiroHiiclli
kassa, un hiiut-toiid dangereux en un point de navigation important!?. Des travaux de dragage deviennent nécessaires en ces parages.
Au liout dr> l'eau belle et large, un bossellemeni ilresse à droite la rive portugaise : la Uoclie Fétiche est un promontoire rocheux qui oblige à décrire un long tournant — au bout duquel on distinguo le miroitement blanc do Borna sur ses versants.
Le troisième aspect du tleuve s'est affirmé; les montagnes sont arrivées jusqu'au liunl de IVau et soulèvent un escarpement do vive; pou à. peu, l'eau s'encaisse entre des masses en formes de grands terris dont le pelage jaunâtre et liruo porte des végétations en taches vertes.
Les amas granitiques se multiplient, se serrent, puis descendent et trempent dans le courant. Le granit porpliyroïde donne une physionomie sèclie et dure au paysage. U" chemin muge serpente en longue rampe d'accès jusqu'à la plate-tonne de Shinkakassa, à mi-hauteur : c'est le fort de Boma, puis
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Les autorités au bout du pier à Borna.
Borna, — où nous faisons arièt licvaiit un riant et vivant tableau.
Sur la rivo, avec une complète insouciance à nntio endroit, (les négrossos l'ont la lessive, tandis que sur le pier, pendant les opérations d'acc(>stag<>, uno centaine de blancs se massent, se pressent, avec une impatience dr* curiosité ; le ste.'uner leur vient comme un fragment ciui sVst dôtaché de la patrie, et ils sont là, avides de respirer un peu de foriiiiante atmosphère du pays.
A quatre-vingts kilomètres de Banana, aussitôt l'amont de Borna, le cours du Congo se plie, se cambre, se tord dans les
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mouvements et les saccades de terrains accidentés, — où les mélanges et l'existence combinée des roches et de la végétation jouent des variations de pittoresque.
Un long chantonnement d'eau courante entoure Tile des Princes, ses palmiers élégants, ses tentures fleuries et ses rideaux de feuillées, ses ruisselets insérés entre des massifs de fromagers, et l'ensemble en tableau d'exotisme végétal.
Mais, au delà, les montuosités s'aflirment, se campent, en masses lourdes, dans l'eau qui se contraint, se resserre avec, par place, des bouillonnements qui grognent des mouvements de fâcheries... Ces montagnes, qui tourmentent les rives et les dressent en inaccessible, sont de structure ronde et molle, en contours flous, en protîls de bombement, sans angles, sans aiguilles. La végétation, arrêtée devant ces masses de roches grises, micacées, délaisse les soulèvements granitiques et les dévalements de cailloux roulés qui sèment du gravier rose dans le fleuve. Une élévation porte encore la houppe d un ultime palmier; les escarpements se suivent, noués en chaîne, tous roussàtres, arides, sauvages. Quelques fagnes, de maigres bruyères persistent en pauvres tentatives... Et dans ce désert à courts horizons, dans cette zone pierreuse de ton saharien, se lève, singulièrement, une impression d'abandon, plus étreignante que dans les solitudes ouvertes et planes du Bas- Congo. Ces montagnes reches forment barrière redoutée, clôture infranchissable, limites définitives qui enclosent hors du monde : c'est le commencement d'un pays d'oubli. On ne doit plus penser aux hardis et aux aventureux risqués dans ces montagnes en dédales accaparants, — où le fleuve, luimême, par ses brusques et complets retours, semble égaré. Puis, encore, la physionomie est d'une figuration bizarre, étrangère; ces reliefs, sous leurs reflets brunis de cuisson solaire, découvrent une géographie physique sans comparaison pour nous.
Les hauteurs dénudées continuent leur rapprochement et s'approprient la région; h^ fleuve interloqué, étranglé, est maintenant chez elles; il se soumet entre ces tyranniques montagnes fauves, — et sur les fonds de terres alluviales rouges,
■ le Congo. — La factoru
Ifs rcflols (lu soleil semblenl iiiéhuiitor du sanjr ;'i l'eau briino
(lu CollifO.
Ah lournaii( do MiissuK, le flt'iivo, loiyours iiminci, parait passer à la flliève dans un pays en grandes ondulations, en formidables vagues do tei-rain. l.a nature a pris des formes pâteuses de soliditicalion.
Une factorerie hoUandaisp, puis un établissement anglais installés au bord de l'eau saluent du pavillon le iiassage d'un sleamer.
Aux fonds de Noki, le culbutémont du sol, les convulsions d'altitudes font un paysage de crise; des monts surgis barrent le passage des eaux, et le (Icuve parait arri'té, coupé dans un ciiïiuo de sommeis; il faut cbeivher l'issue de ces clùturants détours. Maintenant, les deux rives sont territoire de l'Etat indépendant. Des traces d'anciennes calai-acles se manifeslent toujours et agacent le courant qui devient des lourbillons de violence. Des dangers écument dans un derniei' tournant, le Cbaudron d'Knfer, englobé dans des murailles à pic, dans un liastionnemeut de roclies opiniâtres et foncée.-;, <les quartzites et des poudingues. Le fleuve arrêté, mugit sur un lit de pierre, s'arciioute aux parois, et, obligé de reculoi' en contre-courant,
fait un coude de quatre-vingt-dix degrés, pour laisser passer l'impétuosité bouillonnante de ce régime faisant varier le plan d'eau devant Matadi dans une amplitude de huit mètres.
Dès l'issue de ce mauvais passage, dans une courbe 1res allongée, sur la rive concave, se montre Matadi. Les montagnes s'assouplissent un peu, en repos, suivant un dessin de terrasses, montrant goologiquement les phases successives du creuseinenl de la vallée.
Et dans une lenteur harassée, après ces semaines de route incessante, le bateau accoste au pier de Matadi à 130 kilomètres de la mer; ce pier métallique sur pieux à vis est le terminus de la navigation venant d'Europe.
A l'autre extrémité de cette jetée de fer, dans une tumultueuse et clamante activité d'indigènes, passent des trains, manœuvrent des locomotives, — dont le sifflet, en ce lointain esseulement et grossi par les échos de la vallée, prend une résonnance de triomphe.
Boma — la ville des arbres — avec ses avenues droites, ses constructions soignées, son mouvement de personnages importants, Boma, siège de l'Etat, capitale claire et dépositaire des archives, Boma, dans son calme administratif compassé et sa correction de fonctionnarisme, — c'est le Quartier Léopold du Congo.
Matadi — la ville des pierres — lâchée, dans le sans soin d'un labeur surmené, dans un désordre d'affaires toujours discutées, c'est la ville-entrepôt, le centre traficant, le marché où se rencontrent, se vendent, s'échangent les marchandises qui débarquent d'Europe, les produits apportés par les caravanes.
Le tableau de Matadi, comme une vaste expérience de science sociale, est la gestation d'une immense ville, l'allumage d'un grand foyer d'activité.
Le port a déjà ligure; le pier de 60 mètres de long est devenu insuffisant; une seconde construction du même genre est commencée, à 250 mètres de la première, et les deux avancées métalliques seront réunies constituant un wharf de déchargement de deux hectomètres et demi en pleine eau fluviale. Le port, où se dandinent de gros chalands, a un commencement d'outillage, ducs d'Albe, corps morts en charpente et autres grands engins. A côté, le chemin de fer, sa gare, ses ateliers, ses magasins ajoutent de l'importance. Puis, au delà encore, en escarpement, sur un versant de roches avec des routes larges, avec des passerelles métalliques sur les ravinements, la ville curieuse, très vivante, pleine d'étalages à l'américaine. Un négoce criard, un désordre de déballages, des installations sommaires de bazars s'étendant sur la route, des oflfres de vieilles marchandises, stocks et fonds de magasin qui trouvent encore à plaire ; en plein soleil, un commerce où l'on peut se procurer — même des masques pour carnaval. Et dans toutes les directions, des alignements de rues nouvelles se tracent, des fondations se commencent, des constructions s'élèvent, des factoreries créent des succursales, multiplient leurs dépôts... On perçoit l'effort d'une ardeur de grande
activité, un élan vers un développement fouiinlllaiil; on voit s'ouvrir un bourgeon de cité considérable : c'est une métropole qui pousse.
Le nègre, avec une tranquillité nui observe et combine, se mêle aux détails de ce mouvement d'échauyes; il se trouve partout en coopérateur. Une des maisons de trafic est fondée et gérée entièrement par des noirs.
Le marché de Matadi. — le Kanilu — a une grosse importance régionale; il se tient le dimanclie matin, ei de tous côtés, en (lies chargées, en groupes jacassants, les indigènes viertnent A cette bourse dominicale.
Les rues, la place on déclivité devant Tliùtel, sont couvertes d'une foule calme — avec quelques cris, des appels, du boniment. Tous ont l'ueil très en alerte, guetteur avec vivacité; des étalages élémentaires rangent sur le sol ou sur des li-onvons de natte, des fèves, des denrées pauvres, du poisson sec, des biscuits, du riz dans de vieilles casseroles, de la viande
salée sur une feuille de bananier, des gargoulettes et de jolies poteries grises, le manioc et le bakaïo, dos bananes et des fruits, des pains do singe cjue <lonne le baobab. . . Les acheteurs circulent, promenant une apparente indifférence ; les hommes sont nus Jusqu'à la ceinture, la tête tondue en partie ou touffue de crôpelures fignolées; quelques-uns essayent du chic, se font des accoutrements de détroques, s'arrangent un manteau avec un vieux tapis de table troué; les Sénégalais sont endimanchés, le biitou k la maîn ; des porteurs passent brutalement un sac sur l'épaule ou sur la tête; dos soldats propres, le fez rouge sur l'oreille, accompagnent seigneurialemcnt leurs épouses aux provisions; des gamins pouilleux se faudient en maraudes, et de jeunes iiéf^resses, rcprésentani la galanterie locale, se pavanent en vastes robes de cotonnades claires, les cheveux courts frisés, des anneaux aux chevilles, les bras et les pieds
Le marcha tlo Mataili,
riic-oiiiUtf niBicU^'àMi
nus, une iinpcilineiilo corniottorip ilaiis losyeux. Elles fliînent liarcompairnies(lciiualreoucin(i,liani(\-oiin;iiit Ta 1 1 pu lion par (les rires îiigiis; la promenade faite, elles vont s'nssooir, les jupes bien ('talées, au lonjï d'une maison el lejiardent les passants.
Quelques noirs portent le luxe d'\ino casquette il(? soie, ou d'un veston jnformo; d<^s vendeuses s'haliillent d'un long drapemeiit d'étoffe altaclié jV l'i^paulo gautOïc et laissant iihros et nus le bras et la partie droite de la poitrine ; une grosse mère, en surveillant une cuvette (5br('?clif;'e contenant des l(?gumes, est accroupie par terre et remmaillote son poupon (''liouriffé. Les cbàles à grands carreaux de couleur sont aussi tn'is bien portés... Ces femmes aborigènes sont d'une li^on massive, carn'esdecoqjs, mais avec un allinement de race dessiné dans la délicatesse des poignets et des chevilles.
Des marcliande.s ambulantes ont, altacbée au dos, une liotle ion de en grosse vannerie, lieaticoup ruinent la pipe à pleines
Toute la niarcliandisc voikIup, les noirs serront lour nioiiiiaie dans un imnid de mouclioiret vont aux factoreries acheter des cassei'oles, îles outils et des ustensiles qu'Us remixirteront an vîllafj;e. Hn passant, aussi, ils desceiiilent au fleuve oi'i ils se déuudenl avec une totale simplicité pour faire un complet nettoyage corporel à vigoureuses frottées.
Dans un coin, non loin des dépôts de briquettes du chemin do ter, un iioii' aux yeux futés est à cheval sur un tam-tam
allongé en fuseau, et dont l;i peau est tendue par un ItceJago. Le mnsiciistie, à coups de doigts et de plat de la main, accompagne une danse à déhanchements, une voluptueuse simagrée que conlursionni', \)iir toutes les parties de son corps, une
vilaine né^iresse aux dents abiniées.
• :l\^■A^^•■•^li■Al.^U'^.• . ■.■ .■■■i-f'> i- ^-tni»?. 'a
Les hauteurs de Matadi.
De l'autre côté, le sol aride, où s'égrènent encore, en désordre poussiéreux, des huttes disloquées, des assemblages de paille et de bambous, des chimbôques entourés de claies mal façonnées en style de bordigues... Et puis, l'esseulement o(i la route s'efface sur un sol rocailleux, comme dans une carrière abandonnée. Les terrains s'accidentent vers le val de la Mpozo et découvrent bientôt le lointain sommet du pic Cambier. Partout, la brousse domine, s'étend dans des plaines de pierrailli's : c'est l'installation intime de la nature africaine dans le grand repos du mi-jour.
L'Iierbe est drue et liaute comme des roseaux poussés à sec ; les profils sont bousculés, et les pentes raides; par places, ■ s'étendent les grandes plaques noires que laissent les combustions de végétaux... La région, vers le ravin Léopold, prend une expression rogne, renfrognée; la structure est anguleuse et méchante; les tons sont mornes et durs; des quartzites, des mica-schistes, des gneiss amphibotiques, des poudingues s'amoncellent en accumulations de résistance; les terres sont brunies par l'oxyde ferreux; et dans les lointains, des succès-
sions <lfi montagnes, des chaînes de sommets, toujours de mémo nuance IjrûK'o, déroulent les annales tumiiltiieuses et rougeoyantes de ce pays de violence.
La brousse, piquée d'arbres rabougris, est inaij^ro et égratignantc. Kntre les cailloux, dans le sable, Irétilleut des lé/ards, s'alloiigeut des serpents, bondissent des chiques, — le «pulex penetraus», un eiron qui entre dans les chaussures et se loge dans les chairs du pied.
Le chemin s'embrouille dans les pierres, sous les plantes sauvages.
Un missionnaire passe à cheval, portaut le grand casque blanc.
On rencontre une file de porteurs, IVustache à la ceinture, la charge sur l'épaule dans la tresse allongée d'une feuille de palmier; et ces noirs tempoiiseurs s'arrêtent fréquemment
pour (lisciiler lii route qui est unique, siuis embranchements, satiK «^'^'ai-ement possible- Plus loin encore, on avance, en plein abandon, allant à rinqui(5tant appel des solitudes absolues et neuves.
Sous le soleil, malgré les contoui's dépouillas, inaly;ré le dessin très sec de dévastation cuiiiierrailléc, dépouillée, décliiquotéo sous les raflades du vent on ces hauts parages, riinpi'cssion persiste dans un lyrisme de couleurs chaudes; le« soniniels gardant des visions pindariqiies... Mais, dés que le yrand allumage du ciel s'éteint, quand la lumière se ternit iH que tout se (once eu un brun vulgaire, en un ton incendié, — qui est le liàle de cette nature miséreuse en sa nudité de pierre, — In paysage apparait lamentable et roguo ; les pics se hérissent en figures maudites sur une région inconsolable, et on s'ai-nHe déconcerté devant un spectacle de calcination. Des Cormes âpres et bruUiles, des cassures de désastre, un ensemble triste dans une quiétude de tombeau donnent, sur un
mode bourru, à notre importune curiosité, la notion de la longue et longue distance séparatrice ; la conviction de Tirrémissible éloignement domine la pensée; une première sensation d'exil et do découragement saisit le moral et met du deuil dans les idées du solitaire.
Obstinément, nous avons prétendu, plus loin encore, malgré les coups de fouet de la brousse, malgré la dureté des pierres, malgré les aspérités des quartiers de roche, malgré les éboulis de sables, nous avons prétendu — comme en un pèlerinage — parcourir un bout de la route des caravanes... Route, est prétentieux comme titre technique : un sentier vagabond, sans tracé, flottant de droite et de gauche, se cachant dans de hautes plantes sauvages, puis devenant une sente à flanc de rocher, un passage barricadé de schistes par-dessus lesquels s'impose une désagréable gymnastique. La circulation doit se faire en file indienne, le long de ce chemin en casse-cou, fabrique d'entorses. Les descentes, suivant les lignes de plus grande pente, sont des dégringolades, des fuites glissantes; on bute, on trébuche, — et, au bas, un cours d'eau se traverse à gué, ou bien un marécage boueux, de l'humus trempé formant fond de vallée, doit être passé; le voyageur, avec ses colis, se dépêtre comme il lui plaît; il patauge, pour aller recommencer, sur le versant opposé, d'essoufflantes ascensions par des raidillons sur cailloux roulants, par des grimpettes de chèvre, par des montées qui disloquent les jarrets...
C'est le chemin du découragement, paraissant conduire à l'inaccessible, avec l'ironique affirmation du manque total de secours dans la multiple variété d'accidents probables... Et ce premier tronçon, la partie la plus fréquentée, est encore une des bonnes étapes, nous dit-on.
Cette courte expérience et cette exténuante reconnaissance
nous rendent miraculeuse l'héroïque opiniâtreté des hommes qui, sur ce chemin tuant, tout en escalades et en esquintements, sont parvenus, malgré les obstacles du sol, malgré les maladies de fatigues et l'inconsistante discipline des porteurs, à convoyer des constructions mécaniques, dos bateaux à vapeur.
Pour nous, vagues curieux d'aujourd'hui, promeneurs des lendemains de victoire, il se lève de l'émotion sur ce sol abandonné. Contrainte par une imposante volonté humaine, la civilisation, par ici, s'est insinuée, s'est ftiufiléc jusqu'au Pool, suivant ce sentier rechignant, ce semblant de route tortueusement périlleux, cette rampe de calvaire, cette informe voie de communication, ce symbolique chemin de gloire.
Nous risquons l'étape de deux gros kilomùtres à travers monts, dans la brousse à hauteur d'homme, pour faire plaisir au curé Buysse, — et pour voir de près une mission, un sanatorium, un poste catholique.
L'établissement deKinkanda est dans une belle retraite, dans un isolement enclos devant un plantureux morceau de point de vue, dans le grand air. Les bâtiments rectangulaires sont encore montés sur échasses, bâtiments d'habitation pour le personnel, bâtiments des chambres de malade, bâtiments de service, chapelle et logis de l'aumonier. L'ensemble est clair, soigné de façon très flamande. Les potagers, la basse-cour, retable et les jardins affirment la méthode et le labeur, les vigilantes et régulières précautions, l'ordre et la propreté comme précepte et consigne.
L'hôpital de Kinkanda est dirigé par des sœurs de charité appartenant à une institution gantoise. Elles nous accueillent avec une souriante surprise, un étonnement complimenteur. Les sœurs vont se chercher et arrivent recevoir les visiteurs;
pIIps ont ixavih'' \o p.'is nioiiit oi frohiiil, lo rojr.'tnl lonilmiiT oi In pai'olo Jiiii'aV. — tii;iis (Mlcs in' iiiMivi'ut fiilin'-cliPr iiil''jiMf «le leur illimiiuor Ips Joiifs (Icvjtut l"iii;itifiiihi it'iiiio i-i'p(jiise eu vnii Maniiuid dr's liocils d.' l;i l.ys... A l'i'U'i disuincc-là, tout le inoiiilt: a (jiiclijiu' (.-liiisp do irù'oloro ilîiiis locirur.
On siiiipijsc qiif des li'iniiics, lu-avi'inoiit parties |]iitir ci^s iivoiiHin'.s ox(itii|ii('s, Miient de mine |>liis lermes, de (ai,M>iis moins dotifenMises, Setde, la siipérieui-e a du i^esLe, une liiriie jilu!^ déridée, une volonté sarliaul prendre, dt'vaiil l'assaul «les cvénenieiKs. desallufes plus ejipilaiup. iilus exi)Iorateur.
Les Sieurs donnent des soins aux malades, di'essent de Jeunes (enimes indi.iiênes aux ser'vieos de l'intérieur et ti-ouveni encore If temps d'aller, en mission, calliécliiser la marmaille noire des alen((uirs.
Dans Tua contemplaLion, sur ce tond d'insolites véfïétiiiioiis, ces religieuses, à la i)liysionomie satisfaite, passent en pâles ligures de léjreude, el ré>veil|etit l'impression dé'jà, jjrodnite, â Doma. iiar l.'s so'iil-fi en robe de flanelle Manclie, sous de lourds ])aras(ds, promenanl des liliamlielles do néirrossos jeunes et vieilles, nigaudes el embarrassées.
Kn ce pays de hasards, c-s lemmes de religion, ces ai-dentes de dévouement, saisies d'entliousiasme et allant,
machinalement, en extase, dans des visions d'apostolat, ont nne beauté de sacritice. Elles ont, très simple, un héroïsme d'inspiration, une exaltation de douceur; et ces créatures d'abnégation, dont tout le cerveau est dans un livre de messe, ces filles de campagne n'attendinit que les angéli(iu^s récompenses de la foi, voisinent avec le sublime... Môme, elle devient excessive, inadmissible, cette hauteur d'âme, — qui négocierait une réc'onciliation avec l'humanité, si de pareils sacrifices peuvent être accompHs dans un*e générosité sans calcul, toute de pure charité et d'amour. On redoute une combinaison sournoise d'intérêt, une discipline d'accaparement, une main caressante, mais agrippeuse, (jui s'insinue pour se fermer au bon moment en une affirmation de propriété acquise.
Sur le pont du bateau amarré au pier de Matadi, le spectacle de la nuit, dans la vallée du Congo, est une longue et suave admiration... Dans un calme figé, sous une fraîcheur désoppressante, de vastes perspectives d'ombres conduisent la sérénité du fleuve. La lune molle, dans l'air très humide, n'épand qu'une pâlotte lumière de veilleuse sur ce profond sommeil.
Matadi s'allonge dans un repos noir, intense; les grands toits chaulés seuls étincellent en blanc vif, et font de curieux effets de neige. Les découpures des hauteurs environnantes se grandissent sur le ciel gris; leurs ombres puissantes s'agglomèrent, se foncent violemment, comme entassant des ])rovisions de nuit. Du côté du Chaudron d'Enfer, des paquets de brume, des brouillards feutrent la demi-obscurité.
Un silence implacable domine partout.
Des flammes, prises dans un sourtle d'air, se redressent, se raniment et serpentent sur les hauteurs. Ces feux d'herbes allument de gigantesques fanaux et jettent des odeurs d'incendie dans le vent.
La lune, comme par curiosité, se dégage de ses foulards de brumes; sa lumière délicate et subtilisée semble une très douce palpitatiou de l'espace.
Dans cette paix majestueuse, planent une pure béatitude, un recueillement de pensée, une exaltation grandissante, une volupté d'adoration. Les incendies et leurs vacillants effrois n'émeuvent plus; ils dardent du solennel, l'expression d'un culte, la grandeur de la messe du feu... Dans le lissage de l'eau qui, aux flancs du bateau, marmotte une litanie perpétuelle, l'ombre consciente et humble chante, en sourdine, le joli thème de la nuit.
11 faut subir le charme d'une ferveur prolongée devant ce soir imposant devenu une cérémonie, un olTlce de merveilles qui, sur le repos de la nature, élève lo ciboire de la lune.
Le raihvay du Congo a son origine à l'extrémité même du pier d'accostage à Matadi. Une aire très vaste a été dérochée etplanie. La station, les magasins et un large développement de voies de manœuvre et de garage s'étendent jusqu'à l'extrémité de droite où se trouvent la remise aux locomotives et des ateliers grandement pourvus. Le bâtiment, très aéré sous une toiture de tôle ondulée et galvanisée, que porte des voliges, abrite, sur un sol cimenté, des tours à cylindrer et à fileter, rabotteries, étaux et bancs d'ajustage, cisailles, machines à forer et à aléser, tour à rafraîchir les bandages, presses à caler les roues, — et une machine à vapeur donnant la force motrice. Encore, se rencontrent des machines-outils, des forges où lo marteau est manié par des travailleurs noirs, un atelier de peinture, un bureau de dessinateurs, des bancs pour le travail de pièces mécaniques, — toutes installations pratiquement conçues, qui permettent à cette exploitation de se suffire en sécurité dans son isolement. Les voies sous la remise
sont parallèles et reliées par un transbordeur; les approvisionnements en rails, traverses, aiguilles, clefs, pinces, anspects, machines à forer, signaux, bandages, pièces de rechange, etc., sont en abondance dans les chantiers voisins; reflfectif du matériel roulant est très nombreux : quarante locomotives timbrées à 14 atmosphères et brûlant des briquettes pour un service à 20 kilomètres par heure.
La gare de Matadi et ses dépendances donnent l'impression d'une entreprise sérieuse, fortement établie, sans lésinerie comme sans faux luxe, et capable d'une grande activité de trafic.
La voie à écartement réduit est constituée de rails forts sur traverses lourdes et rapprochées; c'est une membrure puissante permettant le trafic au moyen de wagons de 10 tonnes remorqués par des locomotives de 30 tonnes en ordre de marche. Au delà du kilomètre 90, les courbes ont un rayon minimum de 60 mètres et les rampes maxima sont de 40 millimètres. Si le devis s'est trouvé au-dessous du coût réel, — 25 millions au lieu de 65, — les prévisions de recettes sont dès aujourd'hui grandement dépassées. Le chemin de fer, qui transporte avec sécurité en deux jours ce qui se portait périlleusement à dos d'homme en un mois, peut, avec grand avantage pour le commerce, maintenir les prix anciens. On payait autrefois de 1,000 à 1,500 francs à la tonne. Le chemin de fer maintient ses tarifs au-dessous de ces prix et trouve encore une très large rémunération.
La voie est à l'écartement de 75 centimètres entre les bourrelets des rails, soit, avec la surlargeur, 765 millimètres et 81 centimètres d'axe en axe. Le rail, qui a 110 millimètres de haut, 88 millimètres au patin, 9 millimètres à l'âme et 45 millimètres au bourrelet, pèse 21 kilogrammes le mètre courant.
La traverse métallique est du type Ponsard et Boyenval à section transversale en double fer zorès et terminée aux extrémités en forme de pied-de-biche. L'appui a 1™50 de long sur 22 centimètres; la hauteur est de 51 millimètres. Par deux tire-fonds, le rail est fixé à une plaque d'assise rivée à la traverse.
Ces traverses sont au nombre de dix par rail de 7 mètres, — ce qui fait un écartement d'axe on axe de 72 centimètres, los traverses extrêmes, près des éclisses, se trouvant rapprochées à 55 centimètres.
Le poids total de la voie et de son armemont constituant la superstructure est de 100 kiloij:rammes le mètre courant.
Les réirions avoisinant<^s produisent des bois lourds donnant d'excellents supports de rail; mais, plusieurs essais ont démontré que le bois, dans cet emploi de traverses, et malirré tous les moyens usu(^ls de conservation, résiste très mal sous ce climat aux actions de l'air (^t de l'eau.
L armement métallique est bourré dans un ballastai^e qui a POO en crête et 2"'()0 de base, avec une hauteur de 35 centimètres.
La plate-forme des terrassements a 3°'50 de large sur remblai et 3 mètres en déblai, sans compter les rigoles latérales au pied des talus sans berme.
La voie qui part de Matadi à la cote 20 doit gravir tout de suite les 280 mètres du massif de Palaballa et, plus loin, par des terrains compliqués, coupés de rivières importantes, s'élever à 480 mètres au col de Zolé et à 745 mètres au col de Sona-Congo pour aboutir dans les plaines du Stanley-Pool à l'altitude de 315 mètres. Comme l'espacement des rivières augmente vers le Pool, les difficultés du sol sont massées au commencement de la ligne. Les travaux ouverts en 1881), étaient au kilomètre 12 en 1892, au kilomètre 28 en 1893, au kilomètre 62 en 1894, au kilomètre 104 en 1895, au kilomètre 195 en 1896, au kilomètre 291 en 1897, et au terminus, au kilomètre 399 en 1898. Les moindres difficultés physiques du sol et aussi la puissance d'une organisation mieux expérimentée ont été surtout les causes de cette progression géométrique dans l'avancement des travaux.
Les trains de la cérémonie inaugurale, — conduits par des machinistes sénégalais, — se composaient d'un wagon plat pour les bagages et les hommes de service et de deux voitures à voyageurs. Ces voitures sont à deux rangées longitudinales de six sièges rotinés, pivotants, avec tables mobiles; les panneaux
(les longs côtés sont ouverts par trois grandes baies sans vitres; au fond du compartiment est ménagé un réduit pour le service du bar. Le plancher est recouvert de linoléum; les boiseries sont en teak avec panneaux intérieurs d'érable dans un encadrement d'acajou. Trois lampes à pétrole éclairent chaque compartiment. Ce matériel est très confortable et heureusement conçu pour lutter contre les désagréments climatériques du voyage.
La voie, au départ de Matadi, suit le fleuve, montant dans le flanc de \i\ montagne en tranchée de roc. Des ouvertures font passer de belles vues sur le Congo et sur la rive opposée : on voit ('hionzo, ce qui reste de Vivi et le fond redoutable du Chaudron d'Enfer, — (fuand un premier crochet détourne le tracé pour lui faire franchir le ravin Léopold sur un pont de 20 mètres. Le ravin, très rocheux et de profil accidenté, est à sec; sa tourmente pierreuse a l'aspect symbolique d'un champ de bataille : c'est le terrain où l'énergie européenne livra un des plus durs combats au sol africain; le nombre des travailleurs perdus ici fut terrible, et le voyageur qui sait ce que coûtèrent ces ([uehiues hectomètres de rails, pense avec respect à ces vaillants, à ces soldats de l'industrie tombés dans le ravin, — qui, vaincu, garde sa menaçante physionomie. Sur l'autre versant, la voie se reprend à côtoyer le Congo et montre un cours d'eau qui se rétrécit, se déforme et s'encaisse^; les eaux sont violentes et tourbillonnent en cette issue de la passe des cataractes. Les parois du raihvay sont de grès, de schiste, de quartz, de roches dures qui n'ont cédé qu'à la poudre. Le chemin de fer gravit ainsi la rampe jusqu'à la cote 01 — où il pénètre â droite dans la vallée de la Mpozo.
Par là aussi regimbe en rogue maussaderie, le passage des Echelles où la roche à pic a dû être attaquée par des hommes suspendus à des cordes. Puis, les défilés, les tristes ravins de la Fièvre et du Désespoir, noms funèbres ([ui disent et rappellent la désolation, le découragement quand le personnel, chaque jour, était décimé par la maladie, effrayé par les difficultés, réduit par la fuite et les défections.
Sur un demi-hectomètre, des murs de soutènement en
rolmste maçonnerie élayeiit les roclies colossales et los terrasses (le piorre. La plate-forme en corniclio est pour fiinsi dire en porte à faux à pR^'s de 40 mètres de haut.
Les directeurs de la construction, MM. Espanet et Gollln, qui ont surmonté nombre de difllcultés inattendues, ont eu, à certains moments, sous leurs ordres huit mille travailleur dont deux cent cinquante blancs et deux mille Sénégalais, Acras et Sierra-Léonais; et délibérément, avec une mâle volonté, ils ont traversé, k la tète de cette armée, les périodes cruelles de dangers et do privations, les temps où la n'^iissilo a même pu paraître compromise devant les incertitudes de la première organisation, les lenteurs du début, les maladies et les désertions.
Sous la lumière douce du matin, quand se lève un soleil encore rose, enveloppé de brumes, le spectacle est d'une délicate beauté, d'une fantaisie sans apprêt. La Mpozo serpente et bouillonne; ses flancs sont de roches en rognonsparsemantune
végétation sauvage. De longs remous entourent de grondements et d'ôclaboussures d'eau des récifs sombres. La voie, à flanc de coteau, montre à vif une muraille de stratifications rougeâtres. Le versant opposé est capricieusement paré d'un commencement de brousse avec de faux cotonniers. Comme dessin, c'est un peu l'Ardenne en rouge.
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Pfi V,
Dans le massif de l'alaballa.
Sur un pont de 60 mètres, le chemin de for passe cette rivière torrentielle qui a des crues de 5 mètres en une nuit. Ce pont est bien connu par les timbres de l'Etat indépendant à qui il fournit une vignette.La voie poursuit sonascension, parvient à la cote 95 et, peu après le kilomètre 10, quitte la Mpozo pour s'engager, toujours en rampe, dans le ravin du Diable — où des lacets nombreux, fantasques, contournent les hauteurs,
passent les gorycs par des ponts métalliques de 2.") e( de 40 mètres pour arriver, à la cote 200, devant le redoutable massif de Palaballa.
Quelques nègres, plantés à la porte de leur hutte de paille et de branchages, regardent, ahuris, filer le train; les plus téméraires risquent un ireste de salut... La végétation, — où domine le bombax, le faux cotonnier à épines entourant quelques baobabs, — se fait rare eu ces hauteui's; elle reste dans les fonds, le long des cours d'eau, dans le riche entassement d'humus. A droite, pointe le pic Cambier dans un paysage de sommets nus, sur une dévastation de pierres sèches, sur un pays tourmenté, culbuté, et de grand aspect farouche dans une imposante solitude.
I-a voie arrive à 280 mètres d'altitude, après avoir monté de
près de 240 mètres sur une longueur de 6 kilomètres de courbes et de contre-courbes. La difficulté technique a été considérable; la voie, vue de la plate-forme d'arrière du train, indique par ses coudes et ses serpentements, les détours, les trucs, les moyens, les contournements qu'il a fallu combiner pour trouver les passages les moins durs, s'insinuer dans les cols, profiter d'un pli de terrain et parvenir au sommet de cette rébarbative accumulation de hauteurs. Le chemin de fer, revenant sur lui-même, bouclant sa voie, pour repasser au même point, mais à un niveau supérieur, comme dans les tracés hélicoïdaux, est un petit Gothard sans tunnels. Et la locomotive, au bout du revêche ravin du Diable, a bien mérité le moment d'arrêt pour se ravitailler à un réservoir dont les appareils sont agilement manœuvres par des noirs. L'alimentation se fait au moyen de pompes à bras à action rotative et à double effet avec cloche à air, — desservant de petits châteaux d'eau d'une dizaine de mètres cubes de capacité et montés sur charpente métallique.
La crête est franchie à cette cote de 280. L'air est frais. Les terrains sont rouges, piqués de quartz blancs; les étendues de cimes, aux aspérités déchirées et chauves, se multiplient et se tassent dans des perspectives accidentées, tumultueuses, fantastiques et claires. Le ruissellement des eaux creuse des descentes torrentielles et des dégringolades de roches, comme le ravin du Sommeil, que la voie traverse dans une descente en lacets et en série de courbes de petit rayon. Le sifflet de la locomotive dans ces immenses solitudes est un indicible étonnement.
Au ravin de la Chute, un pont dans une section de voie en courbe a un dispositif particulier : le longeron d'amont est armé de deux contreforts dans le sens horizontal, donc latéralement au pont, et du côté de la concavité de la courbe; le tablier, en projection horizontale, est ainsi constitué de deux trapèzes réunis par une partie centrale rectangulaire; ce tablier, construit à Hal, présente de la sorte un surcroît de résistance au moment de renversement.
Passant une série de rubans de verdure maigre qui suivent
Vil arrôldu train.
les ruisseaux, le train part en ponte jusqu'au poste téléphonique (le la gare do Palaballa. Descente toujours coiitrariéc par lo terrain, développée en nij^zags, eu crcchets, à travers la brousse où de grandes taches gris noir maniueiit les feux d'herbes allumés par des chasseurs de rats. Cette section, particulièrement dillicile à établir et sur laquelle le matériel circule aisément, sans heurts et sans secousse, prouve Texcellent armement de la voie, sa solidité et sa pose parlaitc. Le Basoko qui tient le freiu do notre voiture, manœuvre avec une adroite sûreté. Le rail, tout du long, est accompai^n^ de poteaux métalliques à section de cornière portant deux fils, l'un pour le télégraphe, l'autre pour le téléphone.
Après le bassin de la Mia, se passe le col de l'Horizon, suivi du col de Kuladi, du kilomètre 'io au kilomètre 'Ai), où s'étend une orographie moins violente et où les dillicullés de construction s'atténuent. Des sommets moins âpres, toujours nus et roussis. Des lopins immenses brûlés, incendiés, couverts de
cendres sinistres. Puis, une verdui'e pauvre. Sur ces longues herbes folles appelées « mti » s'élancent des palmiers, le « teba » du pays, palmiers insouciants, irrétîuliers, épanouis en vastes plumeaux; puis aussi, les malolo, qui donnent une mauvaise grenade.
Après cette végétation abanduiinée, délabrée, en teinte neutre, le pays prend un aspect plus i-ianl. Le baobab se montre. Les arbres se tnssent en taillis. A travers dos plaines herbues, coupées de roches noires, les alignements droits se font plus longs et le train, mieux à l'aise, tilc plus vite. Un ijrand aigle blanc et noir, les ailes éployées, plane, fort indifférent à cette invasion de la mécanique voyageuse.
Des ponis métalliques traversent encoi'e des torrents secs, inavoués, mais qui ont leurs heures d'inondation furieuse et ravageante. Les environs sont toujours déserts. Il parait que les villages indigènes ont plié bagage devant la voie ferrée.
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Des travailleurs sénégalais demeurent seuls campés près de leurs anciens chantiers.
La voie file maintenant par de petits bois, morceaux épars de forêts. La richesse ligneuse de la contrée — massifs frais et sombres, terrains débroussés, arbres éneriiiques comme de beaux dracena — s'alïirme aux bois de la rivière la Kimesa, dont le train suit la vallée, après le col de Tombagadio, pour arrivera la station de Kengé, au kilomètre 40 — où tournoie un aéromot(Mir.
A côté de la station, dans un abandon de cendres, de poussière et de décombres, gît le lamentable village d'une tribu de Lagos. Les huttes, en paille tressée sur une ossature mouvante de gaules, do porches et de rondins, forment cercle. Des bois carbonisés et quehjues pierres — rudiment do four — occupent le centre de cette place. Notre venue fait événement, — en silence. Les hommes sortent de leurs misérables ro])aires et se postent, hébétés, devant leur seuil, attendant, sans un mot, sans une es(iuisse de salut. Ils ont la tête rasée. Des manteaux troués jetés sur leurs épaules laissent voir des triangles tatoués sur l'estomac; plusieurs, maigres comme des oiseaux de proie, ont le buste nu; les jambes se cachent jusqu'aux genoux sous une étoffe ou un morceau de sac ficelé à la ceinture. D'autres ont la tête enveloppée d'un chiffon. Tous ont un air brute, la face non dégrossie, et d'abominables yeux abîmés de taies et de suppurations. Impassibles, ils laissent notre curiosité errer, plonger dans l'intérieur des huttes où traînent de la paille, des enfants contrefaits, des poules picorant des morceaux de vieux biscuits. Une femme, laseule qui se montre, a le front barré d'une tresse de paille qui couronne et maintient les cheveux.
Près de ce fragment de village crasseux, poussent l'éponge végétale et le poiscajan, le « wandou » que ces malheureux font cuire dans de vieilles boîtes à conserves.
Ils nous laissent tout examiner, ces êtres abstrus, hagards, spectres de dénuement noir, ces Lagos accablés au rang inférieur dans la série des races du pays. Nous partons sans avoir vu la plus légère mobilité, un essai d'expression dans leurs traits inertes.
Le train se remet en marche, et dans la vallée de la Kengé, et le long des affluents de la Duizi, parcourt des terrains de fertilité latente, des superficies inoccupées où, sans doute, s'installeront des formes, des cultures maraichères et de sérieuses exploitations agricoles. Des arbres, en vastes bosquets, versent de l'ombre sur les ruisselets, et le pays se calme en gracieux vallonnements, dans une géographie physique plus tempérée. Des bandes de grands arbres s'alignent, entortillés de lianes et postés comme les premiers indices de la flore équatoriale : parmi eux, de beaux échantillons de « fbucou )>, un excellent bois de construction. Les termites, dont pointent les champignonnages dans l(\s champs, ont imposé au chemin de fer l'emploi des traverses métalliques.
Les environs sont abrités. Des noirs se rangent sur le talus au passage du train pavoisé; plusieurs sont armés de la machette, sorte de couteau allongé ou de faux sans manche qui sert à défricher en sabrant les herbes. De ces noirs, les uns demeurent impassibles et figés, nous faisant un accueil de fierté raidie, restant droits et d'apparence indifférente, sans une avance; h^s autres, ceux qui ont pris part aux travaux de la ligne, clament des joies bruyantes, les bras en l'air. Les habitats de ces tribus sont plus soignés et de longs dessins de galets et do coquillages enjolivent les allées irrégulièrement plantées.
La Duizi, que longe la voie terrée au kilomètre 50, est uno pimpante rivière gazouillant sur un lit de roches, se sauvant sous des arcs de verdure. Les arbres sont, depuis les racines, parés de ramilles, habillés de plantes parasitaires. Ici, s'épanouit le <(parasolier)>qui semble s'entourer d'ombrelles vertes.
La Duizi, dans sa retraite de végétation dense et enclose, est Tabreuvoir des éléphants. Sur cette section, la locomotive a déjà dû lutter contre un de ces pachydermes ou contre un buffle qui ne prétendait point céder la place. Sur les talus se marquent profondément de grosses traces de pas d'éléphants.
Le long de la Lamballala, la forêt se resserre et se tasse encore, s'emmêle, occupe l'espace de ses ramifications enche-
vctrCes. Des souches tordues, des bois noueux, des feuilles larges, un encombrement d'essences curieuses et variées, une population de plantes agglomérées, un fouillis oft paraissent asphyxiés ((uclqucs palmiers gris. Pas un chemin n'est réalisable dans cette forêt qui semble un gigantesque travail de fascinage et où la plate-forme de la voie ferrée a dû être ouverte à la hache.
Au Monolithe, — kilomètre 63, — l'air et l'espace sont rendus et sur les terrains qui s'égalisent et s'allongent, poussent le palmier élaïs et le bananier ; un de ceux-ci porte un plantureux régime de certainement deux cents bananes. Ici, aussi, apparaît le faisan du Congo.
La montuosité du sol se calme toujours, les collines s'arrondissent, une végétation souriante se dispose en grands bouquets verts, — et ces agglomérations d'arbres montrent un embrouillis de troncs et de branches de toutes formes, et non, comme sous nos latitudes, les régulières et longues hachures parallèles do mêmes fûts.
Au long de la Bembisi, — kilomètre 72, — le paysage sylvestre est charmant sur les bords de cette rivière qui a des crues soudaines de sept mètres. La forêt, où vivent des
bandes d'ûlûphants, a de verdoyanles coquetteries, de frais et sombres recoins, dy mystère clans un poétir|ue et rêveur arranfîement.
L'importante Lulu est traversée sur un pont de 50 mètres de j»ortée, et la voie, entre des parois d'apparences anioisiftres et calcaires, arrive à la station de Lufu. Le chef do y:are est un noir, un Sénégalais, grand, assez laçonnier, habillé de blanc et portant de grandes lunettes blenes. La station sur la hauteur est un bâtiment soigné, clair et simple, entouré d'un jardinage de fleurs.
Dans la partie suivante s ofondonl dos champs de papyrus; de nombrfusfs terniitii>rns so bombent on champignons; de Iiautos herbes on forme do glaïeuls garnissent los plaines qui nient en très beaux horizons, en pentes douces jusqu'à des collines couvorles d'arbres. Do petits singes grimaçants, qui s'amusent et grignotent, sont pris de peur soudaine et s'esquivent on giinibades, secouant les branches et disparaissant dans l'épaisseur du feuillage.
Après le col de l'Antilope, se projette, vers le kilomètre 90 sur la droite, les monts cherélé.'* d'arbres. Le [■aiii est de sable . . .'ouge ferrugineux.
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