UNE VOIX
Tu fus cloué pour tous au bois patibulaire :
Que tous en même temps de ton sang tutélaire Reçoivent le flot fécondant.
Que sur tous, ô Jésus! il pleuve, et qu’il inonde Les générations qui passent dans ce monde,
De l’orient à l’occident.
LE CHOEUR
Dieu de Jérusalem! resplendissante aurore!
SAINTE PIIILOMÈNR.
Eu suppliants vers toi nous étendons les bras.
Ecoute avec bonté notre voix qui t’implore !
Que la grâce toujours ici-bas vienne éclore Dans ces cœurs que tu jugeras!
une voix.
Oh ! veille sur la veuve, et sur l’enfant sans mère! Qu’ils trouvent dans ton sein leur douleur moins amère, Et leur pain de pleurs moins pétri!
Du pauvre voyageur rends la route moins sombre, Contre les assassins qui l’attendent dans l’ombre, Fais-lui de ton aile un abri !
LE CHOEUR
Dieu de Jérusalem ! resplendissante aurore !
En suppliants vers toi nous étendons les bras.
Ecoute avec bonté notre voix qui t’implore!
Que ta grâce toujours ici-bas vienne éclore Dans ces cœurs que tu jugeras !
une voix.
Sois en aide à tous ceux que le malheur assiège. Soutiens, prête à tomber, la vierge au bord du piège Que lui tend la séduction.
Protège le marin ballotté par l’orage;
En face des bûchers, donne-nous du courage, Durant la persécution !
LF. CHOEUR.
Dieu de Jérusalem! resplendissante aurore!
En suppliants vers toi nous étendons les bras. Écoute avec bonté notre voix qui l’implore!
3o 6 SAINTE PHILOMiNE.
Que ta grâce toujours ici-bas vienne éclore Dans ces cœurs que tu jugeras !
une voix.
Donne au catéchumène et lumière et constance, Et ne rejette pas les cris de pénitence Des pleurants prévaricateurs !
Rappelle dans ton sein celui qui t’abandonne! Prends pitié des païens , et pardonne , pardonne , O Christ ! à nos persécuteurs !
LE CHOEUR
Dieu de Jérusalem ! resplendissante aurore !
En suppliants vers toi nous étendons les bras. Écouté avec bonté notre voix qui t’implore!
Que ta grâce toujours ici-bas vienne éclore Dans ces cœurs que tu jugeras!
Un silence suivit le chant de ces fidèles,
Puis, les hommes entre eux , et les femmes entre elles, S’embrassèrent au front... symbolique baiser! Religion d’amour qui veut égaliser Tous les rangs ici-bas , et rendre ses apôtres.
Aux yeux de l’Éternel, frères les uns des autres!
SAINTE PHItOMÈNE.
Alors cliacun offrit et le pain et le vin ,
Aliments réservés pour le banquet divin.
L’évêque prononça les mots du sacrifice,
Consomma le mystère, et but dans le calice.
Puis il prit dans ses mains les fragments sur l’autel, Se tourna vers la foule , et le regard au ciel ,
11 répéta trois fois, d’une voix forte et grave,
Cette invocation : « Que l’agneau de Dieu lave « Tous les péchés du monde , et demeure dans nous ! » Et la foule en silence attendait à genoux.
En ce moment, on vit, près de la table sainte ,
Un visage nouveau jusqu’alors dans l’enceinte,
Une forme aux yeux doux, au front adolescent, Dont la pâleur annonce un mal encor récent.
C’est une jeune fille... et derrière elle, traîne , Attachée à ses pieds , une pesante chaîne.
L’étrangère prit place à côté de Prisca.
La noble impératrice alors la remarqua.
En voyant sa beauté, sa pâleur, sa jeunesse,
Elle laissa tomber un soupir de tristesse ,
Et se dit dans son cœur, qui tout à coup se fend , Qu’à cette heure peut-être elle était sans enfant!...
Or, dans le carrefour la cène était finie ,
Et la foule assemblée à la cérémonie ,
S’écoulait lentement dans les noirs corridors,
Alors qu’on entendit arriver du dehors De jeunes voix chantant des cantiques funèbres, Dont les sons argentins flottaient dans les ténèbres,
ao.
SAINTE PHILOMÉNE.
Les lampions scellés aux murs du souterrain , Au-devant du convoi sont allumés soudain ,
Et des voix répondant aux voix par intervalle. Saluent des arrivants la marche triomphale.
LES ARRIVANTS
A notre Dieu chantons triomphe et gloire , Triomphe et gloire au haut des airs !
De la martyre exaltons la victoire ,
La victoire sur les enfers !
Tremblante encor, l’époux divin l’a prise D’entre les lions dévorants!
Et dans l’Eden , son sang qui fertilise , S’échappe pur, et par torrents !
LES CHRÉTIENS (des Catacombes).
Salut! salut! ô croix! ô notre unique espoir! Salut! un nouveau sang t’inonde!
Triomphe, et plane sur le monde,
Des plages de l’aurore aux régions du soir!
LES ARRIVANTS
La tendre sœur que nous trouvions en elle, La compagne n’existe plus.
Mais la martyre étend sur nous son aile;
L’amie est avec les élus !
On voit devant les couronnes d’épine Disparaître celles des rois;
Et la princesse, en place de l’hermine,
A préféré porter la croix.
SAINTE PHILOMÉNE. 3og
LES CHRÉTIENS (de» Catacombes).
Salut! salut! ô croix! ô notre unique espoir!
Salut! un nouveau sang t’inonde!
Triomphe, et plane sur le monde,
Des plages de l’aurore aux régions du soir!
LES ARRIVANTS
Consolez-vous! frères, au Colisée \j& croix va monter dans les airs !
Et des païens, la colonue brisée Retombera daus les enfers'
Oui! tu seras grande sur toute chose.
Croix qui soutiens le poids d’un Dieu !
Et dont le pied sur cette terre pose,
Scellé par le .sang et le feu !
LES CHRÉTIENS (des Catacombea).
Salut! salut! ô croix! ô notre unique espoir!
Salut! un nouveau sang t’inonde. /
Triomphe , et plane sur le monde ,
Des plages de l’aurore aux régions du soir !
LES ARRIVANTS
Elle n’est plus ! nous réclamons sa tombe :
A ses restes donnez, abri.
Son pâle front avec grâce retombe,
Comme uu lis encore fleuri.
Four son sang pur, qu’on prépare la fiole!
Uu jour, les peuples à genoux ,
3io
SAINTE EHILOMÈNE.
Diront , voyant à son front l’auréole :
« Valérie ! oli ! priez pour nous ! »
LES CHRÉTIENS (des Catacombes).
Salut! salut! ô croix ! ô notre unique espoir!
Salut! douce et tendre colombe!
Viens ! voici la fiole et la tombe Qu’un jour les pèlerins de bien loin viendront voir!
u Dors , dors , ô mon enfant ! » dit une voix brisée ;
« Pour dormir avec toi , je vole au Colisée. »
Et l’on vit une femme hors du caveau courir : L’impératrice allait à l’empereur s’offrir!
Et sur le corps marbré dout le sang pur s’épanche , Vint tomber une vierge, et si jeune et si blanche, Que^dans l’embrassement de ces deux corps entre eux, A peine on distinguait la martyre des deux !
Sainte pjtlamène.