‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 69 sur 108 · AVEUGLES · texte numérisé non relu

AVEUGLES

Bons aveugles ! 6 vous , qu'une éternelle nuit A, quand vous êtes nés, entourés de son ombre, Oh! dites-nous comment, dans votre seutier sombre, Où le doute à tâtons vous mène et vous conduit, Comment avez-vous fait, sans maître et sans culture. Pour arriver vous seuls à ces accords divins?...

Ah! nous ne sentons pas qu’il est dans la nature, Une âme et des bruits qui pour eux 11e sont pas vains. Dans leurs monts caverneux, les sons creux de la foudre, L’avalanche qui tombe, en se broyant en poudre, lueurs bois aériens, où dans la nuit souvent Ils écoutent passer, et repasser le vent,

Dont la voix en fausset monte, siffle, ou bourdonne, Et se traîne en soupirs sous les feuilles d’automne,

A. travers les rameaux flétris par les autans...

Et les roucoulements plus tendres du printemps : Toutes ces voix d’amour, dont la langueur expire, Quand tout, autour de vous, sent, exhale, ou respire La volupté!... ces bruits, dont la douceur endort,

Le flot qui fuit, revient, et caresse le bord ,

Ce langage expressif et d’amour et de vie,

Voilà, voilà pour eux des leçons d’harmonie Dont leur âme retient les tons mystérieux...

Car si la Providence est pour eux trop avane,

Et ne leur donne pas la volupté des yeux,

L’oreille, pour tromper un tort qu’elle répare, leur révèle des sons dont ils jouissent mieux.

Et si tout est pour eux un secret sur la terre, ■

D INTFRLAC.

Ils éprouvent de plus ce charme du mystère Qui souvent vaut une réalité.

Ainsi, quand elle appelle un âge qu’elle envie, L’enfance, qui ne fait que pressentir la vie, N’aperçoit point d’écueil sous le flot écarté. Ainsi l’amitié pure, en regrettant l’absence,

Et dorant ses liens d’un lustre souvent faux , Démêle dans l’absent une nouvelle essence,

N’y voit que des beautés, et chérit ses défauts Ainsi lame brûlante

Où la foi règne, à qui la mort est lente, Monte sur les hauteurs d’une autre région :

Sur ses ailes de feu l’imagination

Aux pieds de Dieu l’élève :

Et dans ce divin rêve,

Nageant dans des flots de clarté,

Avant que son exil s’achève,

Elle jouit déjà de sa félicité!

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Le bruit est le grand souffle exhalé par le monde. Écoutez dans les airs, sur la terre, dans l’onde, La vie éclate par le bruit.

Tout parle: l’aquilon à la soufflante brise,

La vague au fier roulis que le rivage brise,

Et l’insecte veillant la nuit.

Le cœur à chaque bruit sent répondre une fibre Qui frémit sous le charme , et sans y penser vibre Comme sous le marteau l’airain.

Car des grandes cités aux déserts qu’il traverse, Messager invisible, en passant, le bruit verse L'amour, la joie ou le chagrin.

LF. BRUIT

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