‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 27 sur 108 · TOUJOURS GÉMIR · texte numérisé non relu

TOUJOURS GÉMIR

Pourquoi l’amour si pur, eu passant par la terre, D’un don du ciel qu’il est devient-il un poison ? Pourquoi le feu sacré brûle-t-il solitaire ?

Pourquoi l’agneau timide aime-t-il la fougère Qui livre à d’autres sa toison ?

Hélas ! c’est que la vie est un sombre passage Où le bras de Caïn pèse encor sur Abel ;

Où des cœurs qui pourraient réjouir leur voyage, Des cœurs faits pour s’aimer, diffèrent de langage, Comme les hommes de Babel ;

C’est qu’on pressent les pleurs que le plaisir recèle ; C’est qu’on voit là, dans l’ombre, apparaître un cercueil. La beauté qui sourit sur sa tombe chancelle,

Et sur l’onde, là-bas, la joyeuse nacelle Va se briser contre un écueil !...

C’est que l’homme , déchu de sa divine race ,

A sa patrie au ciel, qu’il doit reconquérir.

Il laisse sur la terre une pénible trace,

Et ce n’est qu’en pleurant qu’il obtiendra sa grâce Du Dieu qui fait vivre et mourir !...

C’est que Dieu l’a voulu pour châtier un crime;

C’est qu’il lui plut que l’homme, avant de la revoir, Par de tristes sentiers remontât vers sa cime;

C’est qu’il lui plut enfin de creuser un abîme ' . Entre les regrets et l’espoir!... '

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