A PRÈS
Comme un lis qui s’incline, au lever de l'aurore, Humide de ses pleurs.
Et souvent elle allait, quand tombe la journée, S’asseoir toute rêveuse, à l’ombre du poirier,
Où je la vois encor, la tête au ciel tournée.
Comme pour le prier;
Où son doigt dirigé vers la voûte azurée Lui donne l’air d’un ange au front plein de douceur, Qui montre d’ici-bas la patrie assurée Où veillait une sœur !....
Quand, après mon départ, je revenais pour elle, Visiter les toits gris de l’antique manoir,
J’apercevais de loin , en signe à la tourelle ,
Flotter son blanc mouchoir.
Hélas ! ces lieux , naguère ornés par sa présence ,
La tourelle, le pont, le banc.... qu’ils sont changés ! A présent on les laisse avec indifférence,
Comme des étrangers !...
La plate-bande aride, où l’herbe seule pousse, N’offre plus au passant qu’un triste champ de deuil; I manoir est désert , et la funèbre mousse Croît maintenant au seuil !...
Dors , ma compagne , dors dans ta sainte demeure ; En finissant si jeune, accomplis ton destin;
TBOIS ANS.
Car il faut que la fleur, dont l’éclat tente, meure A son premier matin.
Moi j’irai seul , n’ayant d’espoir qui me soutienne
Que celui de pouvoir enfin te mériter;
Quand mon âme épurée ira jusqu’à la tienne Se fondre et palpiter.
Mais si sous mes chagrins, trop faibles pour le nombre.
Mes genoux quelquefois sont tout près de fléchir,
Et si mon front brûlant a besoin qu’un peu d’ombre Vienne le rafraîchir,
A mes pas épuisés, fais que ta main ouverte
Redonne du courage, et serve de soutien ;
Viens sur mon sentier nu tendre une branche verte , O mon ange gardien !
Ne me délaisse pas, mon ange , sur la terre !
Sur moi viens voltiger aux approches du soir;
Oh ! viens à mon chevet, dans l’ombre du mystère, Comme autrefois t’asseoir.
Soyons toujours unis; descends de ta patrie;
Viens visiter l’époux qui languit sur ces bords :
Tout lui semble étranger, et son âme flétrie N’est bien qu’avec les morts !...
ffe$ tour Jumeaur.
Oui , tu me rmtcrnt , fi funrbre héritage ’ Luiivim.
xmuasÂzx
* Le printemps s’orne un jour de la couronne blanche Que le ciel fait fleurir de ses rayons féconds;
Et, dès le même jour, les fleurs, de chaque branche, S’échappent par flocons.
Mais à la place on voit poindre et verdir un germe, Qui doit croître et mûrir à l’ardeur du soleil ;
Et le bouton si mince , et si grêle , renferme Déjà le fruit vermeil.
Quand le bois du foyer s’éteint, la même flamme Glisse à d’autres rameaux qui vont flamboyer mieux.
l4 LES DEUX
.... Ainsi s’étend la vie; ainsi la jeune femme Qui repart pour les deux,
Se penche sur la terre, en repliant son aile...
Elle y laisse tomber un regard de langueur...
Mais sourit en voyant, de la vie éternelle,
Battre en d’autres son cœur.
Ainsi quand elle a vu loin d’elle fuir la vie,
Et le saint crucifix s’échapper de ses doigts ,
Celle que j’adorais dut se sentir ravie,
Mourant mère deux fois.
O vous, qu’elle a laissés comme un dernier vestige. Croissez pour vous aimer, chers et frêles jumeaux ! Et que la sève, hélas! qui fit fleurir la tige Anime les rameaux !
Rendez-nous ces beaux yeux où son âme étincelle, De ses émotions interprètes si prompts;
Et du rayon divin qu’au moins une parcelle Brille à vos jeunes fronts !
Chers enfants, que déjà votre bouche enfantine Dise des mots naïfs, et si connus de nous; Renouvelez les sons d’une voix argentine;
Riez sur mes genoux!
Oh! comme j’aime voir cette folâtre ivresse Animer votre joue où brille le carmin ;