‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 2 sur 108 · PR EF AC K · texte numérisé non relu

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ses légendes. Je voudrais qu’elles fussent lues avec le même plaisir que celui avec lequel elles ont été recueillies.

Venant de signaler l’abus où tombent la plupart des poètes, me pardonnera-t-on maintenant de dire quelques mots de moi? Etablir ses principes , est aujourd’hui , si je ne me trompe, reconnu indispensable dans une préface.

Après avoir longtemps, dans le dédale politique, erré d’opinions en opinions, je me suis aperçu que je ne m’étais sérieusement arrêté à aucune, et j’ai trouvé que toutes sont respectables, quand elles sont accompagnées «le bonne foi, de désintéressement, et d’un amour pur pour son pays; que toutes sont viles, quand elles ont pour bases l’ambition et l’hypocrisie. Je me suis abstenu de toute allusion offensante pour quelque parti que ce soit. J <a seule opinion que je professe, la seule qui, je l’espère, ne changera jamais, c’est la croyance aux vérités catholiques. Toutes les

PRÉFACE

institutions humaines sont fragiles, et au milieu des ruines de nos édifices et de nos codes, la religion, colonne éternelle, quoique, de temps à autre, obscurcie par des tourbillons de poussière, que font à sa base les vents d’orage, m’apparaît seule toujours debout.

Ces principes émis, il est inutile d’ajouter que l’on ne trouvera ici rien qui puisse offenser la pudeur. J’ai trop souvent tremblé moimême, en voyant entre de jeunes mains des livres où l’impureté se montre à nu et échevelée, j’en ai trop souvent vu les effets lamentables, pour ne pas avoir rejeté toute peinture déshonnête , toute expression inconvenante.

Maintenant j’attends avec calme mon jugement. Que la critique se rue contre moi de toute part, c’est ce que je demande, c’est ce que je n’ose espérer. La critique , l’injure même, sont plus utiles à un auteur qui débute, que la louange. Elle lui signale les fautes qu’il essayera plus tard d’éviter, elle le fait eon-

PRÉFACE

naître, et, par-dessus tout, elle lui donne de la confiance en ses propres forces, en lui prouvant cju’il a mérité de fixer un instant l’attention. Je le déclare donc, je suis prêt à recevoir avec reconnaissance tous les avis, même les invectives.

Ce que je crains , c'est le silence.

Mais dût ce livre être voué au silence, dût-il être dévoré , dès sa naissance , dans la fournaise à laquelle je faisais allusion tout à l’heure, sans donner même à son auteur la consolation de le voir, lui aussi , exhaler son petit nuage de fumée; dût l’oubli, le plus laid de tous les spectres, s’en emparer, et poser sur ses feuillets sa main glacée, dussé-je en être pour mes veilles et pour mes frais, je ne me repentirais pas de l’avoir produit. Je me rappellerai que, loin du monde, que je reconnais avoir grandement négligé, et qui me le pardonnera, retiré dans ma cellule aérienne, où, <l<* temps à autre, celle qui est liée à ma des-

PREFACE

tinée venait sourire à mon travail dont elle a eu la patience de réunir et de copier les fragments, dans cette cellule où elle venait encourager mes méditations, et leur donner un cours céleste, j’ai passé, pendant l’hiver qui vient de s’écouler, des heures qui ont été pour moi pleines de charmes, et dont rien, quoi qu’il arrive, ne pourra du moins m’arracher le souvenir.

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