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dos porspoL'Uvcs immenses; lii's l'-la^jifinpiils ilo j)laiis irré- Kuliors so ppiiloiit, Si' dissolvant dans une brume biciiàire» les lointains s'cdiK-aiit, s'ostompant eu ilt'licats oScXn de couleur. Et liicntùl la brousso ii repris ses driiils fl rùgiio dans cot étrange jiaysairc on ifi'is, ver! p\ ntujro, CVst fiiforo la grande savane rtimoranlp, dûfnclu'f.' par le Ion, aride et doslicrbée. La vue so [lord sur uin' iniinouso iléuuiliiticin, — mais sans se butera une réelle iniiji'essidu de désiiljiliiin el de tristesse.
La fî:ivo de Soiifiololo, près ilu liilonn'itre 100, est une éléfrante (-(instrui-lion en hniserie norvéi,'ionne. En l'ace, esl une granrle remise i'i luc(»m(»tives ol loul un quartier d'habitations pour le personnel.
Plus loin. In train dest'en{l vers la Kunkula dans des fonds humides, herbus, (m s'épanouisseul de géantes et capricieuses «orchidées» viule(tes;dans cette zone de jrrandes surluces jdanios, les terres sontloisoiuiéesdo hauts roseaux balaneOs dans
le vent. De longs lOzards moines reposent près du ballast; à gauche, des (.-ananls bronzùs pataugent dans un marécage — oii le soir, à la traiclie, les anlilopos des environs viennent se désaltérer.
La pliyslononiie d(! la région so fonce ensuite et la liroussaille se multiplie â perte de vue ; l'aspect de la végétation est morne, d'un vert jauni, lané; les i)lantes sauvages — populace de la botanique congolaise — envahissent d'une brutale domination l'immensité des plaines. Trois antilopes, avec grâce, les oreilles pointées, s'arrêtent à uotre passage et, pris d'effarement, partent d'un galop léger.
Au loin se soulève, se gonfle, se masse, une imposante alignée de montagnes, et à partir du kilomètre 125 — où dorment des étangs et des marais, et où serpente le ravin des Singes, — la voie, après le passage de la Sansikua, monte pour l'ascension du Col de la Hutte. La végétation reste vivace, accTOcliée
Une forge volante à la Sansikua.
aux versants de montagnes étrangement conformées ; les bananiers se comptent à profusion ainsi que le safos qui donne des prunes violettes; des lianes accrochent des cordages aux moindres rameaux; des baies pendent en grappes rouges; des Jardins vagu(^s ouverts à tous s'ornent de grosses fleurs en cloclies blanches; le terrain — disent les agronomes — serait excellent pour la culture de la canne à sucre.
Mais, Taltitude augmente toujours, et les plantes, attaquées l)ar le grand veni, se blottissent dans les replis du sol, s'entassent dans les fonds comme en de vastes entonnoirs. La roche qui encaisse la tranchée est de coloration violacée, rappelant le minerai de fer manganèse. La ligne s'infléchit, sinue à flanc de coteau, se noue aux difficultés du terrain, revient et surplombe des sections déjà franchies; le voyageur domine un dédale de belles vallées béantes entre des montagnes vertes, entre des montagnes jaunes; ce panorama convulsé, ce jeu d'altitudes, ce peuple de sommets en flère assemblée rappellent certains passages de l'Arlberg. Comme couleur, la descente de la Malanga serait un paysage espagnol, s'il y avait des oliviers.
La ligne franchit encore le Col Manioc et le Col de Bafu près de roches bizarres qui manifestent très nettement des phénomènes d'érosion. Autour, traîne, en bandes immenses, en aspect de désastre, le deuil des parcelles récemment incendiées par les indigènes. Près du kilomètre 150, le pont tubulaireduKwilu, de 80 mètres de long, est d'une légère et jolie construction; le tracé se reprend ensuite à monter dans une contrée large ouverte qui, — ainsi qu'en bien d'autres points, — ne donne pas l'impression d'une région pauvre, — mais d'une région sans habitants. Le paysage est à la sépia sur des teintes neutres d'automne. La voie ferrée se déroule sur les crêtes et, passant le Col des Deux-Versants, domine un superbe spectacle, une contrée capricieuse, grandiose, irrégulière, parsemée d'immenses roches grises, mélangée de végétations turbulentes, vivaces, qui poussent en étonnements et en surprises.
La descente se fait devant de majestueux aperçus de montagnes dans un tableau qui s'étend et s'enfonce à l'infini; à
ravant-i>lan,un massif rocheux crénelé, bastionné en véritable forteresse tic firanit, le massif imposant de Bangu. Comme grandeur dans une tonalité exquise, comnicmajosté(lévelo]ii>ée dans un ravissement de décor, le spectacle est certes parmi les plus superbes que traverse une ligne ferrée. Cette prestigieuse et stupéfiante descente se poursuit en nombreux lacets et, do çâ, de là, de grandes roches noires se drossent en fantômes de pierre, gardiens de ce merveilleux panorama.
Après les premiers kilomètres, les roches très dures ont disparu ; tous les terrains sont de cohésion moyenne; quelques rares massifs de quartzites ont résisté à la pioche. Les roches non meubles le long de la route sont schisteuses et calcareuses; parmi ces dernières paraissent des bancs de marbre C(»mmun. Les talus montrent un toi-rain argileux mélangé de sables ou enfermant en rognons ou en agglomérats, un minerai de ter pauvre uu peu granulé, couleur de limonite. Dans cette région émergent des bancs de calcaire dont on pourrait certainement faire de la chaux.
Les tranchées sont taillées dans un schiste calcarcux rosé; des amas de calcaires gris usés, abimés par le ruissellement,
Un arrêt (lu train.
mpumeril à Tuniha.
l'ont place à plusieurs affleurements de marijiv; et au bout d'une plaine do paisible vc^gétatiDU, la ligne arrive à la station de Kimpesse dans la vallée de la Lulîunga.
Après cette station, qui sera un point important de la ligne, — on assiste, longtemps encore, au redressement en haute solennité de ce fantastique et énorme niassifde Bangu; ce colosse de rorograpliio, superbement velu de tons graves, étale, grandit, af'lirme sa puissance majestueuse, assise sur une formation (le massive énergie. Sur les fonds des premiers plans, pointe en fantaisies une vivacité de plantes curieuses, dilatées en tous sens, épanouies bellement dans le bonheur de leur liberté.
Bientôt, quand la Luliunga s'éloigne restant aux pieds du massif de Bangu, les roches de Bomba accaparent le terrain, se resserrent et lorment au long de la voie des muraillements étranges, les uns en forteresses, les autres en formes de ruines de vieilles architectures, d'autres encore alignées en colonnades. Le Col de Gambi est franchi, — et le train, engagé dans une vallée assez étroite, parcourt des terres jaunes, des étendues de brousses et, entre des parcelles de culture en coins de paradou, où sont postés de placides indigènes, contourne des pentes et des croupes, enlace le
terrain, traverse des champs d'orseille — une utile plante tinctoriale... Enfin, dans la vallée do la Lambessa, arrive à Tumba — kilomètre 188 — le voyageur fatigué d'attention, ravi d'émerveillement après ce long déroulement de panoramas africains.
Dos rumeurs, dans le district, avaient répandu la nouvelle do la venue d'un représentant du Roi-souverain... Les chefs indigènes, pour s'aflirmer sans messéance et pour prouver qu'ils ne sont point de grossiers sauvages dépourvus desavoirvivre, ont alors, très courtoisement, voulu faire accueil aux autorités.
A l'arrivée du train, à Tumba, les majestés noires et leurs suites sont rangées, dans une immobile et solennelle gravité,le long de l'avenue de la gare. En groupes, accroupis, étalés sur le sol, ils forment tas, par village ou par tribu. Avec un orgueil d'ostentation, chefs et seigneurs de toutes importances, ont sorti leurs plus étonnants oripeaux et se sont parés de ce (jui, marquant la richesse et la puissance, doit en imposer aux étrangers... Or, cette grande tenue, cet appareil de superlative parade, piteuse contrefaçon d'oflficialité, donne, avant tout, une déconcertante drôlerie aux dignitaires emplumés. Ils nous servent, très consciencieusement, le spectacle d'une élucubration carnavalesque, sérieuse et imperturbable.
Le chef a fait porter par un adjudant son siège — qui est un fauteuil disloqué, un vieux voltaire troué, ou un simple pliant. Mais, ce meuble incomplet, détraqué est, tout de même, un luxe, ime rareté; il est déposé, en manière de trône portatif, devant l'envieuse admiration des foules. Le chef s'est installé sur ce siège et a disposé de la plus manifeste façon son bariolage d'insignes. Son costume fantastique est combiné en surcharge de lambeaux d'uniformes, de vieux fonds de costumier,
jaquette à brandebourgs ou tunique de ton voyant. L'un, sur un jupon de loilc, a ijauclicnicnt ondossé un lialiil i-ougo à grosses aij,'uilli'ttes ternies, vieil luitiit de cour ou tenue de valet de pied. Les livrées, par leur cbarge de galons, ont un merveillen.Y succès, l'n autre s'enorgueillit d'un vieux casque hossué, estroiiié, muni d'une seule moitié de jugulaire, injii.s surmou(i5 d'un aigle A la russe. Un autre, fu chemise de
dp
mba.; — Los pc\Lplacles indigènes.
flanelle bleue, tient entre ses jajnlies un haut sabre de cavalerie et se raidit la lèto pour ne pas faire dégringoler un bonnet i\ poil trop étroit. Tous ont la poitrine constellée de médailles, de plaques, de grandes picces de monnaie pendues au cou par des cordons; il faut du clinquant métallique très quelconque, insignes incompréhensibles mais marques de lierté certaines. Un dernier, drapé dans un lapis de table et tenant un énorme parapluie, a lait étendre un morceau de
paillasson sous srs piods, et porte, pour bien affirmer son faste et son opulonce, trois chapeaux superposés.
Derrière le chef, sont plantés des étendards, le plus grand nombre en peaux de léopards (endurs surdos perches en croix. Plusieurs chefs, toujours pour déployer leur chic, ont amené les plus séduisantes de leurs épouses qui sont assises dans le sable, le cou entortillé de perlos. Près de ces dames, se
Le chef .Mnketu et ses sujets.
trouvent les joueurs de tam-tam et les sonneurs de (rompe. Aux côtés du maitre, au premier ranj; de préséance, sont postés aussi les féticheurs à l'air malin et sournois, habillés de plumes baroques, de bibelots (alismaniques et d'amulettes de première valeur; puis, parmi les autorités et les gens de cour, encore, le poète ou le chanteur de louanges qui récitera et hui'lera à pleine voix les exploits belliqueux du maitre, — non seulement pour chatouiller les oreilles de celui-ci, mais beau-
coup pour ennuyer et défier les voisins. Autour enfin, en attroupement, en galerie admirative, sont les notables, les importants de la tribu, costumés d'une moindre bizarrerie de singularités, de fantaisies cérémonieuses, parmi lesquelles beaucoup de vastes parasols à rayures vives ; les propriétaires de ces raretés ont grand soin de les tenir ouvertes afin que nul n'eu ignore... Au nombre des gens de qualité, se pavane un gaillard crasseux, la tète turbanéc de cliillons et la face abominablement balafrée ; il se carre dans une capote de soldat, fume la pipe et n'a qu'un soulier. Son voisin porte ia i)eau de chat sauvage qui est insigne royal et, devant ses leaux, très majestueusement, se moucbe dans ses doigts. Pour un autre, encore, un gilet do flanelle est devenu, par l'ajoute de perles cousues devant el dans le dos, un doJinan de cérémonie. Une simple et ignoblement sale chemise de nuit et une casquette galonnée l'ont, tout aussi bien, ligure jalousée. Le meilleur luxe, le suprême genre épatant des seigneurs de deuxième classe, parait être le bonnet grec A lourdes broderies de couleur. [,a canne longue, les colliers de grififes de fauves, les calottes en fibres d'ananas sont aussi des aftirniations de dignité, des éléments de i)arure recliercbée dans ce caricatural congrès de grands chefs en cliifTonnicrs et d'empereurs grabataires.
Le speclJicle est inimaginable, avec (les détails d'une drôlerie sincère et désarmante. Doutant, malgré tout, de la réalité possible, on croit à un rêve de parodiste, à une invention d'étudiants fumistes, à une énormité de mascarade.
Chez eux, avec énergie, le sérieux persiste : ils se gobent magistralement, . . Itavis, béats, gonflés de morgue, ils demeurent immobiles, très certains d'être imposants dans leur bric-à-brac d'accoutrement. Les lleilés sont grotesques, les solennités empesées; la conviction a un naturel et admirable resplendissement de ridicule.
La politesse, la règle de l'étiquette et la loi du protocole bakongo veulent que les étrangers passent minutieusement la revue de ce luxe do maraudeurs. Il faut aller devant chaque groupe, regarder, avec un petit ctonnement, le chef, détailler sa tenue, analyser son esbroutfe : ils traduisent notre curiosité
en vénération. Et quand on touche les galons, quand on soupèse les torsailes graisseuses, quand on regarde de près les médailles dont ils ignorent les inscriptions et le sens, — que le blanc doit comprendre et respecter, — ils se laissent contempler avec un dorloltement de satisfaction, une complaisance qui daigne honorer le passant, une visible griserie de fatuité. Ils restent, après cette comédie d'hommages, roJdis de gloriole, boursouflés de contentement orgueilleux, toutes leurs prétentions (^talées sous un semblant do hautaine indifférence. L'apparatdecesdéputalions dcpeupladesdu district des Calaractes, tribus do Bakongo, aulochloncs des environs, le faciès altior de ces noirs crépus et (atoués, les dents cassées, la mine dure sans méchanceté, le corps builéou rougi de «ngula»,les pointes d'ivoire portées en signes cabalistiques de fétichisme, l'ahurissant assemblage de parures licelées, de défroiiues rabisto-
t,e chet Makctu et ses sujets.
quôes, (te funambulesques déchets de costume, l'ensemlile de (•o travestissfmonl d(''ialnv o( insensé est d'un superbo inconcevable de isOi-ieux autbenli^iUG ; la vision d'un peuple d'aliénés.
Au nombrnde ces clii'fs, trùno, en évidence, et couronné de litunies, le fameux Makolu des Banza Matadi; il portes sur lu poitrine, au bout d'un collier de viroles de cuivre, uuo médiiille aussi grande que sériciisoment ofllcieilc ot<iiii lui fut décciiiéi' pal' le Roi-snuveniin i)our avoir compris et secondé l'inlluence des civilisateurs.
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.1 ^ iiuiibiiurinaircR et les sonneurs de trompo.
Quand l'Inspection est terminée, qnand ils siml convaincus de l'impression produite, leur ttuii- est venu de manifester, de rendre la polilesse reçue en faisant connaître leurs sentiments de joie e( leur parfaite alIéf^Tessc.
Tout le monde est debout, l>rusi|uement.
Alors, commence un allreux et assourdissant concerl, un ensemble de cris, de hurlemenls, de vociférations devant (-onslituer un enthousiasme cliarivarique. Les instruments el les gens cornant et beuglant, les parapluies, les étendards et les
armes en virulente agitation, toute la cohue, prise de rage, se trémousse, saute, trépigne avec une exaspération de vacarme, autour du chef, toujours grave, mais debout maintenant et menant cotte sarabande de forcenés. Ils se répandent dans la plaine, tapageant avec férocité, chacun manifestant suivant les us de son pays. Les uns dansent en vertige, pivotent comme des toupies, les bâtons, les cannes, les flèches agités, les lances tournoyantes, les sabres efïectuant des moulinets désarticulés, les bras remués et battant Fair... Un autre groupe exécute des simulacres de chasses et de combats, imite la poursuite et l'ardeur de la tuerie, joue des scènes d'attaque avec des cris d'entraînement, des provocations à pleine voix. Un des mimes remplit le rôle du gibier; il se dissimule, se blottit, cherche des chances de fuite; et le tout aboutit à des tableaux de victoires hurlantes et braillantes, les armes frappées les unes contre les autres.
De toutes parts, se démène et éclate en résonnances furibondes, la brutale gueulerie, la joie du bruit. Les trompettes s'essoufflent, les tam-tams, les tambours de danse résonnent fortissimo^ des « artistes )> se crèvent les joues sur des cors de chasse, pour atteindre le comble de la surexcitation dans les cris à pleins poumons, dans une frénésie de tapage, accompagnée de trémoussements et de : hou!... hou!... — qui doivent signifier des ; très bien ! entièrement approbatifs.
D'un autre coté, un chœur entame gravement une mélopée énigmatique dont le rythme régulier, trainant, est agaçant et crispant de lente monotonie. Puis, la mesure s'anime, s'enfièvre; les chanteurs pressent le mouvement, s'emportent et glapissent à se retourner la poitrine.
Cette démonstration effrénée, ce hourvari en solennité si pompeusement insensée, est un étonnement à pouffer de rire, qui devient un douloureux assourdissement et l'envie de s'esquiver. Mais, devant cette ardeur emballée, dans cette parade à grand boucan, pas un instant ne se dessine un soupçon de mystification. Elle est drolatique avec une immense mais naïve bizarrerie, cette démonstration de bruit infernal, dégageant de vilaines odeurs et remuant des parapluies multi-
Tuinlin. —Chefs imliçyr
colores (lévrensenieiit affilés à bout de bras... Et l'on peiiso peut-êli'p que lour tRiiue de liei's et misûi'alilos pi-iiiiitifs, leurs chiirons symboliques, leui's loques prétentieuses et leurs panaches dépenaillés ne sont, au fond, guère moins explicables ou moins convaincus que certaines dorures ou aigrettes, couleurs de rubans ou formes de cliapeau consacrant de l'offlcialité ou des grades dans notre très supérieure civilisation. Simplement, nous assistons à une démonstration sociologique découviant l'initiale évolution des conventions qui s'imposent à tout assemblage d'hommes.
Non loin des maisons danoises qui nous servent de campement à Tumba, dans la vaste plaine nue qui, de l'autre côté du chemin de fer, monte vers les bâtiments de l'Etat, un attroupement d'indigènes s'est formé. On entend une vague et criarde confusion de chants et de glapissements d'appel : des Bakongo se divertissent au «tam-tam », aux danses de fête. Le tam-tam, c'est la joie de la jeunesse, l'irrésistible et seul amusement.
roccasion de contacts, les trouvailles d'éventualités amoureuses : c'est la valse noire.
La galerie est faite de curieux immobiles, plantés droits qui, très flegmatiquement, les bras croisés sur la poitrine et le couteau dans la gaine de peau attaché au bras ou à la ceinture, sucent à grosses lèvres un court brûle-gueule. Au centre de cette curiosité, les garçons d'un côté, les filles de l'autre, sont en deux rangées se faisant vis-à-vis. Danseurs et danseuses sont nus jusqu'aux hanches; une étoffe fanée, aux tons de poussière, juponne les jambes au-dessus des genoux. Les jeunes personnes ont les cheveux courts, crépus, jardines par des arrangements qui tracent des allées rasées allant de l'avant à l'arrière de la tête. Elles portent un ivoire taillé pendu au cou, des bracelets et des chevillières en torsades de cuivre. Les plus coquettes ont, sur la poitrine, un tout minuscule foulard carré, rouge d'un vif éclatant; mais, la plupart, généreusement, dansent les seins au vent, — et cette exposition déjeunes poitrines en formation, de seins se gonflant et mûrissant est d'une grâce franche.
La danse est conduite par un tambourinaire à cheval sur un instrument étendu dans le sable; il tape des doigts, cogne des jointures et pianote énergiquement sur la peau résonnante. Le musicien se démène et se dandine en des agitations d'énergumène; il crie, il hurle, il excite.
Les deux rangs de danseurs avancent l'un vers l'autre, puis reculent, et recommencent le va-et-vient; cette double oscillation est le seul, le continuel mouvement, — que les intervenants, sur le rythme du tam-tam, accompagnent de battements de mains et d'un chant long, nasillé sur trois notes toujours répétées. Et les danseurs continuent, avec une inlassable patience et une obstination agaçante et froide, ces allées, ces venues, ces rencontres suivies de retraites, en un mouvement de vague se reformant toujours pour retomber... Les avancées et les reculs s'effectuent avec des contorsions de poitrine, des balancements de ventre, un roulement des hanches, des torsions mêlées de dandinements ridicules. En se trémoussant, le corps a des remous, des gaucheries d'atti-