JUMEAUX
Et, sur mon front terni, sentir une caresse De votre faible main !
Oh ! que le cœur si pur de votre douce mère ,
En bondissant dans vous, vous rende heureux toujours! Et ne sentez jamais cette tristesse amère Qui pèse sur mes jours !
Et quand vous serez grands, si l’ombre de la tombe A répandu sur moi son éternelle paix,
Peut-être, quelquefois, quand le pâle soir tombe Sous les bosquets épais;
Peut-être , ressentant un moment de tristesse ,
Vous rêverez ensemble et plaindrez mes douleurs. Et d’un œil attendri, que la pensée abaisse, Tomberont quelques pleurs.
Peut-être, vous viendrez, dans l’humble cimetière. Vous tournerez vers moi vos pas silencieux;
Et, le genou plié sur une froide pierre,
Invoquerez les cieux !
l'tEpoquc.
Tour videbuut
xuumm
Voyez-vous, sur ce mont, ià-bas, se détacher Des hauteurs, quand laterreautour tremble, un rocher? D’abord sur sa racine, incertain, il balance;
Puis se penche, en broyant l’obstacle, puis s’élance!... De la cime des monts vers leurs flancs décharnés 11 descend à grand bruit, saute à bonds effrénés.
Et voilà, plus puissant qu’un rapide tonnerre.
Qu’à la pente arrachant sa chute circulaire,
Un bras mystérieux l’emporte loin du mont :
Plus, dans l’abîme immense, il s’approche du fond, Plus du côté du fond le bras le précipite ;
Plus dans son tourbillon il presse son orbite.
En proie au long travail de ses ébranlements.
i8 l’époque.
Le inonde a tressailli jusqu’en ses fondements :
On l’a vu se pencher lentement sur sa base,
Et tout son poids peser sur les lois qu’il écrase ;
Et l’obstacle il l’a fait voler en mille éclats ,
Et voilà qu’il bondit, et l’invisible bras Déjà s’en est saisi dans sa chute rapide,
Et le pousse, et le pousse à l’abîme du vide.
Peuples , où courez-vous , et quel est ce transport ? Ce que vous nommez force est un frisson de mort : Vous êtes aveuglés et sourds comme un homme ivre. Le fantôme qu’en vain vous vous usez à suivre ,
En lui tendant les bras, à vos étreintes fuit,
Fuit toujours, et vous perd dans l’ombre de la nuit.
Peuples, voudriez- vous, battus loin des rivages,
Rire et vous endormir dans le sein des oragés,
Et, n’apercevant plus dans l’ombre aucun fanal, Descendre à fond de cale, et d’un bras infernal Braver le feu du ciel, et ses bruits et ses foudres ,
Et pour finir d’un coup jeter la flamme aux poudres!
Un esprit de vertige à l’occident souffla ,
Et le torrent humain dans ses flots se troubla ;
Satan d’un pôle à l’autre étendit son empire.
Et poussa dans l’enfer un long éclat de rire.
Et moins prompt est l’éclair qui, dans les nuits d’été r Imprime à l’horizon sa sanglante clarté,
Moins pressés les débris qui roulent dans l’automne, . Moins profond l’océan. Et la tempête tonne,
l'époque.
Et voilà la discorde, et le fer frémissant,
Et les voix de la guerre, humant l’odeur du sang. Et le roulement sourd des canons que l’on traîne; Long retentissement et de bronze et de chaîne. Des cadavres humains, impurs et noirs lambeaux, Que vont en croassant s’arracher les corbeaux.
Et les peuplés n’ont pas reconnu la colère Et la voix d'un ciel vengeur, et sur la terre Personne n’est rentré dans les bras de son Dieu.
Us ont dit dans leur cœur un éternel adieu A l’Homme du Thabor, à ce Dieu de Moïse Qui pleure sur la croix , aux pompes de l’Eglise Qui consacre le deuil, la joie, et les remords,
Aux hymnes dans les champs, à la fête des morts. Ils out répudié les tombes de leurs pères!...
Je cherche dans le monde, et ne vois que repaires De honte, de débauche, ou d’incrédulité.
Partout comme un serpent , surgit l’impiété,
En soufflant ses poisons. Et depuis notre plage Jusqu’au sol du palmier, il n’est point de rivage Qui ne soit imprégné de la contagion,
Pas de peuplade vierge, où la religion Aille, de nos climats, étendre sa blanche aile,
Et là, recommencer une époque nouvelle,
Une histoire nouvelle, et de nouveaux beaux jours.
Mais je parle, et le temps vole, vole toujours.
Le monde est emporté dans un cercle rapide;.
a o l’j-poque.
11 roule, et nous roulons avec lui dans le vide.
Jouissez, jouissez ! vous n’avez pas longtemps A jouir : n’est-on pas déjà vieux à vingt ans? —
— Mais nous allons trop loin... Retournons à la cime... Nous sommes débordés... Nous voilà dans l’abîme... Et l’air va nous manquer... Dieux! quel chaos profond! Halte! nous sommes près de nous briser au fond!...
— Non! marche! marche! marche! allez vite! plus vite! Roulez , et qu’une force aveugle précipite
Dans l’abîme la roue arrachée à l’essieu !..
— Et bien ! que le plaisir encor soit notre Dieu ! Buvons, enivrons-nous dans la coupe des fêtes,
Et que la volupté de fleurs ceigne nos têtes !
Des guirlandes! du vin! arrière les cyprès!
Et, si nous périssons, que ce soit sans regrets!
— Oui, réjouis-toi, peuple! oui, réjouis-toi, terre! Enivre-toi d’amour; dors, épouse adultère!
Dors, dors, et que l’arom, les parfums les plus doux Embaument dans la nuit ta couche et tes genoux...
Tu verras, au réveil, un rideau qui se lève,
Et les yeux flamboyants de l’époux... et son glaive!..
JTe heritier Automne
Il arrive perfui», dm.» le aiùcle ou nuua sommes.
Qu'un grand vent tout à coup lève le flot dea bonimea V II
Ohl que j’aime le vent et ses lugubres bruits!
Que je l’aime, le soir, et dans l’horreur des nuits, Quand l’homme, enveloppé d’un crêpe noir, sommeille! Mais il ne dort pas, lui : comme un esprit qui veille, Ange des trépassés, il souffle sur ces bords,
Et berce l’univers, au bruit de ses accords.
Oh ! que j’aime le vent qui s’engouffre et se plonge Dans le fond des vallons, où le bruit se prolonge!... Oh! que je l’aime, quand il mugit dans les bois, Semblable au chant de mort de la terre aux abois , Ou comme les accents de la voix éternelle
i‘J t.JF. I1EUNIKH
Dans les jours du déluge, alors <|iie de son aile Dieu secouait dans l’air les nuages errants.
Et la pluie, et la grêle, et l’onde des torrents!'
Que je l’aime soufflant dans un bouleau sauvage Dont chaque rameau flotte, au loin sur le rivage, Comme un signal d’amour; ou comme ces lambeaux Que leur ancienneté fait paraître plus beaux,
Quand ils sont écharpés aux éclats de la foudre ,
Et noirs , et tout troués par la guerre et la poudre.
O toi , que la tristesse écrase de son poids , Compagnon de l’exil! viens dans le fond des bois, Viens entendre avec moi le grand vent des automnes. Et leurs sombres horreurs, et leurs bruits monotones! Oh! viens au pied d’un chêne! et là, loin des chemins, Caisse aller tes pensers, la tête dans tes mains...
f ,e poids du genre humain, dans la main qui l'enchaîne, Paraît aussi léger que la feuille du chêne.
Ce genre humain aussi traverse des saisons.
Déjà le beau printemps, aux douteux horizons,
Au ciel pur, a jeté son bandeau d’innocence,
Et de ses vapeurs d’or s’élève la science Qui naît et qui grandit au flambeau de l’été :
Mais au-dessus, le temps, qu’on n’a pas arrêté. Vole, vole, et conduit aux ombres de l’automne. L’homme lui tend la main, et prend ce qu’elle donne... Mais scs fruits sont impurs, et rongés par les vers... Kt déjà nous sentons la glace des hivers...