‹ Heures d'ItalieChapitre 7 sur 11 · NO Y ARE · texte numérisé non relu

NO Y ARE

plaine, il flamboie presque irréel, Heur vermeille dans le crépuscule.

Les chutes du. jour, contemplées du haut de ces remparts de Novare, s'emplissent de sérénité. Et je n'ai gardé que le mauvais souvenir d'un concert où la fanfare municipale, entre deux airs de la Tosca et de la Bohême, exécuta le finale de Y Or du Rhin. Dans le Wagner, comme dans le Puccini, fit rage un extraordinaire piston-solo, qui doit remporter les premiers prix aux concours, mais qui a le déplorable tort de considérer tous les morceaux comme des fantaisies écrites pour son instrument...

Quant aux soirées, elles sont délicieuses, dans ces jardins nocturnes propices aux ombres enlacées, lorsque s'avive le désir qu'a toute àme d'une autre àme pour tromper l'angoisse d'être seule devant le mystère des choses. Autour des vieux arbres à demi

défeuillés et des gazons déjà flétris, rôde l'odeur de l'automne qui, elle aussi, incline à l'amour par la mélancolie.

VARALLO

VARALLO

Rien n'est plus charmant que le trajet de Xovare à Yarallo. On marche d'abord au milieu des hautes ondulations des rizières dont les épis lourds et serrés sont couchés, par vagues, comme sous une houle soudainement figée. Une douce lumière argenté la campagne matinale et se joue à travers la fine brume si caractéristique de ces régions du Bas-Piémont pareilles à la plaine lombarde, brouillard impalpable mais partout présent,

où, selon le mot de Michelet, « flottent la fièvre et le rêve ». A l'horizon, les montagnes sont imprécises ; à peine distingue-t-on la ligne neigeuse des Alpes.

Vers Romagnano, les collines commencent brusquement et très vite s'élèvent. On rejoint la Sesia dont on remonte le cours jusqu'à Varallo. Ce val, l'un des plus beaux de ceux qui descendent du massif du mont Rose, est à la fois fertile et industriel. Des arbres fruitiers, des vignes plantureuses aux épaisses guirlandes, des forêts de châtaigniers donnent à tout le pays un aspect verdoyant. Peu de fermes isolées, mais de gros bourgs avenants et prospères, suivant la mode italienne. Déjà Tacite, dans sa Gennanie, remarquait que les habitants de l'autre versant des Alpes espacent leurs maisons, alors que les Latins les réunissent le plus qu'ils peuvent pour former des villages, avec un souci cons-

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tant de l'alignement et de l'effet d'ensemble. Ceux-ci ont toujours eu pour idéal la vie urbaine, la cité. Tout l'instinct aimable et social de la race est dans ces groupements qui assurent plus de facilités d'existence et plus d'occasions de gaieté. Les populations que nous croisons sur la route ou dans les hameaux, sont saines, riches, heureuses de vivre. Les paysannes portent de curieux costumes aux couleurs éclatantes; elles nous sourient au passage ou nous saluent d'un geste gracieux. On sent que tous ces gens aiment le soleil et qu'il suffirait de quelques gouttes de pluie ou d'un peu de brouillard pour qu'il n'y ait plus personne dehors. Les Italiens pourraient prendre la devise que j'ai lue sur certains cadrans solaires : Sine sole sileo.

A partir de Borgosesia, les montagnes se resserrent; la vallée devient plus pittoresque.

Et bientôt apparaît Varallo, dans une splendide position. Ses toits clairs se tassent au fond de la gorge, dominés par de verdoyantes collines derrière lesquelles surgissent de hautes montagnes. L'aspect de la ville est très particulier. Bien que l'on soit tout près du mont Rose, on n'a pas l'impression des bourgades alpestres. On trouve des maisons vastes et bien construites, des magasins importants, des marchés en plein air avec de riches étalages de fleurs et de fruits. Il y a aussi de confortables et modernes hôtels ; mais aucun ne vaut l'antique auberge qu'on m'avait indiquée et dont la réputation centenaire se justifie toujours. On y prend ses repas sur une terrasse au décor vieillot, ombragée de vignes vierges, suspendue en quelque sorte au-dessus de la Sesia, juste à l'embouchure du torrent Mastallone dont les .truites célèbres figurent à chaque menu.

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Tout d'ailleurs y est exquis : poissons, perdreaux, pèches, raisins sont parfumés comme chez moi, dans cette vallée de la Drôme chère aux gourmets, où le Dauphiné et la Provence se mêlent pour offrir ce que leur sol a de meilleur. Une fois de plus, je trouve de nombreuses ressemblances entre mon pays et les régions des Alpes italiennes situées à ces mêmes altitudes de quatre à huit cents mètres. L'an dernier, j'avais eu cette sensation dans le Cadore, d'où Titien envoyait à son cher Are tin des gibiers et des fruits qui faisaient l'orgueil de la table la plus délicate de Venise...

La renommée de Varallo tient surtout à son Sacro Monte qui, de tous les sanctuaires de la contrée, est le plus important et le plus curieux. 11 se dresse au-dessus de la ville, au sommet d'une colline boisée sur laquelle il forme une véritable cité. Vu de la vallée

quand on approche de Varallo, il rappelle ces bourgades de Toscane ou d'Ombrie, dont les blanches murailles couronnent les coteaux tapissés d'oliviers. Le moine qui fonda ce pèlerinage, à la fin du xve siècle, eut l'ambition d'en faire la nouvelle Jérusalem, et la montagne qui le porte devait, aux yeux des fidèles, représenter le Golgotha. On y monte en une demi-heure, par un chemin assez rude, aux cailloux pointus, mais à l'abri des plus vénérables châtaigniers qui se puissent voir. Rien n'est beau comme ces bois de vieux châtaigniers plusieurs fois séculaires, parure des Alpes piémontaises : sous leur large frondaison, l'air et la lumière ne cessent de circuler; entre les troncs, si vigoureux que rien ne peut vivre près d'eux, il n'y a pas de fourrés ni de ces coins humides, encombrés d'une végétation parasite, où l'on sent grouiller tout un monde de reptiles et

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