DEUX ANS
Quand, s’appesantissant sur ton beau front, la mort, Ange mystérieux, y fit frémir son aile;
Quand ta voix murmurait la prière éternelle D’un Dieu dont tu baisais la croix avec transport ; Quand au seuil du tombeau mangeant le pain de vie, Tu parus tout à coup en extase ravie,
Ecouter un céleste accord.
Tu semblais contempler dans un divin sourire.
Une invisible main qui venait de décrire Au-dessus de ta tête un cercle radieux;
Et tu n’avais plus rien qui pesât sur la terre.
Ton âme avait touché les bords d’une autre sphère , Et déjà se baignait dans le torrent des deux ;
Et, sur la harpe d’or des célestes phalanges 1 ;
Devant Dieu tu mêlais aux cantiques des anges Tes cantiques harmonieux.
Et tu gardas longtemps un imposant silence;
Entre le ciel et nous tu parus en balance;
Puis du ciel, où déjà, dans un sublime essor, ïjl Foi t’avait portée en ses ailes de flamme.
Tu parus lentement redescendre : ton âme Des choses d’ici-bas se ressouvint encor.
Sur tes lèvres, la voix qui s’échappait errante En adieu, me légua ta prière mourante.
Que je garde comme un trésor.
Et de tes jours mortels la source était tarie;
Mais tu priais toujours, et le nom de Marie
APRÈS DKUX ANS.
Venait par intervalle expirer dans ta voix.
Puis, en un son confus se troubla la parole,
Légère comme un bruit qui meurt et qui s’envole; Comme un souffle qui tombe et se perd dans les bois , Ou la vibration de l’instrument sonore Qui va s’affaiblissant, mais se prolonge encore Quand il a frémi sous vos doigts ! .
Toi , qui la vis partir pour un séjour de gloire ;
Toi, qu’elle consolait quand ton âme était noire,
Et qu’elle caressait d’un sourire si doux ,
Qu’un souvenir de paix, à la tristesse amère De ce dernier départ, vienne s’unir, ma mère !
Et souvent sur sa tombe appuyons nos genoux.
A la chute du soir venons dans cette enceinte ,
Et prions, oh ! prions souvent, pour que la sainte Iià-haut intercède pour nous !..
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Without Ire, without bed — i rauil wfcp un hile, and lhet» br jilriil'
Ainsi donc, ici-bas, chacun sa destinée:
Nous naissons tous, formés sur des types divers.
Ijü fleur de l’églantier au printemps fut donnée,
Et la neige aux hivers.
Le beau ciel de l’été souvent se voile et tonne,
Image de la vie, à ses jours orageux;
Et la foudre, plus rare, épargne enfin l’automne Au front terne et brumeux.
L’homme accepte, en naissant, lacliaîne de souffrance Qui dès le premier jour devant lui vient s’offrir:
8 APBKS
L’un vit d’illusions, et l’autre d’espérance,
Mais toujours pour souffrir.
la vierge qui fleurit comme un bouton de rose ,
De notre vie aride embaume le sentier;
Mais la rose s’effeuille, et tombe à peine éclose,
De l’aride églantier.
Dans la route des jours mon empreinte est légère;
A peine si la fleur a tremblé sous ma main ,
Que déjà par débris sa feuille passagère A jonché le chemin !
J’ai vu de la beauté la mourante prunelle,
J’ai vu son dernier souffle à ses lèvres frémir,
Et deux vierges déjà , dans la paix éternelle Près de moi s’endormir!..
Oh ! quand la mort pâlit un front de jeune femme, Quand de sa main glacée elle affaisse un regard ,
Ou qu’elle s’y transforme en une affreuse flamme,
Et paraît, l’air hagard ;
Oh ! quand le froid saisit des pieds chéris qu’il glace, Monte, et court à travers la dernière sueur,
Et qu’une main tremblante interroge la place Où devrait battre un cœur;
Oh ! quand un linceul blanc cache, comme un mystère , Des restes adorés, d’un éternel bandeau