‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 84 sur 108 · DE LA FOLLE-FIANCÉE · texte numérisé non relu

DE LA FOLLE-FIANCÉE

C’est le deuxième jour qu’en ce chalet ami ,

Où, voyageurs errants, on leur ouvrit la porte,

Ils excitent tous deux cet intérêt qu’on porte A tout être qui vient d’un pays étranger.

Mais il est des douleurs que rien ne peut changer ! De ces douleurs rongeant l’âme comme une proie, Où, sous son ongle aigu qui le presse et le broie, L’homme ne prend plus part aux choses d’alentour, Et ne sent plus en lui que le cruel vautour !

On voit que tous les deux sur leur figure empreintes, Ils sentent du vautour les affreuses étreintes...

Or, du vieillard conteur le récit est fini ,

Et l’on paraît encore écouter. — « Antoni ! »

Dit en continuant de filer une femme

Au chasseur de chamois, «l’air vif des monts affame

« Et la blanche fiancée est sans fruit pour demain !

— « Quoi ? » demande en levant la tête de sa main L’un des deux inconnus que frappe une pensée,

« Quoi ? qu’avez-vous à dire , 6 femme ! de fiancée ?

LE GLACIKIt

— « Oh! vous allez entendre un récit étonnant,

« Une histoire qui vaut celle du revenant.

« Antoni que voici, sous les cimes de glace,

« Un jour, près d’un abîme , attendait sur la place « Que son chien qui dort là, sur un chamois lâché,

« L’amenât vers le roc, où lui restait caché.

« Voilà que tout à coup, sur la neige qu’il frise,

« Un pied passe... il regarde , et quelle est sa surprise,

« Quand il voit apparaître un fantôme tout blanc!

« De la roche rapide il descendait le flanc.

« De sa place Antoni pouvait voir à son aise :

« Dans ses yeux, des charbons, comme en cette fournaise, « Brûlaient, étincelant d’un effrayant éclat.

« D’un pied sûr il marchait comme sur le sol plat,.

« Et tout près du chasseur s’avançait en silence.

« Antoni se montra... le fantôme s’élance,

« Au faîte du glacier comme un aigle il bondit.

« Et là, souvent du moins Antoni me l’a dit,

« Sous son blanc vêtement , pendant en longue frange,

« Le fantôme parut prendre une forme étrange.

— « Ma mère ! à mon récit vous n’avez rien changé.

« Or, on dit que jamais les esprits n’ont mangé.

« Celui-ci fut bientôt par moi mis à l’épreuve,

« Et de leur appétit j’acquis dès lors la preuve.

« Un panier plein de fruits fut mis sur le rocher

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