‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 86 sur 108 · I.c chasseur, sur le roc , a déposé le fruit · texte numérisé non relu

I.c chasseur, sur le roc , a déposé le fruit

LE GLACIER

Et dans le vague espoir d’éclaircir un mystère,

Le vieillard au-dessous s’est assis solitaire.

Or, pendant qu’il attend dans la neige, glacé,

Son jeune compagnon , ce soir-là harassé ,

Aux esprits n’ayant pas grande croyance, en somme Affaissé de chagrin , dormait d’un pesant somme.

XIU.

Ce que vit le vieillard qui de froid se morfond , Aujourd’hui ‘reste encore un mystère profond. Seulement au vallon , quand l’aube matinale Des glaciers colora la blancheur virginale,

Aux yeux émerveillés des vigilants pasteurs , Quelque chose apparut, passant sur les hauteurs.

On dit que la figure, aux pieds portant une aile, Regagna du glacier la caverne éternelle.

On trouva le vieillard en bas, à demi mort...

De l’avoir laissé seul ressentant un remord ,

Le cœur plein d’un objet que le mourant lui nomme, Le soir d’après, au mont se hâta le jeune homme.

Un silence profond régnait au loin dans l’air; l.a nuit était glacée et le ciel était clair,

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Et I etranger suivait le chemin de la veille.

Il longea la vallée où le pâtre qui veille,

Environné des siens, dans son humble chalet, Murmurait à voix lente encor le chapelet.

Et quand, avec les fruits qu’au bras son guide porte, Rapides ils passaient auprès de chaque porte,

Le paisible habitant, par le bruit alarme.

Au seuil de sa cabane apparaissant armé.

Pendant longtemps suivait leurs traces sur la route, Dont ils font en courant encor craquer la croûte.

Dans la neige enfonçant de leurs bâtons l’acier,

Ils montent en silence, ils montent le glacier.

Arrivé près du roc, Antoni, hors d’haleine,

Y dépose le don de sa corbeille pleine.

Dans son lit de frimas l’étranger, resté seul ,

Se cache enveloppé comme dans un linceul.

Son guide, déjà loin, entre eux a mis l'espace... Dans l’attente il demeure, et l’heure lente passe Pour son cœur qui bondit, dans son sein à l’étroit; Et chaque heure en passant rend plus âpre le froid. Et l’humide vapeur «le sa lèvre exhalée ,

Se condensant en givre, y retombe gelée.

Et bientôt tout son corps n’offre plus qu’un glaçon !... Cependant l’inconnu ne sent d’autre frisson Que le frisson nerveux produit par l’espérance;

Sur sa couche de neige il ne sent de souffrance Que celle dans son cœur d’un immense désir!

LE GLACIER

lit, l’oreille tendue, il est prêt à saisir Le moindre son qui frôle au sommet de la roche,

Et d’un être vivant lui signale l’approche.

Mais la nuit a glacé ce monde aérien.

Il ne voit, il n’entend autour de lui rien... rien!

Il écoule toujours dans son incertitude,

C’est encor de la nuit l’affreuse solitude.

Par la lune éclairé, comme par un flambeau.

Le mont semble dormir, aussi froid qu’un tombeau Tout est calme, excepté le sang dans son artère; Tout est silencieux, dans l’air et sur la terre,

Tout, excepté son cœur qui palpite et qui bat!

Déjà, l’aube chassant la nuit qui se débat,

Précède le matin qui bientôt doit éclore,

Et le glacier sublime en pourpre se colore.

De rochers en rochers le jour descend par sauts. Sur leurs flancs décharnés il s’étend en ruisseaux. De la cime des monts il se déroule, il plonge. Jusque sur leurs pieds nus la lumière s’allonge,

Et vient les recouvrir comme d’un vêtement Où la pourpre étincelle avec le diamant.

Soudain, sur les hauteurs, nue figure vague.

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