I.K COr VENT
D’un soldat en retard le pied éperonné;
Et par degrés le bruit, qui dans l’air s’évapore, Mourait, en s’enfonçant dans de sombres détours.
On entendait aussi la noire cathédrale Mugir en longs accents du sommet de ses tours, Comme une voix d’en haut, tombant par intervalle, Pour compter, dans la nuit, les pas égaux du temps.
L’aquilon, en passant, jetait sa froide haleine;
Et la lune à travers les nuages flottants,
Tantôt se faisait jour étincelante et pleine,
£t tantôt sous leur ombre elle semblait mourir.
On voyait sur les toits sa lumière courir,
Comme sur le gravier de la dune qui penche ,
Court et s’étend la vague blanche,
Qui monte et redescend souvent.
A cette heure de nuit, dont 1 ame solitaire Aime, pour réfléchir, le calme et le mystère,
Je me mis à rêver en face d un couvent»
Là, me disais-je, est loin des embûches du monde, Une jeune fille qui dort,
Inconnue et cachée, et, dans sa paix profonde, Ignorante du remord.
Du remord!... pauvre enfant! et comment ferait-elle? A peine si son pied des jours rase l’échelle;
Ce n’est encore qu’une fleur !
Qu’Une fleur qu’on pressent sur sa lige mi-closè. Plus vierge, et mille fois plus belle que la rose,
Où n’a pas du soleil pénétré la chaleur.
Onde, transparente et limpide,
Qui commence à filtrer sous l’ombre du gazon , Qui ne roule en son cours ni fiel et ni poison ,
Où jamais n’ont soufllé, de ce monde perfide,
Ni les orages ni le vent.
Oh! disais-je, combien l’enceinte d’un couvent, Avec ces jeux, ces ris, ces voix de jeune fille, Cette franche gaieté qui dans les yeux pétille,
Et les éclats naïfs de cette expansion Que rien n’a refoulée; et le son de la cloclte Annonçant pour l’étude une lieure qui s’approche , Et trop tôt vient troubler la récréation;
Et tout ce mouvement de têtes brunes, blondes, Que l’on voit s’agiter comme un roulis des ondes , Lorsque sur le lac, le zéphyr Glisse son aile brillantée.
Et de la surface argentée Effleure l’eau qu’il fait frémir :
Et quand pour le repos l’heure du soir arrive ,
La prière dans le dortoir,
Cet encens embaumé de l’enfance naïve Que Dieu se plaît à recevoir :
Oh ! combien un couvent, dont la secrète enceinte Cache tant de parfums de grâce et de candeur,
Où le jour est si calme, où la nuit est si sainte. Réveille de pensers, et vient gonfler le cœurL.