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CLXXVIII

Un style mélodieux peut être un mauvais style; un style irrégulier, et bizarrement interrompu, un bon style. D’ordinaire les grands génies ne cheminent pas: ils bondissent; impatients de verser les flots de vie qui surgissent dans leur sein, ils se passent de transitions. Qu’importe, s’ils ne s’adressent point aux esprits débiles, et ne prétendent entraîner sur leurs pas que ceux qui peuvent les suivre!

Tout style, pour être véritablement beau, doit avoir une qualité pénétrante. Il faut qu’il ait le tour mordant. Ce tour ne peut se trouver par l’étude: il naît d’une compréhension vive. Cet homme , comment le dépeindre ? ce paysage comment le décrire ? et cette pensée, comment l’exprimer en franc relief? En pénétrant d’abord vivement l’esprit de cet homme , de ce paysage , de cette pensée, et en reproduisant avec sincérité, sans trop grande préoccupation de la forme.

Que de fois, en lisant des descriptions champêtres écrites par un poète, nous avons songé au plaisir de vivre aux lieux enchanteurs qu’il nous 'dépeint! — La désillusion y attend ceux qui ne sont pas poètes.

Préjugé, de croire que l’imagination exclut le jugement, — pas plus que l’abondance des feuilles et des fleurs n’exclut le tronc et les branches d’un arbre. L’imagination voile, pare la charpente d’un discours: elle ne la détruit pas. Mais il faut comprendre la nature, c’est-à-dire l’aimer, pour saisir la portée des images.

Il arrive à beaucoup de dire d’une oeuvre : La forme en est charmante, mais le fond est vulgaire. — Parole peu juste. Une forme littéraire ne peut être belle si elle n’a germé sur un sentiment profond. Autant vaudrait dire d’un homme : C’est un bel homme, mais sa charpente est vilaine. Dans une œuvre d’art, la

beauté de la forme ne se sépare point de la beauté de la pensée qui l’inspire. On ne crée une belle forme qu’à la lueur d’un idéal. Un style dépourvu de pensée et de sentiment, où il n’y aurait qu’une musique de phrases , ne serait pas même un style.

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