‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 29 sur 108 · TRISTESSE · texte numérisé non relu

TRISTESSE

Ou peut-être demain... Poussé par le hasard,

Je veux porter au loin ma tristesse rêveuse.

Dans les lieux où jamais ne tomba le regard ,

Dans la vapeur profonde où le torrent bouillonne,

Sur la crête des rocs que la foudre sillonne,

Aime à courir et rêver la douleur !

Oui ! j’aime autour de moi la sauvage couleur De ces géants cachés sous leur toge âpre et grise,

Qui se tiennent debout, l’un sur l’autre appuyés;

De leurs flancs entrouverts l’eau qui tombe, se brise Et bondit écumante, en hurlant à mes pieds;

Et plus bas, ces vallons, creusés sous l’épaisse ombre Que jette, en se baissant, la tête chauve et sombre De ces colosses menaçants;

Déserts, froids et glacés, où rien n’essaye à vivre, * Où, dès les premiers jours, s’est entassé le givre Et la neige qui grince aux pas retentissants.

Oui , j’aime à parcourir et les monts et leurs cimes,

A m’arrêter pensif sur le bord des abîmes,

Et, du pied, décider le rocher en suspens

Qui s’y lance, et par bonds tombe et roule longtemps;

A murmurer un nom, jeté par les autans Dans des lieux où jamais n’alla de voix humaine, Sinon le cri plaintif du malheureux qu’y mène Un mal sourd et rongeur!...

Que pour moi ces déserts, cachés au voyageur,

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