‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 103 sur 108 · K MONSIEUR · texte numérisé non relu

K MONSIEUR

Modula des accords d’une douceur pareille Aux cantiques sacrés qu’on entend dans les cieux. Celui qui les chantait séjournait sur la terre;

Mais quand il vint charmer ma douleur solitaire, Il portait sur sa tête un bandeau radieux;

Sur le monde en extase il étendait son aile ,

Et la mer, à ses pieds, de la vague éternelle Jetait les sons mélodieiix.

Les cordes de sa lyre, à la fin détendues Par le torrent des pleurs qu’il avait répandues , Cessèrent un moment de frémir sous ses doigts.

Il suspendit ses chants , et pendant cette pause , A la place du luth, qui près de lui repose,

Comme un sceptre immortel , il avait pris la croix A ce signe sacré qu’il portait dans sa droite,

Les siècles arrêtés à l’aspect du poète, S’agenouillèrent à la fois.

Et d’innombrables voix saluaient le génie ,

Et, pour rendre un hommage à sa gloire infinie, Vers lui de toute part montaient avec transports. Dans cet encens qui vint autour de lui s’étendre, Dans ce grand chœur, aussi , ma voix se fit entend) Et je balbutiai quelques faibles accords.

11 vit de la douleur sur ma face voilée,

Et penchant jusqu’à moi sa couronne étoilée.

Sourit à mes premiers efforts.

J’apefçus une enfant, et gracieuse et blonde,

DE LAMARTINE. SlJ

Faire, en courant, flotter ses cheveux comme l’onde. Et bondir près d’un père, attentif à ses jeux.

Elle brillait semblable à ce feu qui console,

Et vers lequel tournant de la mer sa boussole,

Le marin se dirige en ses jours orageux.

Flambeau vivifiant, et que le ciel lui-même,

Pour tenir inspiré le poète qu’il aime ,

Avait placé devant ses yeux!

Et quand il contemplait son regard pur, le père Retrouvait des rayons éclipsés sur la terre,

Et tout ce que du ciel son âme avait pensé.

Elle lui répétait les merveilles étranges

Que, dans les calmes nuits, viennent dire les anges

A l’enfant qui s’endort, par les songes bercé.

Elle allait se pencher sur les lignes qu’il trace.

Et laissait un parfum d’innocence et de grâce Où sa main douce avait passé !

Quand son père chantait, elle écoutait ravie.

Et son berceau voguait sur les flots de la vie ,

Au bruit de ses accords, mollement ballotté.

Près d’elle, il ressentait d’inexprimables charmes. Quand il allait pleurer, elle essuyait les larmes Prêtes à déborder de son œil attristé.

C’était tout un poème, et son calme sourire Etait un arc-en-ciel qui venait lui prédire Le beau jour de l’éternité!

Et je vis un vaisseau qui partait du rivage,

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