KT L'HARMONIE
Mais dans le inonde nulle voix ,
Qu’elle éclaté ou gémisse, ou dans l’air se promène, Ne s’orne à volonté, comme la voix humaine,
De tous les charmes à la fois.
Tantôt avec un peuple elle grossit, s’approche:
(l’est un flot qui dévore et court de proche en proche, Comme un immense embrasement.
Tantôt dans un seul homme elle met sa puissance,
Et le flot populaire obéit en silence,
Comme à Dieu l’humide élément.
Elle emprunte l’éclat du tonnerre qui tombe.
Les soupirs de la brise , et prend de la colombe Ses suaves inflexions.
Ardente, elle s’échappe, elle traîne, amollie, S’éteint, et tour à tour se relève ou se plie Sous l’haleine des passions.
Souvent , quand le jour tombe et laisse après lui l’heure Où tout devient mystère , où toute âme qui pleure Trouve un écho plaintif et long,
J’ai regardé de loin la gothique chapelle Dont la cloche qui tinte à la prière appelle Tous les fidèles du vallon.
Entraîné par la foule au milieu de l’enceinte,
Je m’approchai du chœur d’où partait l’hymne sainte Qui s’exhalait en doux accents...
Mon âme, par degrés s’enivrant d’harmonie,
198 le bruit
S’éleva dans les flots d’une extase infinie ,
Comme à Dieu s’élève l’encens.
Monte! monte, mon âme! aux célestes rivages; Aspire dans ton vol ! traverse des nuages Les fluctuantes régions !
Monte, monte, mon âme! à ces plages heureuses Où tes blancs séraphins, aux ailes vaporeuses. Tourbillonnent par légions.
Les voilà! les voilà! j’entends l’air des cantiques, Comme un flot éternel , roulant sous les portiques De la bienheureuse cité !...
O mon âme ! voici le trône où la Pensée ,
Par l’Amour, par l’Esprit à jamais embrassée , Repose dans sa Trinité!...
De ce trône de gloire et de miséricorde ,
La majesté divine avec l’amour déborde ,
Et sans fin coule par torrents.
Une clarté si vive illumine l’espace,
Que l’archange ébloui, qui se voile la face,
Fuit ses rayons trop dévorants.
Dans ce foyer de feux où tout son cœur s’embrase Ivre de joie , d’amour, la Vierge est en extase En face de son Fils divin !
Et le Fils, radieux , de son côté se penche,
Et de son sein fécond la grâce qui s’épanche Tombe à flots sur le genre humain !