L\ DESCENTE DU BRENNER
déjà les l'aul)Ourgs de Turin ou de Milan. Par le Brenner au moins, on peut, avec quelcjue imagination, se figurer que l'on suit l'ancien chemin des piétons et des voitures, l'antique voie romaine Claudia Âugusla:Ie train, qui la longe constamment, monte tout tranquillement jusqu'au col même du Brenner, comme autrefois les diligences, et descend sans trop de hâte sur Vérone, laissant le loisir d'admirer... Les vrais voyageurs ne sont jamais pressés.
« Voyager, a écrit madame de Staël, est un des plus tristes plaisirs de la vie; traverser des pays inconnus, entendre parler un langage que vous comprenez à peine, voir des visages humains sans relatioîi avec votre passé ni avec votre avenir, c'est de la solitude sans repos et de l'isolement sans dignité. Car cet empressement pour arriver là
où personne ne vous attend, cette agitation
dont la curiosité est la seule cause, vous inspirent peu d'estime pour vous-même... » Madame de Staël n'aimait pas à voyager parce qu'elle ne savait pas regarder. Cette femme intelligente, infiniment sensible à l'esprit et à l'éloquence, était aussi peu artiste que possible. Son opinion nous semble aujourd'hui presque incompréhensible, tant nos goûts et nos habitudes ont changé. Mais, vraiment, nous exagérons. Nous ne savons plus goûter le moment présent. Nous sommes toujours sur le point de... Quand nous serons à... quand nous partirons pour... Puis, les jours passent; les déceptions commencent ; les beaux projets échouent. Mais, déjà, nous vivons dans l'attente d'autres choses; si bien qu'entre les désirs et les regrets, les espoirs et les désillusions, nous ne jouissons pas des heures de la vie. Notre génération, qui ne se pâme plus au Lac de Lamartine, n'éprou-