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AUTOUR DES LACS ITALIENS

Bien souvent, descendant en Italie par le Simplon, j'avais eu le désir de faire un léger détour pour m'arrêter à Orta. Mais ma hâte de gagner Milan et Venise m'en avait chaque fois empêché. N'ayant pas le loisir, cette année, d'aller savourer sur la lagune les délices de l'automne naissant, je veux profiter des quelques jours de liberté dont je puis seulement disposer, pour visiter autour des lacs quelques coins que je ne connais

pas encore. Comment n'y aurait-il pas dans cette région, ainsi que sur toute la terre latine, d'adorables sites et de curieux sanctuaires d'art?

A Domodossola, j'ai donc quitté le rapide qui amène si vite sur le versant italien que, pendant un instant, on est aveuglé par l'éclat de la trop brusque lumière, et je suis monté dans un petit train dont les wagons, au sortir des somptueux sleeping, semblent dater de plus d'un siècle. Il suit l'ancienne ligne de Novare que l'on prenait jadis quand on arrivait par la diligence du Simplon. La voie qui va directement au lac Majeur n'a été tracée qu'après l'ouverture du tunnel. Pendant une vingtaine de kilomètres, les deux lignes courent tout à côté l'une de l'autre, et certaines stations sont même communes. On se sépare à Cuzzago et, après avoir franchi la Tosa et longé la base occi-

dentale du Mottarone, on débouche sur le lac d'Orta, l'ancien Cusio des Romains. %

Quelle douceur et quel charme ! De tous les lacs de Lombardie — car, bien qu'il soit en territoire piémontais, ainsi d'ailleurs que la plus grande et la plus belle partie du lac Majeur, on peut le ranger dans le groupe des lacs lombards — je me demande si ce n'est pas le plus parfait. Moins sauvage que celui de Lugano, moins voluptueux que le Lario, moins grandiose que le Majeur, il a plus d'harmonie générale que chacun d'eux. Tout y a les proportions qu'il faut ; pas une note discordante. Les collines boisées qui l'entourent s'infléchissent suivant les courbes qui s'adaptent le mieux aux sinuosités des rives; vraiment, la même main n'a pas dessiné ces lignes souples et le dur profil des montagnes qui paraissent rejeter en un autre monde la rude Germanie. Son île de

San Giulio résume en elle les beautés diverses des Borromées. La pointe d'Orta a presque autant de grâce que le promontoire de Bellagio. Et le lac a conservé ce que possèdent de moins en moins ses rivaux trop illustres, peu à peu envahis, transformés, enlaidis par la civilisation : le calme de la nature. On peut écouter pendant des heures le clapotis de l'eau sans entendre les trépidations des moteurs ; un seul petit bateau suffit au service des ports. Rares sont les automobiles qui s'aventurent sur le quai d'Orta tout à fait en dehors de la grande route. C'est un des derniers coins d'Italie où le modernisme et le progrès n'ont encore rien gâté. Mais, hélas I pas pour longtemps. Les riverains veulent attirer les touristes ; ils forment des comités d'initiative ; ils ont assez d'entendre appeler leur lac cenerentola (cendrillon) parce qu'il reste oublié à côté

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