‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 63 sur 108 · LE MONT S'-GOTHARD · texte numérisé non relu

LE MONT S'-GOTHARD

« Va pour nous se changer en tristesses mortelles.

« Reste, jeune étranger ! tu méprises le bien « Que veut t’offrir l’amour’ Mais tu nous hais donc bien, « Si parce qu’un vieillard, jaloux de ta victoire,

« Cherche à t’inquiéter par une sotte histoire,

« Tu te sens défaillir... et si, d’Altorf vainqueur.

« Tu te laisses d’un mot vaincre et frapper au cœur!...» Et Fritz prêta l’oreille à la voix délectable.

Oublia la mourante, et se remit à table!...

l„e moine reparut pour la seconde fois,

Et sur sa tête encor fit retentir sa voix.

« Pare! pars! Fritz! ô mon fils! elle est à l’agonie!... » Et puis il s’éclipsa. — Mais son mauvais génie,

La vanité de Fritz lui troubla le cerveau :

A sa place d’honneur il s’assit de nouveau!...

Pour la troisième fois, se montra père Antoine,

Et d’un ton solennel ainsi parla le moine :

« A présent elle meurt... Fritz! Fritz! il est bien tard... « Un vieillard me réclame au pied du Saint-Gothard :

« Va! quand j’aurai fini, je vole sur ta trace... »

Fritz part. Mais, en partant, une chose le glace... Sur l’épaule du moine, un visage étranger Parut, spectre hideux, derrière s’allonger.

Son rire jusqu’au fond de terreur frappait l’âme!

Il fixa dans ses yeux son regard plein de flamme. , Puis, faisant une voix sourde, et d’un air moqueur,

11 dit: « Au pont! au pont! j’attends le beau vainqueur!»

f 7t» LE MONT s’-GOTHAHD.

Et Fritz prit le chemin qui mène à la montagne.

De Juana, qui meurt, l’image l’accompagne, lies ondes du torrent qui rugissaient au fond, jusqu’aux rocs caverneux portaient leur bruit profond. Nulle brise des pins n’animait le feuillage ;

Et la nuit ténébreuse annonçait un orage.

Or, il n’attendit pas longtemps pour éclater.

Le ciel contre les monts, tombant, vint se heurter: Et leurs cimes en flamme au choc se fracassèrent.

Et des rochers brisés devant Fritz s’entassèrent!...

Une main le poussait : sans ralentir son pas.

Il allait , il allait... car il ne sentait pas ,

Car il n’entendait rien — rien que les cris funèbres Qui dans son cœur grondaient...

Quand l’esprit de ténèbres Avait parlé, le moine avait compris ses mots,

Et sut qu’il menaçait Fritz d’effroyables maux.

Il comprit qu’il aurait grand besoin de son aide.

Et que lui seul pouvait apporter le remède.

Donc auprès du vieillard il se rend d’un seul bond; L’entretient de son Dieu , de grâce — au moribond Administre le pain qui donne une autre vie.

Et sur la route aussi que Fritz avait suivie,

Malgré ses cheveux blancs, il s’est précipité.

Car, dans sa dévorante ardeur, la charité Trouve pour l’emporter une aile, et n’a point d’âge. Sur ses traces il vole, en dépit de l’orage.

LE MONT S’-GOTHAHD.

Il franchit le chemin, aussi prompt que l’éclair,

Qui passe sur sa tête , et qui sillonne l’air.

Mais dans l'obscurité de cette nuit profonde Il s’égare... il rencontre un large abîme où gronde Ix: flot amoncelé, dans le creux du torrent.

Que fait l’homme de Dieu ?... La charité le rend Insensible à la peur... sur l’onde il se balance...

Et, porté par un ange, en son zèle il s’élance,

Et saute à l’autre bord!... puis de nouveau repart... Au Pont du Diable arrive: hélas! c’était trop tard!...

L’antre mystérieux, qu’une arche encore enjambe, Apparut tout rougi d’une lueur qui flambe.

Il entendit de loin, et par-dessus le vent.

Une voix qu’il connut, plaintive s’élevant... D’affreux ricanements, perçant par intervalle —

Et, parmi tous les bruits de la troupe infernale,

Ce mot de Juana, si souvent répété :

« A la vie! à la mort ! et pour l’éternité! »

Et, depuis ce temps-ià, toujours à la même heure, On enteud sous le pont, comme une voix qui pleure, Dans le torrent mêlée au fantastique bruit Qui trouble un voyageur, au Sainl-Gothard , la nuit. Et l’abîme sans fond, que franchit père Antoine, Encore maintenant s’appelle: Saut du Moine.

Fuyez ! voyageur en retard !

Fuyez, fuyez, car il est tard!

LE MONT S’-GOTHARl).

La dernière heure du jour sonne.

Que d’effroi votre cœur frissonne.

Fuyez, n’affrontez pas ces lieux!

A l’œil de l’imprudent qui l’ose Il se passe là quelque chose, D’horrible et de mystérieux!

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fontation.

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Voilà que je suis seul enfin !

Et personne ne nie regarde.

Bon ! il faut que je me hasarde A toucher ce bijou si fin,

Cette belle petite montre !

Je veux la caresser aussi Du bout du doigt... Mais par ici, Regardons si rien ne se montre, Voyons si personne ne vient...

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