‹ Heures d'histoireChapitre 11 sur 15 · Souvenirs d'enfance, p. 2G · texte numérisé non relu

Souvenirs d'enfance, p. 2G

tons pas capables d'obtenir une vérité objective, absolue, sur l'insaisissable, l'invisible passé. Un dessin des grandes lignes communément accepté, soit; mais le détail exact nous éebappe. L'expérience quotidienne des faits contemporains nous enseigne que ce détail a trop d'aspects divers. Les interprétations et les reconstructions hisloriques nous apparaissent comme les visions personnelles de quelques regards originaux, regarda d'un Renan ou d'un Michclct, d'un Montalembert ou d'un Fustel de Coulanges, d'un Macaulav ou d'un Carlyle. Les uns avouent qu'ils peignent, d'autres soutiennent qu'ils photographient; mais nous savons bien qu'aucun d'eux ne tient l'objet qu'il représente, et que cliacun de ces esprits en a recréé l'image suivant les lois particulières de son optique.

M. llenan n'accordait de créance qu'à l'évidence bistorique; en un sens, nous croyons être plus fidèles que lui à cette discipline. Devant les grands produits de l'histoire, qu'il s'agisse du monde romain, du Moyen Age, de la Révolution, ou d'un phénomène religieux tel que le christianisme, nous sommes surtout frappés par l'arbre immense, indéracinable, qui s'impose à notre vue comme un être vivant et fructiiiant. Ce qu'on nous raconte de la ténuité et de la fragilité de ses premières racines nous touche peu. Voici le germe d'où est né le géant, nous dit-on; ce germe

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est quelconque, sinon même avarié. C'est qu'on a mal vu, c'est qu'on ne pouvait pas voir le germe. Analysez des milliers de glands, que votre expertise vous montrera tous pareils ; vous ne saurez jamais dire pourquoi celui-ci a produit un chêne majestueux, tandis que les autres sont restés stériles ou n'ont donné que de maigres arbustes. Il y a eu pour ce gland désignation dans l'insondable , décret nominatif, comme disait M. Renan du chêne Hugo. En tout cas, si le mot de vérité a un sens, les premières vérités, pour nous, ce sont la grandeur et la force actuelles de l'arbre, que nous pouvons mesurer; c'est sa vitalité persistante, son adaptation progressive à nos besoins; la recherche des brindilles mortes qu'il a pu éliminer dans sa croissance n'est qu'un passe-temps amusant, secondaire.

De même, à certains égards, nous appliquons avec plus de rigueur que M. Renan sa doctrine sur les volontés prévoyantes de l'inconscient; nous l'appliquons aux volontés inconscientes du peuple, ce qu'il ne faisait pas. Nous avons peine à le suivre, lorsqu'il écrit : « La lumière, la moralité et l'art seront toujours représentés dans l'humanité par un magistère, par une minorité, gardant la tradition du vrai, du bien, du beau '. » Peut-être; mais alors il faut séparer la vie de la

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