‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 26 sur 108 · L AU VERT · texte numérisé non relu

L AU VERT

Comme mon âme était ravie De tout ce mouvement, celte vie.

Sur la -cime d’un roc voisin Où souvent la vague bouillonne.

Une figure qui rayonne,

Paraît, un théorbe à la main...

Sa tunique longue et flottante,

Que l’iialcine du soir tourmente, En s’appliquant sur son beau corps En laisse deviner la grâce.

Sa bouche, où le sourire passe, Vient de répandre des accords.

Car sur sa joue en pleurs , ruisselle L’émotion d’un cœur de feu ,

Et dans son œil limpide et bleu , L’inspiration étincelle...

O toi qui luis comme un flambeau!

Et dont la puissance féconde Recrée, et fait sortir un monde De la poussière du tombeau !

Toi, qui fais vivre le mensonge !

Et que souvent j’ai vue en songe, Ange de douceur et de paix !

Ange à la chevelure blonde!

Et dont le front penché dans l’onde Y double des anneaux épais !

Oh ! sais-tu bien que ton image Peut ranimer d'autres déserts,

tAUVERTZ.

Et luit encor sur une plage Que réjouissent tes éclairs!...

Oh ! sais-tu qu’une âme ravie Retrouve dans tes yeux d’azur,

Pleins d’un enthousiasme pur,

Les douces scènes d’une vie Qui s’écoula comme un matin !

Sais-tu, quand le jour incertain Ramène doucement cette heure ,

Si chère au malheureux qui pleine Et qui regarde dans les cieux,

Que j’ai vu dans la même étoile,

Une clarté qui se dévoile Dans d’autres rayons lumineux!

Oh ! viens souvent revoir ces lieux , Ces lieux qui te doivent la vie ,

Et quand, en extase ravie,

L’âme ardente prend son essor Dans son mystérieux domaine,

Qu’à I-auvertz quelque chose encor Souvent t’incline et te ramène.

Viens ! que toujours, comme ce soir, Ta voix tombe limpide et tendre.

Viens ! quelqu’un ici pour t’entendre Doit aussi revenir s’asseoir!...

JJourquoi toujours ©imir?

Manque U patire d«IJ‘ nrnno su Un terra , è pel

hrne dell' nom».

S Piuim.

Pourquoi gémissons-nous à l’approche de l’heure Qui promet un bonheur ineffable et nouveau ?

Quand d’une aile, en volant, le plaisir nous effleure. Pourquoi toujours gémir, comme un enfant qui pleure Et qu’on endort dans son berceau !

Quand au bal, tout à coup, nous gardons le silence, Et, nous retirant seuls, sous l’ombre d’un rideau. Pensifs, nous contemplons la vierge qui s’élance Et son cou gracieux qui mollement balance,

Et son front pur ceint d’un bandeau ,

POUHQUOI

Et ces vains ornements qu’on admire, et qu’on foule Inaperçus aux pieds la minute d’après; lorsque, dans son manteau, la vierge avec la foule (Courant en grelottant , vers l’air glacé refoule En enveloppant ses beaux traits;

Pourquoi toujours gémir?... Pourquoi , comme un supplice, * ' Supporter cette vie où le mal se confond ?

Où toujours quelque fiel dans la coupe se glisse ,

Où la fleur la plus pure, en ouvrant son calice,

Cache une larme au fond !

Où de mille couleurs l’horizon vient se teindre,

Feu follet qui nous trompe, et qui nous fait courir, Que l’homme cependant s'épuise pour atteindre,

Sans songer qu’en ses mains il le verrait s’éteindre... Et qu’il n’aurait plus qu’à mourir!...

N’aurait plus qu’à mourir... car qui perd l’espérance, De notre vie à tous perd l’immense secret.

En voyant l’avenir avec indifférence,

Pourrait-on supporter la chaîne de souffrance Dont le poids nous écraserait!

Pourquoi, quand nous rentrons aux toits de la famille, Qu’en des pays lointains rêva le voyageur,

De premier mot du cœur, qu’on dit sous la charmille. Ou dans le cercle, autour du foyer qui pétille, Révèle-t-il un mal rongeur?

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