LE POETE
Mais sous le firmament dépouillé de ses voiles ,
Où, nageant dans l’azur, des millions d’étoiles Tourbillonnent en chœur,
Là-bas, vers le couchant, il a reconnu celle Dont le flambeau, plus clair et plus doux, étincelle, Et qu’adore son cœur î
D’une vapeur légère , ainsi que d’une mante ,
Belle, elle se dégage... et c’est de son amante La forme qu’il croit voir!
Rapport mystérieux ! bêlas ! dans le nuage ,
Quand viendra-t-elle aussi rechercher une image ,
Et la trouver, le soir!...
Quand viendra-t-elle enfin sur son âme épuisée Verser un frais regard, frais comme la rosée Qui tombe le matin?...
Quand viendra-t-elle donc combler sa vaine attente, Et lui montrer du doigt, au désert, une tente Sur son âpre chemin?...
Oh! ne l’espère pas: sors enfin du délire,
Laisse là ton beau rêve : oui , brise cette lyre Que tu noyais de pleurs.
A quoi bon ces soupirs ? Pourquoi chanter encore , Quand on n’attend plus rien de celle qu’on adore?... Brise ta lyre et meurs !
Meurs... et que l’on confie au sein de la bruyère, Près d’un buisson d’épine, et sous une humble pierre,
LE POtTE.
Il4
Tes ossements flétris...
Et quand la lune y verse une lueur mourante ,
Ton âme reviendra pour voltiger errante,
Dans ces champs défleuris.
Elle aimera l’horreur qui plane sur sa tombe;
Le cri de l’aquilon qui*durant les nuits tombe,
Et la lugubre voix
Des hiboux qui dans l’ombre en gémissant s’appellent! Mais qu’ensemble cloués deux rameaux nus rappellent Ton culte pour la croix.
La croix ! c’est là surtout, c’est là ce qu’il souhaite. Hors de ce divin signe, il n’est pas de poète Qui soit grand ici-bas.
Qu’on plante sur sa tête une croix de bois d’orme ; Il l’adora vivant ; que dans la tombe il dorme A l’ombre de ses bras.
Mais qu’importent sa tombe et ses froides images! Après avoir marché longtemps, comme les Mages, Vers l’étoile de feu ,
Il doit jeter aussi ses trésors d’harmonie,
Et chanter, le cœur plein d’une extase infinie,
Aux pieds mêmes de Dieu !
£c Coûtant.
Lovc'a image upon earth wlthont bU wiug And fuiltM bejond Hope’a imagining- Bran*.
Du roulement des chars ne tremblait plus la rue Et la foule à grand bruit qui tout le jour s’y rue, Dans l’immense cité ne retentissait plus.
Ainsi quand l’Océan s’éloigne en son reflux ,
Le silence renaît aux déserts de ses plages.
Seulement au lointain un bruit vague et confus Murmurait encor... comme, à la fin des orages, Une voix qui se plaint dans l’oinbre des feuillages Comme un errant essaim qui passe lentement.
Et laisse sur sa trace un sourd bourdonnement.
Parfois, on entendait sur le pavé sonore.
Tinter, en s’approchant , par l’heure talonné ,