DEUX ANS
Toi , dont le cœur aimant a battu sur mon cœur ! Que je foule ta cendre avec indifférence,
Et pour jamais aussi renonce à l’espérance De te revoir encor dans un monde meilleur!
Lorsque mon âme est triste, à l’heure où le soir tombe, Comme sur ton sein, j’aime à pencher sur ta tombe, Pour y déposer ma douleur.
Oh! ma mère, c’est là qu’est la demeure sainte : Au-dessus du vallon , voilà l’étroite enceinte Où, depuis deux printemps, sous la terre elle dort. La voix de ce torrent, comme un son qui soupire, lit-haut sur la colline, en y montant expire.
Et ne va pas troubler l’asile de la mort.
La tombe n’entend plus le tumulte du monde;
Elle laisse passer, dans une paix profonde.
Le bruit, pour elle sans accord.
C’est là qu’est sa demeure : elle est presqu’en ruines; Dans le ciment disjoint où plongent ses racines,
Se fait jour et s’étale un orme , aux longs rameaux , Et de son tronc noueux pendent des giroflées.
Ici, l’on ne voit point de ces grands mausolées Que l’orgueil des vivants élève pour tombeaux: L’humble tige où fleurit la marguerite blanche,
Et le frêle églantier, dont la rose se penche, Tiennent lieu d’ornements plus beaux.
Oh ! ma mère, vois-tu cette croix qui rayonne,
Et dont les bras levés portent une couronne?..
AI’RKS
C’est à ses pieds qu’hier je vins pour adorer.
Ce soir couvrait les cieux, et sous leurs sombres dômes Ces nuages semblaient, comme de grands fantômes, En désordre courir, et dans l’air s’effarer.
Sous leurs longs vêtements la lune était voilée,
F.t le vent gémissait au fond de la vallée,
Et disposait lame à pleurer.
Dans l’éclat du printemps, la mort t’a moissonnée, Ma compagne ! et déjà c’est la deuxième année Que lu dors, que tu dors dans ton dernier sommeil. Que te font maintenant et les clameurs du monde, Et le vent qui soupire, et l’orage qui gronde,
Et dans les jours d’été la splendeur du soleil?
Que te fait tout cela ? car tu dors pour la terre ; Mais tu ressuscitas pour une autre lumière,
Et tu m’attends à mon réveil.
Dans la vapeur du soir je revois ton image;
Tu te penches vers moi du céleste rivage,
Et nos cœurs sont unis par d’éternels liens.
Dans le calme des nuits tu m’apparais en sotige;
Tu viens me consoler quand le chagrin me ronge,
Et dans le désespoir c’est toi qui me soutiens.
Au sentier de la vie où le terme s’avance,
Tu diriges mes jours, en me montrant d’avance Ce prix qui couronne les tiens.
D’un triste souvenir j’aime à sonder l’abîme,
A compter les instants d’une scène sublime.