‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 18 sur 108 · LA FLÈCHE · texte numérisé non relu

LA FLÈCHE

Lejeune bataillon qui passe et qui défile,

Vers nous avait baissé son front;

Oh ! quand nous avions vu poindre une tète bruue Sous un rideau dans l’ombre, entre les plis furtifs, Nous rentrions ravis d’une bonne fortune,

Qui deux jours nous rendait pensifs.

Ami ! rappelle-toi tous nos rêves de gloire ;

A peine nous sortions d’un siècle de héros,

Et nos cœurs tout empreints de leur étrange histoire N’aspiraient qu’à monter plus hauts.

Et rien n’était égal à notre ardeur guerrière Qui nous montrait partout des armures d’airain ,

Et nos désirs de loin dévoraient la carrière,

Fiers et bondissants sous le frein.

Et notre ambition s’élancait vagabonde,

Et ne reculait pas au nom de conquérant.

Au cœur des nations elle allait, et le monde Pour nous n’était pas assez grand.

11 nous semblait en nous qu'un prodige allait naître; Que les peuples soumis porteraient notre char,

Et que, pour triompher, nous n’avions qu’à paraître. Comme autrefois Jules César.

O chimère ! ô néant ! ô temps de mou college !

Age aux rêves dorés, aux chagrins impuissants,

f>f> LA FLÈCHE.

Qu’un jour vient apporter, et que le soir allège Dans le cœur des adolescents !

A peine si déjà l’empreinte des années A , depuis ce temps-là , sur nos têtes passé. Pourtant, que de débris, d’illusions fanées Dans notre avenir dispersé !

De mes anciens amis j’en ai vu par le inonde; Presque tous ils étaient graves, et le chagrin Laissait, en y passant, une trace profonde Sur leur front jadis si serein.

Maintenant les amis répandus sur la terre, Accomplissent la loi que suit le genre humain , Et le sort de chacun , bruyant ou solitaire.

Nous a dispersés en chemin.

Ainsi les fruits du chêne, emportés par l’orage, Courent prendre racine, au loin dans l’univers, Ils se font au climat et versent leur ombrage Sur des paysages divers.

Ainsi le même sol n’anime plus leur sève , L’arbre qui les porta n’est plus qu’un étranger; Chacun pompe les sucs du vallon , de la grève Où l’orage l’a dirigé.

Oui, de la Flèche, ami ! la vie était austère; Tous les pas en étaient réglés par le tambour,

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Et parfois de nos chefs la verge militaire Parlait à défaut de l’amour !

En dépassant les lois de l’autorité sainte,

Ils se sont fait haïr de plus d’un sein aigri,

Et souvent des sanglots ont attristé l’enceinte Où gît le cœur du bon- Henri.

Et pourtant cette enceinte empreinte de folie,

Où nous avons laissé de la vie un lambeau,

Où dans nos jeunes seins l’amitié qui nous lie Alluma son calme flambeau ,

Où d’un bonheur sans fin l’image poursuivie.

Aux cœurs adolescents semble tendre les bras :

De loin je la regarde avec un œil d’envie Mais je n’y retournerai pas.

Car de l’étonnement ou de l’indifférence Accueilleraient déjà l’hôte d’un ancien temps;

Et j’aurais à subir les affronts de l’absence,

Après un départ de huit ans.

Là*bas au champ de Mars, où la jeunesse joue. Irais-je en inconnu causer sur le gazon ?

Irais-je vers ces murs , pour voir l’encre et la boue Effacer et salir mon nom ?

Toi, dont la barque, ami, de ma barque suivie,

Sortit du même port , avec qui j’ai flotté ,

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Vers quels climats nouveaux l’orage de la vie,

Ami , t’a-t-il enfin porté ?

Dans quelque frais vallon, au pied d’une colline Où la vierge, à midi, pose un front nonchalant Pour dormir? Là tes jours sans doute ont pris racine, Comme sur la grève le gland !

Oh ! ne demande pas sur quel lointain rivage Mon pavillon à moi doit enfin se fixer.

J’ai rasé des climats que le vent de l’orage Malgré moi m’a fait dépasser.

La foudre tout à coup m’a détaché d’uue île Qu’en passant j’avais vue, hélas ! et que j’aimais. J’ignore où l’on m’emporte, et ma barque fragile Au port n’arrivera jamais !...

ÎJmoit.

Kt rrtributiouem peccatomm tidfbi*.

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