ET L HARMONIE
O sainte volupté de ces frôlements d’anges Qui passent en traînant leur robe à longues franges, Et glissent en nombreux essaims!
O vapeur ineffable où mon âme s’inonde !
O sources de bonheur et d’ivresse profonde Où viennent s’abreuver les saints !
Mais le chœur ne rend plus d’accords : l’hymne est finie... Des hauteurs où m’avait transporté l'harmonie Je retombe de tout mon poids :
En me touchant le front, comme après un beau rêve, Je me trouve, au sortir d’une ivresse trop brève,
A genoux sur les carreaux froids.
Pourtant , posant ma tête au pied d’une colonne , J’écoute un bruit confus qui dans la nef résonne : C’est le reste d’un doux accord...
Et quand je sortirai du saint temple en silence,
Dans mon âme ce son qui vibre et se balance Retentira longtemps encor !
2lur Suites,
t/> / occasion t/e /rt Ç/te/e- /etutc
r/ j?nr«oue.’
Pli malt* dilicrntilnii Irgein funni , el non rst illu •raudulum.
hUH
Pourquoi ce mouvement, cette pompe, 6 Lucerne! L’étranger dans toi-même à peine te discerne,
Il te cherche, et son œil ne voit, de toutes parts, Qu’equipages dorés et que chapeaux à plume,
Et ton pavé tremblant s’allume Au roulement des chars.
Tu viens de revêtir ton costume de fête,
Et tes canons vieillis, qu’on traîne sur ce faîte. Vont ébranler le mont de leur signal tonnant.
Ton peuple est en émoi, vers tes ponts il refoule,
•JO-! AUX SUISSKS.
Et les flots grossis de la foule Cornent en bourdonnant.
Elle grandit toujours, et tout à coup se porte Du côté de ce temple , et se presse à la porte. Ainsi, quand l’onde émue a franchi son bassin, Elle bout : au hasard elle court, et serpente,
Puis, quand elle a trouvé sa pente,
Tout y roule soudain.
L’édifice au dedans luit d’un éclat profane :
Des guirlandes de fleurs, que le jour d’après fane, Se courbent sur les murs en festons gracieux.
Le temple diparait , et l’autel où l’on prie,
Sou6 une longue draperie,
Echappe à tons les yeux.
Dans le fond de l’enceinte où l’avoyer préside.
Le corps élu du peuple avec pompe réside ,
Kangé sur une ligne arrondie en croissant; Semblable à cette ligne étroite de lumière,
Pâle et nocturne avant-cou rrière D'un astre bienfaisaut...
Voilà donc, voilà donc cette grave assemblée Où toute opinion, pour la lutte appelée,
A confié son aine , et , pour parler, sa voix ! Organes mélangés du calme ou du délire,
L’un qui sauve, l’autre déchire Le vieux code des lois!
Al)X SUISSKS.
ao3
O vous que le délire égare! prenez garde.
Docteurs fanatisés ! car l’Europe regarde,
Attentive à vos cris!... Ne voyez-vous donc pas Là, tous ces étrangers, à l’œil avide et sombre,
Qui viennent épier dans l’ombre Le cours de vos débats !
Votre agitation est un frisson de fièvre,
Précurseur du soupir qu’on attend sur sa lèvre , Quand un riche mourant approche de sa fin ,
Et quand des héritiers la nombreuse cohorte Autour du lit de mort apporte Sa dévorante faim.
Que voulez-vous? le ciel, d’une main libérale,
Ne vous comble-t-il pas ? Votre patrie étale Tant de splendeurs, qu’alors qu’il vient la visiter. L’étranger, aux transports dont son âme est ravie, Désire y terminer sa vie ,
Et toujours y rester !
Vos montagnes, géants qu’un froid salubre assiège, Se drapent dans les airs de longs manteaux de neige, Et dans l’éclat changeant de leurs blocs de cristal , Vos glaciers font briller, sous leurs voûtes humides, Et l’argent de leurs pyramides,
Un luxe oriental.
Vous avez des forêts, de fougueuses cascades,
Des rocs dont le sommet, semblable à des arcades,
AUX SUISSKS.
ao/|
Sur vos têtes surplombe et se recourbe en rond; Dans vos vallons, des bruits dont lu sombre harmonie Souvent fit rêver le génie,
Et tressaillir Byron.
Vos pâturages frais, où vos taureaux bondissent, Sept fois l’an , sous la faux, tombent et reverdissent. Nul pays n’a vos lacs et si clairs et si beaux,
Où l’on voit, certains jours, vos nombreuses gondoles S’orner de longues banderoles,
Et bondir sur les eaux.
Des lois !... mais n’avez-vous pas une république Qui n’est qu’un rêve ailleurs, et qu’ici nous explique Ce sol, souvent borné, que le ciel seconda?
Des lois!... n’avez-vous pas vos mœurs simples et sages, Et les salutaires usages Que votre Tell fonda ?
Des lois !... mais un seul jour n’en lit jamais de bonnes : Plus encor qu’aux pays où brillent les couronnes ,
Ca loi doit, parmi vous, être tiu phare qui luit.
Si toujours vous changez et déplacez ce phare ,
L’œil qui le cherche enfin s’égare,
Et flotte dans la nuit.
Vous demandez des lois!... qu’avez-vous fait de celles Dont se sont contentés vos pères? avec elles Ils se croyaient heureux, et vivaient en repos... Trouvez-vous qu'un pouvoir sans frein ni sans mesure