‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 102 sur 108 · SEPTIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME PARTIE

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A l’orient perçait une humide lueur.

Dans les splendeurs du ciel dont ils couvraient le faite. Les séraphins chantaient des cantiques de fête,

De la terre attendant des amis. — Jehova Appelle une nuée aux lumineuses franges,

11 y place un chœur de ses anges,

Avec des palmes, et dit: Va!

Le nuage court dans l’espace,

Comme un météore il descend.

3ao SAINTE PHII.OMfeNE.

Vers la terre il s’approche, il passe L’ombre où perce le jour naissant.

Et dans les airs , de son haleine ,

Jéhova dirige son vol.

A travers la fluide plaine ,

D’Italie il rase le sol.

Il atteint l’humide rosée,

Il s’avance, il flotte au milieu....

A la lin, sur le Colisée,

S’arrêta le souffle de Dieu.

Alors , dans le nuage aux lumineuses franges ,

Ainsi chanta le chœur des anges :

« Courage ! heureux martyrs ! nos bras vous sont ouvert s ! « Votre fin généreuse excite notre envie.

« Vers vous Dieu nous envoie, et de l’arbre de vie « Nous vous portons les rameaux verts!

« Le ciel se réjouit ! en ce grand jour, courage !

« Sur la terre commence un nouvel avenir.

« Des esprits de l’enfer dont vous bravez la rage ,

« Le règne va finir! »

Or, vers l’amphithéâtre, inondant chaque rue,

Rome était de bonne heure à la fête accourue.

Déjà s’étaient rangés cent mille spectateurs.

Sur les lignes d’en bas siégeaient les sénateurs.

Les hommes occupaient les places mitoyennes;

Au faîte se pressaient d’avides citoyennes,

Qui pour elles trouvaient l’espace trop étroit.

SAINTE PHIEOMÈNF.

Une tenture d’or couvrait le peuple roi!

Et dans l’air échauffé que souvent elle arrose. Jaillissait en parfums l’essence de la rose !

On avait dans l’arène amené les chrétiens.

Autour d’eux les lions, qu’excitaient les gardiens. Mordaient en écuinant les barreaux de leurs cages. A leurs rugissements mêlant ses cris sauvages ,

Et comme eux altéré de carnage et de sang,

Le peuple répétait avec un bruit croissant :

«Les lions! les lions! qu’on commence la fête! » Du Colisée enfin, venant joindre le faîte,

Au palais des Césars un grand pont s’abaissa ;

Et Dioclétien lentement y passa.

Le vieillard était pâle , et son visage sombre Au milieu de la foule apparut comme une ombre!

Dans l’arène où le sang se répand en ruisseaux , Des membres déchirés palpitent par monceaux.

L’éléphant laisse aller sa trompe vers la terre. Fatigués du festin , le tigre et la panthère Sur des os écrasés se couchent pantelants,

La prunelle mi-close, et se léchant les flancs!

Alors dans le nuage, aux lumineuses franges, Ainsi chanta le chœur des anges :

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SAINTE PHILOMÊINE.

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« Sur la terre commence un nouvel avenir!

« O martyrs bienheureux! gloire à votre courage! « Vous avez de l’enfer rendu vaine la rage :

« Son règne va finir! »

I^es tigres, à la fin de carnage étaient las.

Mais pour la multitude elle ne l’était pas.

« Et la Grecque! et la Grecque! à son tour qu’on l’amène!» Au milieu de ces cris apparut Philomène.

Ses tourments n’avaient point altéré sa beauté.

Dans le tumulte, on vit courir de son côté Un César! Il lui dit quelques mots à voix basse,

Et parut l’implorer comme pour une grâce.

I>a vierge avec douceur l’éloigna de la main ,

Et sur le sol sanglant poursuivit son chemin.

Elle s’arrêta calme au centre de l’enceinte.

Puis, rangeant sa tunique avec pudeur, la sainte S'agenouilla, soumise, entre ses deux licteurs.

Elle n'entendit plus les cris des spectateurs ,

Elle cessa de voir, en imposants étages ,

I /un sur l’autre pressés , les cent mille visages Qui regardaient d’en haut, autour d’elle inclinés.

Ses beaux yeux, vers le ciel, en extase tournés.

Fixaient avec amour les anges dans la nue.

Elle entendait chanter des chants de bienvenue !

Alors de son bourreau le glaive flamboya,

SAINTE PH1LOMÈNE.

Par trois fois dans les airs en sifflant tournoya , Tomba sur son cou blanc, et sa tête sereine Bondit échevelée au milieu de l’arène !

Soudain , les spectateurs , saisis par un frisson , Entendirent passer un lamentable son.

Du monument sous eux les bases chancelèrent.

De Jupiter Stator les images tremblèrent ,

Et des milliers de voix s’écrièrent en chœur :

«Vos idoles s’en vont, et le Christ est vainqueur! >*

Le farouche empereur que la terreur assiège ,

Le front has, l’air hagard, s’agitant sur son siège. Dans l’ombre entrevoyait son éternel destin.

Puis, d’un œil inquiet, il chercha Constantin.

Un garde en sa présence accourut, et vint dire Que le jeune César, en quittant la martyre,

Des Gaules avait pris la route, et qu’en passant ,

On l’avait vu lancer un regard menaçant...

Et du sein de la nue, aux lumineuses franges, Chanta la voix forte des anges :

« Dans le monde et les cieux Jéhovah soit béni !

« Vierge ! viens recevoir le prix de ton courage !

« Des esprits de l’enfer qui se tordent de rage,

« Viens ! le règne est fini ! »

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Je ressentais au cœur une douleur immense,

Et l’ombre qui descend, la clarté qui commence, Me retrouvaient pleurant, penché vers mes genoux languissamment assis sur le tronc d’un vieux chêne Je portais, accablé, mes jours comme une chaîne, Dont les anneaux pesants allaient être dissous.

Je disais à la nuit : a Viens , et sois ma dernière!... » Et c’était, chaque soir, mon ardente prière,

Mon vœu, mon espoir le plus doux!

Une voix, tout à coup, qui frappa mon oreille,

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