A MONSIEUR
Et de loiu, sur la mer, il jetait à la plage,
Mêlés au bruit des flots, de sonores adieux.
Et, debout sur le pont, d’où sa tête se penche, Souvent vers l’orient tournant sa forme blanche.
Une enfant regardait l’horizon radieux.
Alors on entendit une voix inconnue Qui, frappant le poète, en tombant de la nue, Prononça ces mots dans les cieux :
« Vogue, poète! vogue à la terre sacrée!
« Que ta lyre à moi seul désormais consacrée ,
« Dépose dans ses chants les trésors de ton cœur.
« O poète! ce cœur que tant d’amour enflamme,
« Ce cœur si pur, j’en suis jaloux, et j’en réclame « Tous les épanchements, et toute la ferveur.
« D’un immortel rayon j’ai réchauffé ton être,
« Je t’ai fait comme un dieu parmi les hommes, naître, Comme un dieu qui sent la douleur!
« Autrefois, sur les bords dont te sépare l’onde,
« Tu sais, ton Créateur donna son fils au monde, n Et le vit tristement se pencher et mourir.
« Comme lui sur la croix va déposer ta fille!... » Alors la belle enfant, dont l’œil de bonheur brille. Vint, tendre et caressante, à son père s’offrir...
Et lui la regardait, l’âme pleine d’ivresse,
Et semblait oublier, sous sa tendre caresse,