‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 33 sur 108 · A MIS AMIS · texte numérisé non relu

A MIS AMIS

I^e nomade se lève, il replie en faisceau

Jjes piquets de sa tente et se perd dans les sables :

Je ferai comme lui...

Qu’ils sont vains, périssables,

Et peu faits pour nos cœurs, les instants du plaisir, Puisque l’homme, toujours avide à les saisir,

Aussitôt qu’il les tient est tout prêt à les rendre, Comme un marbre où le flot passe, mais ne peut prendre ! Le bonheur n’est qu’au ciel : sur cette vérité,

Allez ! 6 mes amis! j’ai longtemps médité :

Le bonheur n’est qu’au ciel !... tou t le reste est menson ge. Stupidité, néant!...

Hélas ! quand on y songe ,

Que ce vaste ouragan qui souffle d’occident Au bout de l’orient, qui souffle en s’étendant,

Par le midi, le nord, sur la terre qui gronde, •

Et fait tourbillonner les nations du monde,

Comme les grains brûlants des sables du désert , Inspire de pitié!... Savez-vous à quoi sert Ce terrible ouragan, cette flamme allumée?

A peine à faire naître un peu plus de fumée....

O vanités de l’homme ! ô grandeurs d’ici-bas !... L’autre jour, du Pilate, en regardant en bas,

A mesure qu’en haut je gravissais, la terre Avec tous ses vallons changeait de caractère.

Ce lac qui, près du bord, vous semble un océau. Tiendrait dans une main... et là-bas, ce géant

Qui paraissait hier s’élever dans la nue,

Maintenant comme un point sous les pieds diminue, Diminue., et le sol, décrétés hérissé,

N’est qu’une plaine immense où la règle a passé.

Ainsi plus on s’élève, en s’éloignant des hommes.

Plus on voit en petit la poudre dont nous sommes ,

Et pour l’œil qui s’attache au monde aérien ,

Les pleurs de celui-ci, ses gloires ne sont rien !...

Eh ! que m’importe à moi, passant d’une seconde, Que j’épuise ma vie ou stérile ou féconde,

Qu’un peu plus tôt, plus tard, je parte de ce bord,

Si tout doit y finir, et tomber dans la mort !

Mais de ne rien sentir notre cœur n’est pas maître ; Comme il n’est point en nous de bannir ou d’admettre , Au* rêves de vingt ans, la blanche vision Qui vient envelopper de son illusion,

Cet âge heureux qui dort sous son aile fragile,

Notre cœur à son gré ne peut être d’argile.

Dans le mien, en naissant, la Providence a mis De la flamme et du feu pour sentir... Mes amis! Lorsque je serai loin, bien loin de cette plage. Pensez encore à moi : que parfois mon image Se représente à vous, comme un rêve du soir,

Et ne m’oubliez pas dans le dernier bonsoir!...

H eue.

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Du matin souffle la fraîcheur;

Montons ensemble à la colline.

Que sur moi ta forme s’incline ;

Laisse à mon bras battre ton cœur.

Légère comme la gazelle,

Qui glisse en caressant sous elle La mousse tremblante des bois,

Ton toucher est une caresse;

Et je me sens trembler d’ivresse Quand sur mon sein glissent tes doigts.

Oli ! parle ! car j’aime à t’entendre.

mo

HEV K.

Parle encore ! car ta voix tendre Semble être une vibration Tombant de ces concerts étranges Que sur la barpe d'or les anges Chantent sans fin dans leur Sion.

Au charme de ta voix céleste.

Si pleine de suavité,

Et dont l’écho prolongé reste,

Souvent comme j’ai palpité !

Dans des flots de mélancolie.

De recueillement ou d’amour,

Comme elle a souvent tour à tour, Inondé mon ame amollie !

Devant nous vois-tu s’allonger Du bosquet l’allée odorante,

Où dans les airs la brise errante Vole du myrte à l’oranger?

Nous y sommes... Sur cette roche Viens! viens t’asseoir à mon côté !

Près de inoi viens, 6 ma beauté !

Plus près , plus près encore approche !

Que sur la mousse, en longs replis, Flotte ta robe diaphane.

Que dans ses contours assouplis Ton beau bras comme une liane.

S’attache à mon cou pour soutien.

Oh ! viens! sur ma brûlante joue

Que ta chevelure se joue.

Que sur mou cœur batte le tien !

Comme d’un manteau d’or qui traîne.

Le jour couvre les monts de feu ,

Et la mer, heureuse et sereine,

Fait scintiller son miroir bleu ,

Et les paresseuses étoiles

Tour à tour meurent au couchant.

Et les barques aux longues voiles , D’où s’exhale un amoureux chaut.

Sur l’onde transparente glissent.

Et de bruits les airs se remplissent , Des groupes foulent les gazons,

Et sous les vignes en festons Tourne là-bas la tarentelle.

Et la vie éclate, nouvelle,

Sous la lumière du soleil ,

Et tout humide de rosée,

La terre semble, reposée,

Sourire au jour à son réveil !

Oh ! près de toi, ma bien-aiméc ,

Que la nature est embaumée !

Que je bénis sou créateur !

Avant que mon cœur t’eût connue, Elle me semblait, triste et nue;

Elle était pour moi sans splendeur.

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