‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 96 sur 108 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

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O toi que cette plage où la vapeur rosée En trésors de lumière à l’horizon descend ,

() toi que l’Italie , humide de rosée Et du sang des martyrs autrefois arrosée ,

Honore d’un culte naissant ;

Dont les membres sacrés de la poudre des tombes Furent, après mille ans, en triomphe exhumés, La plus pure parmi ces suaves colombes

SAINTE PHIJ-OMKNE.

Dont l’oubli si longtemps au fond des catacombes Couvrit les restes embaumés !

Dont deux de mes enfants ont, avec la lumière,

En naissant pris le nom à l’oreille si doux ,

A qui, soir et matin, l’œil fixé sur sa mère,

Le plus fort, après elle, en bégayant profère :

0 Philomène ! priez pour nous ! »

O vierge, qu’au Vésuve à genoux on implore!

Je voudrais jusqu’à toi faire monter un chant. Puisse dans mon pays une harpe sonore Après moi répéter une hymne qui t’honore,

Et rende un accord plus touchant!

Je ne conterai pas que la splendeur d’un trône De ton enfance, en Grèce, accompagna les pas. Dans les hauteurs du ciel , dont l’éclat t’environne , Que fait si tu naquis pour ceindre une couronne, Et porter un sceptre ici-bas!...

Je ne conterai pas que, païens d’origine,

Tes parents pour t’avoir, jetèrent de vains cris Vers ces dieux de métal à la creuse poitrine;

Que de leur confiance en une autre doctrine,

.Ta naissance enfin fut le prix.

Heureuse, tu cueillais les fleurs de ton rivage,

Que le printemps t’offrait pour la treizième fois, Quand soudain, à des cris de guerre et de ravage.

SAINTE PIIILOMÉNE. ‘X'j'i

Ton père vint aux pieds d’un empereur sauvage Porter sa suppliante voix.

Je vais suivre ta trace à la ville éternelle ,

Où tes parents sans toi ne veulent point partir.

C’est alors que la foi t’échauffa de son aile;

C’est là qu’a commencé la lutte solennelle Qui fit couler ton sang martyr.

O Sainte! de ta mort je veux dire le drame.

Daigne faire, en touchant un si noble sujet ,

Que le divin Esprit agrandisse mon âme.

Sur le poète obscur, quand il veut, de sa flamme Il fait aussi tomber un jet.

Pour parler de toi, donne une seule étincelle De la candeur qui brille à ton front si serein.

Donne un peu de ta foi; ne me donne que celle Qui, devant ton image, à Mugnano ruisselle Des lèvres du bon pèlerin !

Dans les graves débats où notre âge se pose,

Une enfant, que le ciel compte dans ses élus ,

Dont le sang rend fécond le sable qu’il arrose ,

Tout cela, de nos jours, paraît bien peu de chose; Une histoire qu’on ne lit plus !

Que la foule incrédule en riant me désigne ,

274 SAINTE PHILO.wèNE.

Qu’elle fasse pleuvoir le sarcasme sur moi , N'importe! à la risce heureux je me résigne, Pourvu qu’en m’écoutant un cœur pieux et digne Se tourne avec amour vers toi !

Sainte pjüomène.

DEUXIÈME PABTfE.

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On entend partir sur la rive

Des clameurs. -• ».•'

De la trirème qui dérive Les rameurs

Plongent l’aviron par secousse Dans les flots.

Un chœur de jeunes filles pousse Des sanglots ,

Et s’avançant sur l’onde blanche.

Qui se fend ,

SAINTF PHIFOMFNF.

Voit fuir le vaisseau d’où se penche Une enfant,

Qui , debout , auprès de sa mère ,

Sur le pont ,

Exhale ainsi sa plainte amère,

Et répond :

« Adieu de tous mes jeux les compagnes aimées !

« Avec qui je tressais ces roses embaumées

« Dont nous parions l’autel de Dieu !

« Je vais penser à vous sur la rive étrangère ,

« Vous avec qui ma vie a coulé si légère!

« Mes compagnes d’enfance, adieu!

« Il faut en vous quittant que mes regrets s’épanchent. « Oh! que vos seins aussi, qui sur l’onde se penchent, « Gardent mon souvenir toujours!

« Assises sur la plage où se lève l’aurore,

« Lorsque je serai loin, de moi parlez encore,

« Parlez souvent de nos beaux jours!

« Adieu , bosquets! adieu , rivages de la Grèce ,

« Où sur les près touffus j’allais , dans mon ivresse, a Bondir et jouer sur les fleurs !

« O climats parfumés dont j’ai senti l’haleine,

« En in’ éloignant de vous de deuil mon âme est pleine , « Je ne puis retenir mes pleurs !

« Le massif d’orangers à l’horizon décline,

« Et là-bas, au lointain, je vois de la colline

SAINTE PH1LOMÈNK.

« Disparaître tous les sommets!

« O Grèce! ô mon pays! sur ta plage chérie,

« Je ne sais, mais j’entends une voix qui inc crie « Que je ne reviendrai jamais ! »

Et déjà la trirème a de la mer Egée Franchi l’onde limpide et d’îles surchargée.

Légère elle s’avance, et fend le Ilot amer Qu’en son bassin profond roule la grande mer.

Et voilà tout à coup que dans les airs commence Un silence imposant qui se prolonge immense.

Au milieu de son cours le soleil a pâli.

Et, sous un voile noir, paraît enseveli.

Et des brises parfois, incertaines et vagues,

Ridcut en expirant la surface des vagues.

Sur l’eau pesante et morte on voit, au loin tracé, Un sillon qui s’étend jauue et violacé.

Et des nuages noirs courent , dans les léuèbres , Ranger à l'horizon leurs bataillons funèbres.

Et l’on entend passer de longs frissonnements Qui présagent la guerre entre les éléments.

Les vents sont déchaînés et les foudres éclatent.

Des nuages profonds les flancs qui se dilatent Plcuvent l’onde et la grêle, et le feu par torrent,

Et de la mer rugit l’abîme dévorant.

Et la trirème en vain lutte contre l’orage,

Qui sur elle parait tourner toute sa rage.

Et du souverain grec les emblèmes dorés Flottent au gré des vents en lambeaux déchirés.

378 SAINTE PJilLOHKKE.

Tantôt, sous la lueur d’une pâle étincelle,

En forme de géant l’oude au loin s’amoncelle; Menaçante elle accourt en étendant ses bras.

Puis vomit son écume à la cime des mâts.

Tantôt , dans sa fureur, le flot arrive et lance Le vaisseau qui, dans l’air, un instant se balance. Puis retombe perdu dans l’abîme sans fond.

Indomptable bélier, sur le navire il fond;

Eléphant monstrueux, il y soulève et dresse Son effrayante trompe! il l’enlace, il le presse,

U le fait, dans l’étreinte, et crier et craquer.

Comme un grand corps mal joint qui va se disloquer Au gré de l’ouragan trébuche la trirème,

Sans espoir de salut.

Dans ce moment suprême.

Un spectacle touchant sur le pont avait lieu.

Les sectateurs du Christ , réunis au milieu ,

Faisaient dans la tempête entendre leurs voix hautes; Princes et serviteurs se confessaient leurs fautes;

Et tout près de partir pour le monde éternel.

Ils échangeaient entre eux le baiser fraternel.

Pâle et le front caché dans le sein de sa mère ,

Une enfant donnait cours à sa douleur amère :

« L’eau va nous engloutir! c’est un affreux tombeau! « Oh ! que ne suis-je encor dans mon pays si beau !

« Et pourquoi m’avez-vous prise pour ce voyage ?

« J'étais pleine en partant d’un sinistre présage.

« Ma mère! voyez-vous ces brisants accourir?... '

SAINTE PHI LO MÈNE. 279

« A treize ans, o mon Dieu, c’est triste de mourir!... »

De ses bras convulsifs sa mère l’environne.

Près du groupe éploré, la tête sans couronne.

Jetant derrière lui son manteau pourpre aux vents. Le père, vers le ciel, pousse des cris fervents.

11 invoque à genoux, et les mains jointes, celle Dont le front glorieux sur la nue étincelle ,

Qui peut d’un seul regard rendre le temps serein,

Et qui veut qu’on la nomme : Étoile du marin !

Marie, en ce moment, se penchait vers la terre;

Elle aperçut d’en haut le vaisseau solitaire ,

Et du roi suppliant elle entendit les cris.

Elle prit dans ses mains le livre où sont écrits Les destins d’une enfant comme ceux d’un empire, Et le fit voir à Dieu... t . ,

Soudain l’orage expire^

L’éclair, dans son nuage où brûlait un carreau , Rentre,cncor flamboyant, comme un glai veau fourreau. Les vents au haut des airs retiennent leur haleine , Le flot tombe et la mer s’unit comme une plaine.

Sur la vapeur, que perce un rayou triomphant,

La Vierge resplendit et montra son enfant.

L’Esprit fendit la nue , et , colombe éternelle ,

Sur la faible princesse il étendit son aile.

Vers elle doucement sa tête se baissa ',

Et l’on sut qu'un mystère entre eux deux se passa... La Grecque se leva, de lumière inondée,

SAINTE PHILOMÈNE

Sous le baiser divin pour le ciel fécondée,

Et brûlant d’un amour comme on n’en vit jamais. Elle se leva forte — et grande désormais,

Et le cœur tout pétri d’un sublime courage,

Elle pourra sans crainte affronter un orage !

Sur le miroir des eaux, le vaisseau , cependant,

Se remit à glisser, tourné vers l’occident.

Il fendit son chemin sur la vague docile.

Eu s’approchant à droite, aux bords de la Sicile , Il entendit mugir et Charybde et Scylla ,

Et de loin le volcan dout la flamme oscilla.

Il vit le Garganus qui se perd dans la nue,

L’île du vieux Tibère, et par sa mort connue. Enfin, au fond du golfe, aux longs bras assouplis, Il vit, dans le lointain, surgir Néapolis.

Il vit Néapolis, ce paradis sur terre,

Que jamais l’hiver froid de son souffle n’altère. Où les parfums du myrte exhalent leur douceur, Néapolis la belle, et des Grecs cette sœur!

Mais où , sur un fond bleu , nuit et jour se détache De son Vésuve noir le menaçant panache !

La trirème royale est saluée au port,

Et l’enfant inspirée aborde avec transport A cette heureuse plage, à ce sol d’Italie,

Où sa mission sainte allait être accomplie.

Les voyageurs ont bâte , et dès le lendemain De la ville éternelle ils prennent le chemin.

Près d’un fleuve indolent ils traversent Capoue,

SAIMTE PHILOMÈNE.

Qui de ses voluptés étend au loin la boue.

Us s’enfoncent de là dans l’ombre des forêts ,

Et longent, en passant, d’insondables marais,

Où l’on voit dans les joncs bondir, par intervalles , De sauvages taureaux mêlés à des cavales.

Au but de leur voyage ils doivent approcher :

Car on foule à ses pieds des quartiers de rocher. Pavé de cette route où sans fin se promène L’étalage pompeux de la grandeur romaine !

Un spectacle imposant se déroule à leurs yeux,

Et les palais des rois, et les temples des dieux ,

Sur deux lignes rangés forment une avenue Où court des nations la vague continue !

Us entrent : sur le Tibre ils passent; et, tout près, Us voient se dessiner le temple de Cérès,

Où de gais vendangeurs, sur les dalles massives, S’enivrent en chantant dans leurs danses lascives.

11s voient le Capitole , assis sur les hauteurs, Dominant, au Forum, l’arc des triomphateurs.

Sainte Pjilomcnc.

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