IX
Velut timbra.
L’homme se croit en cette courte vie pour l’éternité. Cependant, s’il promène les regards autour de lui, que voit-il? Une, terre toujours changeante, toujours travaillée par un souffle
HEURES DE PHII-OSOPHIE
inconnu; une rapide succession de jours et de saisons, créant pour détruire, détruisant pour refaire; des vapeurs aux formes étranges errant entre l’azur des cieux et l’obscurité du sol, et qui lui apprennent qu’au moment où il les contemple, il se trame de grandes choses dans les profondeurs de l’espace. S’il contemple, durant la nuit, la voûte du ciel, il y voit des myriades de mondes semés comme au hasard et brillant d’un éclat mystérieux. Mais la faible créature chemine indifférente, écoute la cloche ou l’oiseau, laboure son champ, calcule, parle de son siècle, dit : — Voici le vrai, voici le faux, — se bâtit une demeure, sourit, lève la tête, et tombe en poussière.
Profond sujet d’étonnement, que l’indifférence de l’homme sur sa destinée! L’unique objet qui devrait occuper son cœur est celui dont il se détourne le plus volontiers. Il appelle rêve le pressentiment du divin. Cette victime, marquée pour la prochaine hécatombe, court, sans un retour sur elle-même, à la destruction ! O infortuné, ta fosse se creuse â ton insu par le travail continu des jours ! Pris dans l’engrenage de l’universelle métamorphose, déjà le mystère t’entraîne... te voici penché sur le bord de l’abîme... te voilà anéanti! Qu’est-ce donc qui fut un rêve, sinon ta vie légère?
On est mené à la philosophie par diverses voies. La plupart y arrivent d’un pas tranquille, et, dans la maturité de leurs ans, portent leurs fruits de sagesse. Mais la philosophie peut naitre aussi d’un naturel passionné; elle est alors comme la fleur éclose d’un sang généreux. Ceux que leur nature ardente y destinait ont été chaque jour instruits par la vivacité de leurs émotions. Frappés du désaccord de leurs désirs avec la réalité, ils ont
HËÜRKS DE PHÎLÔSOPHiÊ
longtemps flotté avant de trouver le site paisible où ils pussent atterrir. Un monde de pensées germait en leur sein; mais ces pensées, dictées par les impressions, étaient disparates. Tour à tour rayonnantes et brumeuses, comme soumises à la température extérieure, elles leur donnaient une mobilité de caractère qui, pour les peu clairvoyants, semblait révéler la légèreté du cœur. Il n’en était rien pourtant! Sous ces flammes fugitives, variant sans cesse les expressions de leur âme, couvait un feu secret et durable. A mesure que les jours, les mois, les années s’y amoncelaient, la méditation y répandait ses omf)res, noyant les détails dans l’ensemble, et les phénomènes dans la loi. Le sentiment se généralisait par le travail de la pensée, dirigée vers les souvenirs et déjà instruite par l’expérience. De cette généralisation liait l’amour universel. Il germe sur les premiers éblouissements de passions intenses qui se transfigurent lentement en un amour empreint de mélancolie et de pitié. La mutabilité de toutes choses effraye celui qui aime vivement ; il est porté â contempler la fragilité de sa nature en présence de cet idéal sur lequel le temps projette ses ombres vacillantes et difformes. Il cherche un refuge; il veut s’élever au-dessus des événements, et il s’aperçoit avec douleur qu’il est emporté daus un tourbillonnement de mort. Qu’advient-il Les clartés trop vives pâlissent, les obscurités s’éclairent; la vie, plongée comme en une pénombre, semble l’aube d’un grand jour et s’emplit d’un merveilleux mystère. A la passion irréfléchie succède l’amour paisible, bienveillant, qui oblige à vivre dans une heureuse confiance. Les larges vues du cœur font les larges vues de l’esprit. L’âme, jusque-là éprise des mélodies isolées, s’enivre à une harmonie où les plus joyeux cris sont mêlés à des sonneries funèbres. Deux formules se présentent tour à tour à l’esprit : « Immortel, tu dois périr! » — « Mortel, tu ne périras pas! » C’est le travail de l’unification, où l’on voit aux prises l’aspiration et la crainte : les qualités expansives refluent sur elles-mêmes au choc de la réalité et engendrent la philosophie. Ne faut-il pas, pour triompher de l’accident, pour échapper au temps, ce dévoreur d’affections, s’unifier, sc condenser.
s’éterniser, en remontant aux lois qui nous régissent? Le ciel et la terre, l’immuable et l’instable, le désir, la crainte, la joie, tous les sentiments humains s’entremêlent pour ne plus former qu’un groupe fait d’amour et d’abnégation : — « O fleur épanouie, sitôt vous serez flétrie! » — « O fleur flétrie, sitôt vous renaîtrez! » Action réciproque du fini sur l’infini, par laquelle les extrêmes se relient. L’éternité est-elle autre chose que les mesures du temps unifiées ? La contemplation des métamorphoses de la nature achemine à cette compréhension. Les diverses saisons de l’année, de même que les divers âges de la vie, se pénètrent : l’enfance porte sa réflexion triste, et avril est traversé de la rafale hivernale. Le commencement se tourne vers la fin, la fin vers le commencement; les deux extrémités se rejoignent, produisant le cercle infini où vibrent tour à tour les voix de la vie et les voix de la mort. Tant que ce grand cercle ne s’est pas produit en l’âme, l’esprit et le cœur n’ont pas atteint leur maturité; il y a absence soit d’amour, soit de réflexion.
Rien n’abonde en phénomènes comme des passions ardentes longtemps contenues, qui ont monté insensiblement de l’instinct au sentiment, du sentiment à la pensée, et là se sont plongées dans l’abstraction. Grandeurs, misères, énergies, sévérités, abandons, troubles, objets funèbres et choses joyeuses, toute la vie s’y retrouve. Il a fallu comprimer ses plus poignantes émotions, convertir la sève en larmes, demeurer serein pourtant, et toujours songer sans qu’un pli altérât le front : songer, non de l’esprit, mais de l’âme tout entière. C’est la fusion en un seul être des éléments les plus hostiles : de la passion et de la raison, de l’illusion et de la réalité. La passion, toujours absolue, veut incendier le jugement, et ce dernier, éteindre la passion. L’illusion, l’enivrement des formes, l’art, d’une part; et de l’autre, la réalité et la vérité sévère. Que d’années de souffrances pour réconcilier en une philosophie d’amour ces deux champions : la beauté et la justice! Que de conceptions bizarres et de rêves aventureux! Le cœ'ur s’opiniâtre, se mutine devant la réalité : défend ses sauvages naïvetés contre l’expérience; de là, des
Heures de puieosophiE
créations singulières, et des apparitions qui surprennent. Ne vous étonnez pas : dans le sombre groupe des pensées abstraites, la statue de l’enfance montrera encore ses blancheurs et ses vagues linéaments. Douée de sa seule candeur, l’ânie a pu résister aux cruelles déceptions de l’analyse. Le désir de connaitre éveillé par les tourments de la passion, voulait anéantir le désir d’aimer; mais l’orgueil a été paralysé en son élan par la compassion morale et a laissé à l’âme cet asile mystérieux où l’esprit contemple en paix son idole. L’instinct prime-sautier a survécu â l’expérience, et la philosophie s’est alliée à l’art, ne voulant pas en triompher. C’est la haute philosophie, faite de clémence et de générosité. D’où est-elle sortie? de la passion. Qui l’a fécondéeP^la réflexion. Qu’en est-il né? une espérance qui ne finira point.
Les altiers désirs de l’homme ont bientôt penché sous le poids de la réalité. Si, possédé d’aspirations infinies, il cherche à réaliser l’absolu en ce monde, il n’y a plus de trêves à ses luttes et à ses douleurs. La passion m3'stérieuse creuse en lui un abime où les objets apparents s’engloutissent, et où tombent pêle-mêle beautés et laideurs. Chimères, réalités, rêves, illusions, tout cela pénètre en sa poitrine comme en un sombre creuset, et s’en exhale en désespoir. Il lui faut la double étendue : l’extase illimitée et l’immensité du monde tangible; il lui faut la lutte avec le temps et la possession de l’étendue. Il invoque le silence, l’éclat des tempêtes, l’azur, le mystère, faisant surgir les rocs sévères de l’herbe tendre et la réflexion du sentiment. Il veut demeurer inaltérable, insensible aux heures qui le flagellent; vivre du corps cependant, se mouvoir dans les êtres successifs, errer dans le visible et l’invisible, jouissant â la fois des sensations exquises et des pensées profondes, croyant éterniser les unes et les autres. La gloire, les plaisirs, les amours, seraient à lui! Il serait créature de fange et fils du ciel; ses paroles
HEURES np, PlIII.ÔSOPIin-
seraient verbe immortel; chacune de ses aspirations transfigurerait la réalité, et toute l’humanité, il la marquerait de sa victorieuse empreinte! Ah! chétif, toi soumettre le temps, posséder l’espace, perpétuer le périssable! Quel orgueil t’égare! V'ois là-bas ces ombres que les peupliers du coteau projettent sur le gazon; vois-les trembler à la brise et diminuer à mesure que le soleil s’élève; déjà elles s’évanouissent au pied des arbres, sous la clarté perpendiculaire. Songe que les hommes sont moins que ces ombres. Au soutTle du temps, ils vacillent, jusqu’à l’instant où ils arrivent d’eux-mêmes se placer sous la faux m3'stérieuse et confondre l’obscurité de leur berceau avec celle de leur tombe.
O N.iturc, .ilphabet dc-s grandes IcUros d’ombre !
Que de fois on a reproché à de profonds poètes l’obscurité de leur pensée! Que de fois on a prôné la lucidité d’esprits très vulgaires! On n’avait pas tort, si les uns et les autres se fussent exercés sur le même objet. Mais un monde les séparait! Les premiers, toujours en concordance avec les effluves de la vie universelle, chercliaient à pénétrer l’esprit de la nature, tandis que les seconds marchaient ostensiblement à la surface des choses. Ce que les uns exprimaient avec clarté était fort proche d’eux; mais ce que les autres voulaient tirer au jour, c’était l’essence de la création, le cœur même de l’Être, avec ses mj-stérieuses pulsations et ses sourds élans. De là un langage varié, des paroles nuancées à l’infini, des contours se perdant parfois en linéaments insaisissables; car c’est la grande qualité de l’infini que de ne pas être précis, explicite, de toujours nous sembler noj’é dans une pénombre. Une vapeur épaisse nous sépare des objets lointains et insaisissables. Pour les rendre avec vérité au moven de notre pauvre langue, nous devons chercher nos termes, guidés par notre instinct, et éclairant le substantif
par des épithètes qui répandent de vagues lueurs et ne limitent pas les horizons de notre pensée. Plus nous approfondissons dans l’tirdre naturel, plus difficile devient la tâche de formuler nos sentiments. C’est par des images, qui toutes éveillent une idée, que nous devons tenter de faire deviner le mystère qui nous environne. La nature a ses divers règnes, scs innombrables degrés de formation, et nous apparaît tantôt parachevée, tantôt ébauchée. L’esprit qui s’y unit par la contemplation pour nous la faire comprendre, doit se servir de paroles tantôt concises, tantôt vagues et comme embryonnaires : il nous fait découvrir dans la forme pure la sublime profondeur. Où la ligne fait défaut, la couleur doit venir en aide; et ce que l’esprit seul ne parvient pas à pénétrer, le sentiment doit se le révéler à lui-méme. Telle parole, obscure pour le logicien, devient lumineuse pour le peintre. — Cette ombre, c’est la profonde lueur...
Mais à qui parlé-je? Si c’est à des poètes, à des âmes ardentes qui ont vécu dans la liberté et ont eu le désir de pénétrer aux sources de la vie, cette apparente antinomie ne les effrayera pas. Ils trouveront en leur cœur l’explication de paroles qui confondent les gens d’étroite raison, et étonnés que je veuille analvser ce qu’ils éprouvent, ils me blâmeront peut-être de redire une vérité qui leur est claire.
Si c’est à des esprits pratiques, qui se plaisent aux lieux communs et qui ne prétendent écouter que des phrases aux contours coutumiers, je dois me résigner à les voir sourire, en gardant pourtant l’espoir qu’un jour, l’amour s’éveillant en eux , ils entreverront ce monde invisible qu’ils se font gloire de mépriser.
Les esprits prompts et lucides ne sont souvent que des esprits vulgaires et habiles chez qui les pensées originales sont clairsemées. N’ayant qu’une intelligence aiguisée, dépourvus de l’élévation morale, ils ne sont jamais distraits dans leurs calculs par des réminiscences ou des aspirations. Tout aux autres pour en découvrir les défauts, ils ne s’élèvent guère aux généralités, et sont incapables d’abstraction. Ils accusent la froideur de l’ânic
et la pauvreté du tempérament, ce qui les prive d’imagination; car sur quoi germe l’image, cette fleur de la vie spirituelle? Sur l’instinct d’abord, produit du sang, puis sur le sentiment, foyer supérieur où s’élabore l’amour, père des beaux-arts. Quand l’âme est généreuse et le cœur embrasé, l’esprit se fertilise, les images y affluent; il y surgit une végétation luxuriante qui répand de molles et lumineuses ténèbres. S’il est des esprits pauvres toujours perdus dans la nuit, il en est d’autres qui s’obscurcissent par leur propre fécondité, mais accidentellement. D’une part c’e.st la brume incandescente, la sève aveuglante, le mystère créateur des grandes oiuvres; de l’autre c’est la nuit froide, l’ensevelissement de l’être, le néant. Les gens d’esprit froid, bien différents des penseurs, qui se di.stinguent par une prudence chaleureuse, sont d’une merveilleuse promptitude et brillent par l’à-propos de leurs paroles. Habiles à saisir les joints d’un raisonnement, toujours enclins à la critique, rapides à démolir, ils sont par cela même impuissants à créer. D’ailleurs, recherchés et admirés des gens d’affiiircs, et â ce point de vue pratique, méritant leur e.stime. Si déjà ils ne sont pas parvenus, ils ne manqueront pas de l’être bientôt. Ils vont cruellement leur chemin, foulant avec tranquillité les pensées généreuses et dissipant les bons rêves sous leur perçant regard. Rien ne les remue en leur cœ-ur imperturbable, ni la joie, ni la tristesse, ni l’amour.' Créés, dirait-on, par la volonté d’un mécanicien, ils ne se troublent jamais aux vapeurs de la vie ni aux féeries de la nature. Au milieu de la forêt germante, alourdie de sève, toute frissonnante dans ses plantes, ses insectes, scs oiseaux, ils se jouent des difficultés d’une procédure et dénombrent, impassibles, les faits et les dates étiquetés en leur cerveau. Certains de ne jamais errer, ils prennent aisément parti en toutes choses, et dès qu’ils ont adopté une opinion, ils ne peuvent s’en déprendre. Ne considérant que l’aspect le plus apparent de la vérité, peu remueurs d’idées, privés même de celles qui jaillissent des intimités secrètes de l’ânie, ils s’agitent en un enclos d’une étendue précise; ils s’y montrent arrogants parce qu’ils se croient impeccables, et
véritablement leurs calculs sont établis avec une clarté géométrique. Seulement, dès qu’ils veulent s’aventurer hors de leur sphère, ils se heurtent à un mur de ténèbres. La philosophie surtout les arrête, car cette science a sa racine dans le plus obscur sanctuaire de l’ânie, et si elle a sa partie de raisonnement , elle a aussi son côté d’inspiration. Sa cime s’élève à la vue de tous, mais sa base vacille dans le monde primordial.
Ils ne sont pas néanmoins sans reconnaître leur impuissance et leur inaptitude à saisir le sens de paroles empruntées à une sphère supérieure au monde apparent où ils vivent. Payant alors d’audace, ils sc font honneur d’être positifs, c’est-à-dire de nier ce qu’ils ne parviennent pas à découvrir, ces hauts sommets jusqu’où ne peut monter leur courte vue. Retranchés dans la réalité, ils y parlent de la justice, qui leur ordonne de ne point voler leur prochain, et de la vérité, qu’ils disent être toute la vérité, c’est-à-dire que deux et deux font quatre. Généralement ils sont très gais à l’endroit des artistes, s’imaginant qu’une pensée cesse d’être sérieuse dès qu’elle est imagée et qu’un poète n’est qu’un écrivain rimeur qui sème des épithètes. Cependant, ces esprits-là gouvernent le monde et, avouons-le, ne sont pas inutiles. Ils corrigent les sociétés, les contiennent, en les empêchant de sacrifier le réel à l’imaginaire, le bon sens à l’héroïsme. S’ils n’ajoutent pas un nouvel élément aux sciences morales, s’ils vivent de la raison publique, du moins sont-ils les champions du sens commun. Très bornés, lors même qu’ils soient utiles; incomplets, lors même qu’ils puissent laisser des noms respectés, esprits éloignés des élégances de l’àme, suffisants et inexorables, ils ont les qualités et les défauts qu’engendre la froideur du caractère. Ils ont pour la plupart des habitudes régulières, non tant par fermeté de volonté et vigueur de contention, que par impuissance de vivre en cet état d’ànie que nous nommons passion, et qu’ils nomment folie. L’inspiration qui transporte les poètes aux régions de la pensée pure leur manque. Ils n’ont jamais de ces paroles fulgurantes ni de ces mouvements nobles d’une àme libre; mais ils prononcent des discours limpides, et ils prennent
m-UKKS DE PHILOSOPHIE
des attitudes qui plaisent au vulgaire. Feut-on leur en faire un reproche?
Certes non, pas plus qu’au légume du potager de ne pas être un arbre de la forêt.
Ktilura nos nd ulruiin/iif gemiil ; coiiti inplationi rerum cl aclioiii.
SÉNÉQ.UE.
Tous les hommes se meuvent i la recherche du bonheur et sont portés, selon leur nature, à la contemplation ou à l’action. L’ascète, dans la pai.v du désert, tente de s’élever au-dessus des accidents de la vie; jetant un voile sur la réalité, il aime à s’éblouir à la lumière de son idéal. Son attention ne s’exerce plus à l’extérieur, et toute sa vigilance est consacrée à la garde de ses propres sentiments. Quand il connaîtrait les vices et les misères du monde, en serait-il plus grand, au point de vue où il se place? Se serait-il élevé d’un échelon sur cette échelle des rêves où, à nos yeux, il se transfigure en fantôme? Ne serait-il pas plutôt descendu de la région paisible où il espère vivre toujours? Ce qu’il veut, c’est la simplification, l’épuration personnelle, le rayonnement intérieur de l’âme, le bonheur ineffable de se sentir plongé en ce foyer d’amour qu’il nomme Dieu : — doux enlèvement de la faiblesse par la force, du temps par l’éternel, de la créature par le créateur! Cependant, la sérénité n’étant elle-même qu’une céleste mélancolie, les images de tristesse reparaissent encore dans l’auréole de l’espérance d’outre-mondc. Sous la voûte la plus azurée on voit ramper l’insecte éphémère, et le reflet de la tombe se projette en une ombre démesurée sur le champ des religions. Les plus grands désespoirs, tournés vers l’éternel, se transforment en une mélancolie résignée. L’élément triste exi.ste; il ne peut s’anéantir au cœur de l’homme : il se nuance, se voile, se répand en molles ombres sur toute l’existence. Ün n’échappe aux cris que pour vivre dans les soupirs; on
HEURKS DE PHILOSOPHIE
n’évite le tumulte des foules que pour entendre le perpétuel murmure des solitudes. Mais cette vie contemplative, supérieure aux passions, ne peut être goûtée que des âmes innocentes et des rares infortunés placés au frite de la pyramide des souffrances humaines; elle n’est une consolation qu’à ceux pour qui cette vie est perdue sans retour, — Stella matutina de l’aube d’une vie meilleure au crépuscule de la nôtre. Elle nous parait impuissante dans la réalité et ne vient point en aide aux cœurs ardents qui sont aux prises avec des malheurs qu’ils croient remédiables. Pour ces derniers, ce n’est pas le charme de l’extase qui, les détournant de leurs vues, les empêchera de lutter. Ils ne veulent pas encore plonger dans le céleste abîme; ils ne veulent pas encore se croiser les bras sur une poitrine embrasée du désir de vivre ; ils cherchent auparavant à épuiser leurs forces sur le point de l’espace où Dieu les a placés. Ils ne sont pas seulement des âmes pensives; ils ont des faibles à protéger et des ennemis â combattre.'Voulant être humains, ils s’effrayent du sublime, laissant â d’autres les divines entreprises. Ils l’aperçoivent aussi, cette étoile de salut qui brille au ciel de l’avenir; mais le navire Humanité est en détresse ; peut-être l’étoile ne le sauvera-t-elle pas. . . Que les hommes de bonne volonté se hâtent donc aux cordages et aux avirons pour secourir l’équipage! qu’ils sauvent ces passagers, pour qu’ils puissent contempler dans la sécurité l’astre qu’ils ont failli ne plus revoir! Quelle reconnaissance ne mériteront-ils pas pour avoir permis aux âmes de prolonger leur vie présente, en tirant les corps du péril! Telle est l’œuvre de ces hommes qui ont pris pour idéal le bonheur pré.sent de l’humanité. Ils tentent de sauver, nourrir, vêtir, grandir, fortifier les corps, trouvant dans le monde apparent la profonde assise sur laquelle doivent s’exercer les intelligences libres. Ils savent que sur un sol pauvre la végétation est maladive, et que riuimanité ne sera grande que le jour où circulera dans ses veines un sang généreux. Mais que tes formes sont rudes, à Générosité! Que tes accents sont discords pour les solitaires qui songent, retranchés dans l’azur! Combien d’emportements se mêlent â tes viriles tendresses ! Tu es
HKURl-S DK PHILOSOPHIE
semblable à ce nuageux ciel de février tourmenté par les vents hivernaux, qui ne cesse d’inonder et de réveiller sous ses pluies fécondantes la terre engourdie. Ah! si l’existence de ces hommes qui se dévouent à l’humanité n’a pas cette paix qui nous séduit dans la vie des solitaires, elle est remplie de nobles travaux et d’augustes indignations, qui nous montrent qu’ils n’ont pas été sourds à l’appel des infortunés et qu’ils ont cherché, avant l’heure de la mort, une réalisation à leur amour. Esprits belliqueux, ils ne trouvent leur félicité que dans le triomphe de la justice. S’ils tournent leurs efforts vers une société qu’ils croient mal établie, ils savent néanmoins se résigner à tous les accidents de la nature, reconnaissant que les lois qui régissent la première sont modifiables, tandis que celles qui gouvernent la seconde sont nécessaires. Et voilà leur grandeur! c’est d’admettre la contemplation et l’action, l’idéal et la réalité. Ils disent aux fleurs sauvages : « Vous nous charmez. » Et aux arbres utiles des vergers : « Nous vous rendons grâces. » — Chacun de nous suit son penchant, qui lui assigne son rôle en ce monde. Dieu a voulu que, près des terres labourables, il y eût des roches fleuries; que, près des hommes d’action, il y eût des songeurs. Son souffle anime tous les cœurs sincères, à quelque sphère qu’ils appartiennent.
Est-il un penseur qui n’ait médité sur ces deux mots : Réalité, Illusion.^ — La réalité apparente serait-elle la réverbération d’une forme de la pensée infinie, forme harmonisée à l’humanité.^ Quel est celui qui n’a plongé pendant quelques instants de sa vie dans le reve métaphysique, et auquel il ne soit venu des doutes sur l’existence absolue de la matière.^
La réalité ne serait qu’une vision de sa pensée... Il toucherait, il goûterait, il ouïrait, il sentirait, il verrait, par impression spirituelle. Certes, il peut toujours dire : « Je pense, donc je
suis »; — mais peut-il ajouter : « Je vois ce monde, donc il est hors de moi » ?
Les phénomènes aperçus dans le rêve le font hésiter. En rêve, il touche, goûte, entend, sent, voit, mais intérieurement, comme dans un miroir. Eveillé, il revoit les mêmes objets, et il affirme qu’ils sont réalité, c’est-à-dire phénomènes objectifs et matériels.
Est-il une différence?
Nous en trouvons une.
Le rêve est momentané, souvent incohérent, rempli de métamorphoses insolites; il est flottant, excessif en ses émotions.
La pensée veillante est plus normale, régulière, mieux accordée avec les métamorphoses naturelles. Elle juge le rêve. Elle y voit l’ombre capricieuse des événements et des formes vivantes. Elle établit des calculs sur le passé et sur l’avenir. Elle a donc uue faculté supérieure à l’imagination du rêve : la réflexion, qui nous dit que nous avons une existence double, interne et externe, — l’une spirituelle, l’autre matérielle, — et que nous sommes libres de nous jeter dans l’ime ou dans l’autre. Elle nous dit que l’une est arbitraire, et l’autre fiitale en ses évolutions.
Mais qui osera dire que cette réflexion elle-même ne soit pas le fruit d’un songe plus intense?.. Le rêve serait alors l’état maladif et somnolent d’une pensée?
Arrivé à une telle spéculation, les mesures nous manquent, et tous nos jugements sont vains.
Nous devons revenir au sens commun, c’est-à-dire à la raison humaine et générale. Tous les hommes reconnaissent un monde externe et un monde interne. Que tout soit réalité ou que tout soit illusion, les choses ne changent point. C’est sur cette norme que nous devons raisonner, et non absolument. Si l’on met en doute l’existence de la nature, en ce corps même qui nous enferme, nous ne devons plus voir qu’une pensée, car il est nature; alors que deviennent ces deux mots: esprit, matière? Admettons donc cette dualité qui, si elle n’est point absolument, existe humainement.
Ceci reconnu, une autre question se présente, celle de la
m;UKES DE PHILOSOPHIE
concordance de l’âme avec la nature. Nous la trouvons parfaite. Il semble que la matière et l’esprit de l’homme, se bifurquant du sein de Dieu , gardent l’empreinte de leur commune origine. E.xtérieur et intérieur se marient perpétuellement. Plus leur union est intime, plus la pensée de l’homme s’approche de la vérité. L’analogie c.st complète : tous les mouvements de la terre se répercutent en notre pensée; toutes nos pensées trouvent leur expression dans les formes de la terre.
Qu’est l’enseignement des livres près de celui de la nature? La raison demeure borgne en des sens qui ne sont point aiguisés par l’observation. Privé de culture intellectuelle, tout homme peut acquérir un jugement sain, s’il est attentif aux phénomènes externes. Les monts immobiles et impassibles, le ruisseau qui fuit sans regret, l’oiseau chanteur ou rapace, le tigre haineux, la feuille pâlie qui tournoie âu vent d’octobre, la mousse reverdissante .sous les neiges, la nuée obscure qui répand la fécondité, le retour régulier des saisons, tous les divers aspects de la vie naturelle nous empêchent de nous abandonner au désespoir ou à de folles espérances. Par la contemplation, une grande pondération se produit en nous à notre insu, nous donnant la prudence et le sentiment de l’équité.
Tout n’a pas été dit, mais tout a été pensé. Des créatures innombrables ont eu, par la sincérité de leur âme, des intuitions de la vérité éternelle. Où les ont-elles puisées ?
— Au grand spectacle de la vie.
Elles avaient cet amour et cette modestie qui font sortir de son mutisme le monde externe. Elles sont mortes avec la gerbe des sentiments vrais qu’elles avaient recueillis; mais la nature, sur laquelle ces sentiments avaient germé, e.st toujours la même et offre â l’humanité renouvelée la meme récolte à faire. L’homme de génie est celui qui est bien pénétré de la commune origine de la réalité et de l’idéal, et qui non seulement saisit le rapport des deux mondes, mais peut le faire sentir après une élaboration intime. Tandis que la foule tour à' tour s’égaye et s’attriste aux phénomènes naturels, le génie, par une réflexion profonde, se
HEÜRES de PlIILOSOPHiÉ
les assimile pour formuler ses impressions doubles en formes complexes. Ainsi viennent se rejoindre en sa pensée ces deux rayons dont l’un est représenté par l’idéal, et l’autre par la réalité, et qui tous deux semblent sortir du sein de la divinité.
Il est des hommes épris de la vie immatérielle, qui .se font passifs pour mieux s’élever. Dans le monde féérique où ils se transportent, leurs sentiments, que ne contient plus aucune borne, se développent en proportions démesurées et prennent des formes étranges pour le regard de la raison humaine. Leur esprit , se refoulant sur lui-même , acquiert une souplesse infinie et se perd dans les abimcs de la volupté spirituelle. Cependant, leur amour, vague en sa floraison, s’enracine profondément. L’âme captive en un céleste asile, et jamais meurtrie par les événements, s’exalte dans l’extase et se martyrise dans la gloire du renoncement. Qui possède un tel amour, s’elfraye des beautés naturelles dont son cœur pourrait s’éprendre; il en détourne le regard pour l’abaisser vers la terre oublieuse que pressent ses pas. S’il est, d’une part, en l’imaginaire, de l’autre, il est dans la plus froide réalité : — « Frère, il faut mourir! » Seules les âmes fortes résistent â l’enivrement des pensées mystiques; fussent-elles transportées aux cimes de l’amour infini, elles ne cessent de s’intéres.ser de lâ au monde vivant. Chez quelques-uns, que ne soutient pas la grâce, l’humilité dérive d’un sentiment d’orgueil et s’allie à la haine de ce monde. Il leur arrive, en se reléguant dans l’idéal, de s’y dénaturer. Peu affermis en leur foi, armés d’une volonté faible, ils glissent aux précipices qu’ils tentent de franchir. Pendant qu’ils languissent en leurs grands songes, leur esprit engendre des fantaisies malsaines. Ils nous rappellent ces mares solitaires perdues dans les forêts, sous les rameaux entre-croisés des chênes. On n’y voit, durant le jour, que douceur, calme, verdure; mais, â la
tombée de la nuit, on y distingue les silencieux hydrophiles, mariant leur noir contour à la blancheur des astres réverbérés. Aussi leur raison se ressent-elle de cette existence oisive où l’humilité vient s’unir à l’orgueil par le balancement perpétuel des idées de néant et d’éternité. Si un tel amour s’éloigne de l’humanité, il ne se rapproche pas néanmoins de la nature; il n’a pour elle qu’une contemplation froide, mêlée même de certain effroi. Lorsque l’homme se range avec défiance au passage de la vie, c’est que le régne du cœur marche à sa fin, et que le doute s’approche du trône que le sentiment déserte. Les prudences, les conjectures, les curiosités inquiètes, envahissent l’esprit de ces solitaires qui se sont trompés de voie, n’étant point appelés à une vie austère; ils se retranchent avec douleur en leur vertu d’emprunt, laissant leur obscur amour se décomposer en haines particulières. Üù l’on devrait trouver la charité, on n’entend que des paroles apprises qui nous obligeraient à périr de par un texte, et c’est vainement que nous y cherclions l’indulgence réclamée par notre double nature. Rendons grâce cependant à tout principe qui, nous élevant au-dessus de cette terre, élargit nos horizons, et, par là même, agrandit notre amour. La religion nous pénètre d’un élément grave, sans lequel l’héroïsme n’est guère possible. Placés entre ceux qui ne voient que la terre, au mépris des autres mondes, et ceux qui, épris de l’idéal, semblent inutiles à la terre, le penseur ne doit pas craindre de pencher vers ces derniers. Il n’appartient qu’à un petit nombre d’esprits de garder l’équilibre entre les deux courants qui remuent les sociétés, en appuyant leur spiritualisme sur l’humanité. Une part des mortels s’engloutit par la traction de scs appétits; l’autre, bien petite, s’isole et cherche à s’anéantir dans l’infini. Là où l’homme n’aspire point à perpétuer ses affections, c’est le royaume de la mort. L’être n’y est plus qu’un jouet des forces naturelles, semblable à une nuée de sang, perdue dans l’espace, qui flotte et se dissout sous l’empire de lois fatale^. Notre vie ne dure que par la condensation, qui elle-même se produit par le recueillement et la réverbération de l’infini dans le fini. Serments,
IlEÜRKS bE PHILOSOPHIE
souvenirs, dévouement, ne peuvent être que de vains mots pour celui qui vogue à la dérive du temps, sans chercher le sol immuable où il puisse jeter l’ancre.
Morliiorum ii'i/or.
Les vies présentes sont impuissantes à combler le vide causé par l’absence de myriades d’êtres que nous aurions pu aimer. Le poids du temps révolu modère notre désir de nous mêler aux événements à venir et, nous entrainant en arrière, nous fait vaciller entre le regret et l’espérance. Nous ne pouvons religieusement aimer l’humanité sans la chercher partout où elle a vécu. La vie et la mort s’unissent dans le domaine de l’affection et, par cette réunion, forment la chaîne indissoluble de l’éternelle réalité. Arrêtés pensifs sur ce présent mobile qui s’ébranle au choc des accidents, nous plongeons notre pensée dans l’océan des choses à jamais perdues; nous tâchons d’évoquer les fantômes qui furent nos frères, en mêlant notre âme â la leur, — fantômes qui cheminèrent un jour ici-bas agités de ces mêmes émotions qui nous troublent aujourd’hui. Sans effroi de la distance, et pleins de la sérénité sombre du mystère et de l’amour, nous faisons refluer nos sentiments en nos souvenirs pour ranimer de la poussière. L’étincelle, en une mélancolique retombée, revient d’elle-même éclairer la cendre du foyer. C’est avec amour que nos regards se portent vers le passé, vers le jour à peine enfui, dont les heures retentissent encore, et vers les siècles les plus éloignés. Ils parcourent l’espace, cherchant à repeupler de créatures évanouies cette terre oublieuse aux éphémères vestiges. Aidés de leurs faibles rayons, ils y cherchent ces ombres de vie qui furent jadis des êtres que tour à tour la terre a dévorés. Après avoir longtemps erré dans l’étendue, ils ne trouvent qu’une nuit dont la monotonie n’est interrompue que par les gloires qui çà et lâ luisent
ilI-ÜRES DE PIlILOSOEUlfi
à travers les âges : c’est alors qu’ils se tournent avec une inexprimable ardeur vers la beauté incorruptible, seul brasier qui doive dévorer les curiosités vaines!
Scitiir iiielius nescicmio.
L’homme n’est jamais plus grand que lorsqu’il s’agenouille devant l’Infini; aussi l’humilité religieuse est-elle une vertu fondamentale. Les esprits vulgaires n’y voient que bassesse, mais toutes les grandes âmes .se rencontrent en la reconnaissance de la fragilité liumaine. Tout ce qu’il y a, de par les régions inférieures, de chétif, de pauvre, de transi, d’abandonné, de soupirant, et tout à la fois d’aimant, se courbe en silence devant une puissance absolue, qui rendra avec générosité ce qui lui aura été sacrifié. De même, tout ce qu’il y a, ici-bas, de puissant, de libre et de noble , s’incline avec vénération devant un esprit supérieur, et remonte à lui comme l’extrémité du rayon au foyer qui le projette. Seule, la médiocrité .arrogante lève la tête et brave l’Infini. Que répondre â ces faux humanitaires, qui, nous voyant religieux, nous accusent de rétrograder vers des ténèbres éloignées, sinon que la véritable humilité s’accorde avec la charité, et que la réhabilitation de la vie présente, l’homme véritablement pieux la cherche aussi ? Ce n’est souvent que par le mépris des spéculations abstraites et par la simplicité du cœur que nous pouvons chérir la terre et les êtres qui l’animent. Aimer Dieu n’est point seulement vivre aux nuées, c’est se mêler aux hommes en leur sacrifiant de ses rêves pour améliorer leur sort. Homo pnivis est. — Ne l’oublions pas, pour ne point nous dénaturer en nous enflant d’orgueil. Il ne suffit pas de pousser ce cri d’aigle: Prendre; il faut redire cette tendre parole : Recevoir. Certes, la fierté est de belle apparence, et parfois nous met en garde contre le mal , mais la douceur est divine : elle est souvent le signe de la force latente, de rjuimilité, c’est-à-dire de la seule et vraie grandeur. Dieu présent.
Slaitl Jura il iiiexorabilia...
Chéris la vie, mais noblement, en contemplant avec une • curiosité discrète les paysages muets dont tu ne peux trouver l’énigme, et en considérant avec compassion toute créature humaine, quelle qu’en soit la forme. Laide, victime de la fatalité des métamorphoses, elle n’a que plus de droit à ta pitié; charmante, elle n’en est pas moins sous la pression du temps déformateur. Il ne respectera point ce contour virginal qui aura inspiré tant de pensées de dévouement. Cette joue juvénile, elle pâlira; ces lèvres, qui expriment aujourd’hui la candeur, elles seront impitoyablement froissées; et ce regard, où semble luire une flamme divine, il finira par s’obscurcir. La solitude régnera autour de la créature qui vivait enchantée dans le cercle de ses admirateurs... Transiet ai as! Qiiam cilo! non segiiis stat, remealve dies! De quelle profonde pitié ne s’accroitra pas ton amour pour la beauté, si, à travers les phénomènes, tu remontes à la loi qui les régit! Privé du recours spirituel, en quel deuil ne devrais-tu pas être plongé en voyant tes frères fuir à la dérive, sur la barque fatale conduite par le nocher invisible!
Mais il faut que tu élèves ton amour au foyer d’où s’éparpillent toutes ces étincelles, — qui sont vos âmes transmigrantes, ô compagnons d’un jour! et que tu te consoles en te disant que, sorties toutes du sein de Dieu et pénétrées de sa flamme, elles sont à jamais imperdables.