‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 19 sur 108 · P» A IM · texte numérisé non relu

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De tous les coins du ciel , de l’Orient fertile A l’humide empire du soir,

La tempête accourut, et poussa sur la ville Ses nuages en dôme noir.

Tombeau béant, qui couvre un front de condamnée, Et vient lui rappeler que son heure est sonnée !

D’autres nuages roulants Prirent une forme étrange :

Et la fantasque phalange Jusqu’au niveau de la fange,

Abaissa ses larges flancs.

VISION

11 se fit une nuit sombre:

Des spectres couraient dans l’ombre , Et l’on put compter leur nombre Aux lueurs d’éclairs sanglants!

Des nuages encor sur les anciens roulèrent;

L’air comprimé devint plus lourd,

Et du large tombeau dont les voûtes tremblèrent Sortit un mugissement sourd.

Fuis sous les profondeurs de ce cachot immense Il se fit tout à coup un lugubre silence !

Le même qui précéda Les angoisses du déluge,

Quand, maudit et sans refuge,

Le monde attendait son juge Dont la fureur déborda !

Une voix fut entendue,

Criant du sein de la nue :

Malheur ! Puis dans l’étendue,

Le silence succéda !

Un ange s’éleva, comme un affreux fantôme i Au mont qu’un sang martyr a teint.

Un autre ange apparut sur l’étincelant dôme De l’invalide qui s’éteint.

Ces anges de la mort à la fois se penchèrent,

Et leurs tètes en arc dans l’ombre se louchèrent !

VISION

Ils regardèrent sous eux La ville d’un air farouche,

Puis de leur immense bouche,

Cratère qui se débouche,

Sortirent des flots de feux.

Leurs yeux qu’anime la rage.

Comme des éclairs d’orage ,

Ou des torches de carnage,

Roulaient dans l’orbite creux.

lueurs ailes imitaient le claquement des voiles Dans le sein de l’affreux chaos,

Lorsque le vent mugit sous un ciel sans étoiles,

Et va submerger les vaisseaux !

Les deux anges courbés sur eux-mêmes tournèrent, Et leurs traits sur la flamme en noir se dessinèrent !

Iæ feu tombe par torrent :

Inextinguible il s’embrase;

Il s’unit, il siffle, écrase,

Et sur les palais qu’il rase S’acharne en les dévorant !

Feu qui raisonne et qui pense,

Qui savoure la vengeance,

Qui des ruines s’élance ,

Et qui se dit : En avant !

Puis, secouant le mont que de son pied embrasse Un des fantômes de la mort ,

VISION

If fait signe — et tous deux ils dirigent leur face,

L’un vers le sud, et l’autre au nord.

Et leur souffle jaillit aux confins de la tombe Qui pendait sur la ville, — y bondit, et retombe.

A. u bond du souffle infernal,

La nue animée éclate.

La flamme qui se dilate Saute en serpents d’écarlate,

Comme d’un vaste arsenal.

Dans l’espace elle circule :

Cent foudres grondent, l’air brûle,

Et l’eau du fleuve recule En hurlant dans son canal !

Et du sol torturé qui se crève, le soufre Par fétides tourbillons sort.

Et l’homme, sous le poids des angoisses qu’il souffre, L’homme se débat et se tord !

Et la foule, en fuyant le sol qui se déchire,

Bondit comme un amas de troupeaux en délire!

Des femmes, tièdes encor Des feux d’une étreinte impure,

Écartant de leur figure Leur tombante chevelure,

Sautent de leur couche d’or.

Des vieillards au front livide

VISIO»

Où l’opprobre a fait sa ride Portent dans leur main aride Et voient fondre leur trésor !

Réveillés au fracas des foudres sur leurs têtes,

Des convives, ivres de vin,

S’élancent tout parés de la salle des fêtes Avec la coupe du festin !

Et les toits, les maisons, les colonnes, les dalles Craquent sous les efforts des flammes infernales.

De toute part chacun fuit ,

La poitrine haletante;

Et chaque tourbe flottante Se heurte en aveugle , et tente De se trouver un réduit.

Mais partout la flamme rousse Autour des fuyards rebrousse,

Les environne et les pousse Dans son funeste circuit !

Lors une grande voix d’en haut se fait entendre : o Justes! le salut est ici !... »

Le feu s’ouvre — un chemin, devant eux vient s’étendre,

Ils y courent... «Et nous aussi, »

Hurlèrent les méchants! — « Non ! » — Et sur l’étroite trace I^a lave se referme, et le sentier s’efface!

VISIO»

Ainsi retomba la mer Sur les traces de Moïse...

' La foule que l’horreur brise En longs hurlements s’épuise,

Et de ses poings frappe l’air !

Et sous le feu qui dévore.

Dans la nouvelle Gomorrhe,

On entendit longtemps encore:

« Pitié!... Désespoir!... Enfer!... »

Des nuages alors la coupole enflammée

Croule, et tout s’engouffre à la fois!...

On ne vit plus rien... rien qu’une épaisse fumée...

« Et voilà, » dit la grande voix,

« Quand un peuple endurci vient m’insulter en face, « Voilà de l’univers comme mon doigt l’efface!...

« Or du pôle à l’équateur « Poussant ton char de victoire ,

« Je t’ai ceint de tant de gloire,

« O peuple ! que dans l’histoire « Nul n’atteignit ta hauteur.

« Et pourtant ton front superbe « Gît maintenant avec l’herbe,

« Ecrasé comme une gerbe,

« Sous le fléau du batteur!...

« Oh! c’est qu’à ce sommet de sublime puissance « Où mon amour t’avait monté ,

VISION. CiÜ

« I’u ne te souvins pas que rien ne prend naissance,

« Hors des trésors de ma bonté. ,

« C’est qu’aveugle et sans frein, roulant de crime en crime, « Tu fus sourd à ma voix, jusqu’au bord de l’abîme

« Où tu t’es précipité!... , ,

« Par trois fois de inon baleine,

« Je souillerai sur la plaine,

« Et je ferai de la Seine « Le champ de l’aridité.

«Et pleurant sur une pierre,

« L’ermite de la bruyère,

« Jusqu’à la race dernière,

« Dira ton iniquité!...»

Ainsi île l’avenir se déchirant le voile,

De la cité j’ai vu le sort.

Et les Élus, guidés par l’éclat d’une étoile,

Se dirigèrent vers le nord.

Mais pourtant s’arrêtant souvent dans la carrière Ils tournaient tristement leurs regards en arrière!...

Ainsi marchaient les Élus ,

Mornes, la tête baissée,

Retraçant dans leur pensée * .

Toute la splendeur passée De la ville qui n’est plus!...

VISION

Tel le vieillard de Sodome, Juste, mais toujours un homme, Fuit des murs, que bas il nomme Dans ses regrets superflus !...

£a ôuitftfe vue *n

Qu'ai-je appris dans ce triste rayage * T. x.rumu.D.

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Réveille-toi, mon âme!

Réveille-toi , je veux chanter !

Réveille-toi!... Quand ton aile de flamme Ne vient pas au dedans frémir et palpiter,

Je suis muet... ou si, des cordes de ma lyre S’échappent par hasard quelques faibles accents, Ce sont des bruits éonfus , vains retentissements Que rend sans y penser un écho qui soupire;

Et la note imparfaite expire Sous mes doigts indifférents.

O mon âme ! tu sais le secret de mes veilles ,

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